Les producteurs de soja américains en ont assez d’être les « victimes collatérales » de la guerre commerciale « interminable » entre Washington et Pékin. Mais Donald Trump rassure les agriculteurs de son pays qui, selon lui, seront « parmi les grands bénéficiaires de ce qu’il se passe aujourd’hui ».
La Chine a annoncé le 13 mai un relèvement au 1er juin de 10 % à 25 % de ses droits de douane sur des produits américains représentant 60 milliards $ d’importations annuelles. Venant s’ajouter à une surtaxe déjà appliquée par Pékin sur la quasi-totalité des marchandises en provenance des États-Unis (soit 110 Mrd $ sur un total annuel de 120 Mrd $), cette mesure est la réponse à la décision de Donald Trump de faire passer le 10 mai de 10 % à 25 % les droits de douane punitifs sur des produits chinois représentant 200 Mrd $ d’importations annuelles. Le président américain a également appelé à imposer des tarifs douaniers sur les quelque 300 Mrd $ d’importations restantes en provenance de la Chine, alors que les négociations qui se sont tenues entre les deux parties les 9 et 10 mai à Washington se sont achevées sans accord (1).
Une rencontre entre Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping est envisagée en marge du sommet du G20 des 28 et 29 juin à Osaka, au Japon.
Donald Trump se veut rassurant
« Les producteurs de soja n’ont pas vocation à être les victimes collatérales d’une guerre commerciale interminable », a réagi Davie Stephens, le président de l’American Soybean Association (ASA), après l’annonce des nouvelles représailles chinoises. La Chine, traditionnellement le plus gros acheteur de soja américain, a diminué ses importations de plus de 74 % en 2018 par rapport à 2017 (de 12,3 Mrd $ à 3,1 Mrd $).
« Nos formidables agriculteurs patriotes seront parmi les grands bénéficiaires de ce qu’il se passe aujourd’hui », a néanmoins affirmé, dans le même temps, Donald Trump, dans un tweet. « Espérons que la Chine nous fasse l’honneur de continuer à acheter nos formidables produits agricoles, les meilleurs », a-t-il écrit, ajoutant que, si tel n’était pas le cas, le gouvernement achèterait le soja non vendu à la Chine grâce à l’argent récolté par le biais des droits de douane « massifs » payés par les importateurs.
Trouver « le plus vite possible » un accord avec Pékin
L’administration américaine envisage en outre un nouveau plan d’aide d’urgence au secteur agricole. Déjà en juillet 2018, elle avait débloqué 12 Mrd $ (2). Les agriculteurs américains reçoivent de plus environ 20 Mrd $ d’aides annuelles du gouvernement par le biais de programmes divers.
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Le lobby national de l’industrie du porc (NPPC) s’est félicité « de la proposition d’aide du président Trump ». Les exportations de porc représentent aujourd’hui plus de 26 % de la production américaine dont un important volume à destination de la Chine.
Mais, dans une lettre datée du 14 mai, Zippy Duvall, le président du premier syndicat agricole aux États-Unis, l’American Farm Bureau Federation, exhorte surtout Donald Trump à trouver « le plus vite possible » un accord avec Pékin, rappelant que, « en 2018, les exportations agricoles vers la Chine ont diminué de 10 Mrd €, soit environ 50 % de perte », souligne-t-il,
(1) Voir n° 3692 du 13/05/19
(2) Voir n° 3655 30/07/18
Soja et peste porcine
La hausse de la demande mondiale de soja pourrait « s’arrêter brusquement » en 2019 en raison de la propagation rapide de la peste porcine africaine en Chine, souligne la FAO dans son rapport semestriel sur les perspectives alimentaires publié le 9 mai. La maladie pourrait provoquer une baisse de 20 % des stocks de porcs dans ce pays, indique-t-elle, ce qui devrait se traduire par une baisse de la demande pour les céréales fourragères et les oléagineux, et en particulier le soja. La Chine importe près des deux tiers du soja vendu à travers le monde, dont environ la moitié destinée à l’élevage des porcs, précise le rapport.