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Epidémiosurveillance 2.0 : Agrifind passe en freemium

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La start-up française Agrifind vient de changer le modèle économique de son application mobile de surveillance collaborative des cultures, profitant de la sortie d’une nouvelle version en mars.

Par la même occasion, elle a  élargi les options de publications des utilisateurs (innovations, informations libres), dans le but d'en faire davantage qu'un outil de surveillance, et «permettre aux utilisateurs de progresser en agronomie», explique l’un des associés Sébastien Roumegous (voir ci-dessous à droite de son associé Gilles Cavalli).

Jusqu’ici, cette appli, lancée en 2017, était entièrement gratuite ; elle permettait à des agriculteurs ou des conseillers techniques de signaler l’apparition de bioagresseurs sur un fonds de carte accessible à l’ensemble des utilisateurs. Un système d’alerte communautaire comparable à Waze pour la détection de ralentissements et d’incidents routiers.
 
Dans sa nouvelle version, Agrifind propose de privatiser l'accès aux informations à un groupe. Et cette option est payante, plutôt destinée à des entreprises ou groupes de développement qui souhaitent utiliser l’application comme support de collecte d’information et d’animation auprès de leur réseau d’agriculteurs. Un virage payant similaire avait déjà été pris, en octobre, par la start-up française concurrente Agri Community.  Leur autre concurrent, le géant de la chimie BASF et son appli Companion, reste de son côté, entièrement gratuit.
 
Face à ses concurrents, Agrifind revendique un double positionnement : d’abord une documentation très fournie sur les bioagresseurs, qui doit permettre d’améliorer la qualité de l’épidémiosurveillance et les connaissances des utilisateurs. Ensuite, un fort accompagnement de l’utilisateur, du fait notamment de l’activité principale de l'un des fondateurs de la start-up, le conseil en agroécologie, au travers de la société CDA basée à Bourg-en-Bresse.

«Quand nous lançons un produit chez un client, nous ne créons pas seulement des groupes, il y a un vrai accompagnement autour de l'évolution des métiers du conseil et de l'animation de groupes d'agriculteurs», explique Sébastien Roumegous. Cela explique d’ailleurs qu’Agrifind souhaite faire de cette appli un outil dédié plus largement « au partage de l’innovation technique et agronomique».
 
Agrifind revendique 1500 téléchargements de son application (avec un objectif de 5000 d’ici la fin de l’année), et une trentaine de groupes privés déjà en fonctionnement. Des chiffres du même ordre de grandeur que son concurrent AgriCommunity, qui revendique de son côté 25 groupes, et un millier d’utilisateurs actifs.

Enfin, BASF dispose de 3000 comptes utilisateurs pour son appli Companion, et une trentaine de groupes. Pour Yohann Bereziat, responsable du produit Companion chez BASF, le développement de ces services réside dans deux indicateurs: «la taille de la communauté et la régularité des contributions des utilisateurs».

Pour l'heure, ce type de service n'apporte qu'une information complémentaire aux agriculteurs, explique-t-il: moins fiable par exemple que le Bulletin de santé du végétal (BSV) car la méthodologie est moins pointue, mais à une échelle plus fine (micro-régionale), et en temps réel. Pour BASF, ce type de service permet également d'établir une interaction directe avec les agriculteurs.
 
De son côté, Agrifind a réalisé une levée de fonds en fin d’année dernière, et en envisage une nouvelle d’ici au moins un an. En novembre, une trentaine d’investisseurs sont entrés au capital, dont la société de gestion française Phitrust, et des particuliers, la plupart en responsabilité dans le milieu agricole. « Un signe de confiance du secteur », se réjouit Sébastien Roumegous.

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Mathieu Robert