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Etude Erosion, artificialisation et phosphore, points noirs de l’état des sols

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L’état des sols en France est correct malgré quelques inquiétudes des chercheurs, qui viennent de publier un premier bilan après 10 années de travaux. L’artificialisation des terres, l’érosion ou la teneur en phosphore (déficitaire en région de grande culture et excédentaire en Bretagne) sont à surveiller.

Les sols français sont plutôt en bon état, selon le premier bilan de l’état des sols en France présenté le 18 novembre par le Groupement d’intérêt scientifique sol (Gis Sol) coordonné par l’Inra. Mais certains points préoccupent les chercheurs – qui ont découpé le territoire en carré de 16 km de côté pour produire une carte au 250 000e – comme l’érosion, le phosphore ou certains polluants. Mais « la première menace des sols, c’est l’artificialisation », rappelle Dominique Arrouays, directeur de recherche de l’Inra qui a dirigé le projet. L’équivalent d’un département français est urbanisé tous les 7 ans. « Et à 90% cela se fait aux dépens des terres agricoles », souligne-t-il.
Autre source d’inquiétude : l’érosion. Près de 18% des sols de France métropolitaine présentent « un aléa d’érosion moyen à très fort », notent les chercheurs. Les sols agricoles limoneux des grands bassins parisiens et aquitains sont les plus affectés avec la Bretagne et le couloir rhodanien. Et cette érosion pourrait s’accentuer avec le changement climatique. « Mais nous ne sommes pas désarmés par rapport à ce problème, indique Dominique Arrouays, nous avons des solutions comme les couvertures hivernales par exemple ».

Trop de phosphore en Bretagne
Une autre préoccupation concerne le phosphore. La majorité des sols du territoire présentent une faible concentration de phosphore. Ce déficit croissant s’explique par une baisse des apports depuis les années soixante-dix. A l’inverse, les régions d’élevage intensif, comme la Bretagne où les épandages de lisiers de porc sont évidemment en cause, sont en fort excédent, ce qui menace la qualité des eaux. Compte tenu de la raréfaction des ressources minérales, il faudrait essayer de développer un système de recyclage du phosphore organique pour l’exporter vers les zones de grandes cultures, propose Dominique Arrouays.
Pour ce qui est des polluants, on retrouve du plomb dans la région parisienne provenant de l’industrie métallurgique et des véhicules consommant de l’essence plombée (avant qu’elle soit interdite). Dans le nord de la France, où cette pollution au plomb est également présente, on observe une pollution par des pesticides comme le DDT ou le Lindane, désormais interdits. « Mais ces molécules sont retrouvées à des concentration faibles qui ne remettent pas en cause la santé des habitants », précise Dominique Arrouays.
Enfin, le tassement des sols est également source d’inquiétude, mais les données manquent pour l’évaluer. C’est surtout dans les forêts que cette question se pose. En effet, les exploitants forestiers ont recours à des engins de plus en plus lourds, en particulier depuis les tempêtes de 1999 et 2009 et pour répondre à la demande en bois-énergie.

Les sols ne sont pas morts
Les chercheurs soulignent dans leur rapport des points positifs. Notamment en ce qui concerne le pH : il n’y a pas d’acidification des sols, assure le rapport même si la situation des prairies permanentes et des forêts doit être surveillée. « Les agriculteurs chaulent bien leurs champs », se félicite Dominique Arrouays.
« Les sols ne sont pas morts », révèle également le rapport. Les analyses ont, en effet, évalué la teneur en bactéries présente dans les sols. Il apparaît que les sols cultivés en vignes et en grandes cultures renferment une plus faible biomasse microbienne que ceux sous couvert forestier ou sous prairies. De manière générale, les monocultures présentent des niveaux de biomasse plus faibles que les rotations.
Reste désormais à l’ensemble des acteurs du territoire à s’emparer de ces résultats. Les cartes réalisées pourront être utilisées pour identifier des zones susceptibles d’accueillir des effluents d’élevage ou des boues de stations d’épuration. Les chambres d’agriculture travaillent déjà à la rédaction d’un guide pratique à destination des techniciens de chambres et de coopératives.

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