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États généraux de l’alimentation : pour Nicolas Hulot, le compte n’y était pas

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Au lendemain de la clôture des États généraux de l’alimentation, le ministre de la Transition écologique, qui s’était esquivé à la dernière heure, a expliqué dans une tribune que le contenu n’était « pas suffisamment conclusif ». Le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert a refusé de commenter.

Au lendemain de la clôture des États généraux de l’alimentation, Nicolas Hulot s’est exprimé dans le Monde du 22 décembre pour justifier son absence lors de la "cérémonie". Selon lui, « le compte n’y est pas ». « Ce n’était pas suffisamment conclusif et, donc, ce n’était pas pour moi le temps de conclure », a-t-il continué. Et d’ajouter : « Ce n’est pas un psychodrame, je considère que les conclusions ne sont pas à la hauteur de la qualité du travail extraordinaire et des propositions qui ont été faites dans les ateliers. Je ne vais donc pas aller faire le beau ou aller dire dans un micro que le compte n’y est pas ». Selon lui, il reste encore des sujets clefs à mettre sur la table comme le futur projet de loi ou les discussions autour de la prochaine Pac. Camille Dorioz, responsable agriculture chez France Nature environnement, résume la situation en quelques mots : « On a un agenda des solutions, de nouvelles phases de concertation à venir, mais ce qu’on craignait au début des États généraux s’est réalisé. Le gouvernement nous propose une feuille de route sans objectif concret, sans aucune idée des moyens qui lui seront alloués, et la phase 2 des travaux n’a pas été prise en compte ». Nicolas Hulot a eu rendez-vous avec Édouard Philippe le 22 décembre. La clôture des EGA était effectivement prévue de longue date dans l’agenda du ministre de la Transition écologique. En sortant de l’entretien, Nicolas Hulot a précisé être « 100 % en phase » avec Édouard Philippe sur le dossier des États généraux de l’Alimentation. « Je veux clarifier la situation parce que parfois la communication m’échappe un peu et elle ne correspond pas vraiment à la réalité », a expliqué le ministre assurant par ailleurs que l’hypothèse de sa démission était « un fantasme médiatique ».

Stéphane Travert refuse de « commenter »

Interrogé le 22 décembre sur RTL, Stéphane Travert a précisé ne pas vouloir « commenter » l’absence de Nicolas Hulot, mettant en avant « les discussions et l’action » durant ces États généraux de l’alimentation (EGA). « Je témoigne de la solidarité totale du gouvernement pour la mise en œuvre de ce que nous avons décidé. […] Ce qui m’importe, c’est ce que nous avons fait hier avec ces 400 personnes. […] Je n’ai pas autre chose à dire qu’il n’est pas venu mais que d’autres collègues étaient là », a-t-il continué. Évoquant les conclusions et la suite des EGA, il a expliqué qu’avec les participants, « nous nous sommes donnés le trimestre pour discuter de la manière dont nous allons porter ce plan bio » (15 % de la surface agricole en bio d’ici 2022). Face aux explications de Stéphane Travert sur l’inversion de la construction du prix dans les filières agricoles, le journaliste a déclaré trouver cela « un peu abstrait », retenant uniquement : « Les consommateurs ne paieront donc pas plus chers ».

Les chambres d’agriculture demandent « un pilotage transversal » pour la suite

Le même jour, les chambres d’agriculture ont demandé au gouvernement, dans un communiqué, la mise en place « dans le cadre du suivi des États généraux de l’alimentation, d’un pilotage transversal de la transition impliquant les filières, les territoires, l’État et les organismes de recherche et développement ». Plus globalement, elles se disent « particulièrement attentives aux annonces à venir sur les plans de filières et sur l’accompagnement des entreprises agricoles », tout en attendant « les engagements financiers ciblés de l’État annoncés pour février 2018 ». Elles réaffirment aussi leur volonté d’engager « un plan ambitieux de transition des exploitations agricoles vers la multiperformance, intégrant la lutte contre le changement climatique, la préservation des ressources, et en même temps une amélioration du revenu agricole », se félicitant du « contenu du projet de loi à venir ».

La CGT présage une « véritable foire d’empoigne » au sujet des 5 milliards promis pas le gouvernement

La Fédération nationale agroalimentaire et forestière de la CGT présage « une restructuration de l’agriculture » et « une véritable foire d’empoigne » au sujet de la répartition des 5 milliards d’euros d’investissements promis par le gouvernement, dans un communiqué du 22 décembre. Elle dit rester « vigilante à l’annonce d’un projet de loi qui devrait intégrer des plans de filières ». Et elle se révèle très critique vis-à-vis de ces États généraux : « Ce chantier de plusieurs dizaines de réunions en moins de cinq mois accouche de milliers d’articles de presse dont se targue le ministre, comme si ceux-ci remplissaient les assiettes. Cette montagne médiatique, annoncée comme donnant lieu à des mesures “révolutionnant” la répartition de la valeur ajoutée, assurant l’accès des consommateurs à une alimentation saine et de qualité, a en fait accouché d’une souris. » La FNAF-CGT regrette que les salariés aient été « ostensiblement ignorés tout au long du processus » et considère qu’il « faut être naïf pour penser que les centrales d’achat […] répercuteront les marges supplémentaires sur les industriels et "par ruissellement" jusqu’aux agriculteurs. »