En raison d’une faible hausse des prix du gaz outre-Atlantique, grâce au gaz de schiste, la concurrence américaine s’accroie sur le marché de l’éthanol, alertent les industriels français du SNPAA.
Le premier impact de la guerre en Ukraine sur l’industrie de l’éthanol « concerne le prix de l’énergie et plus particulièrement du gaz », a indiqué Jérôme Bignon, président du Syndicat national des producteurs d’alcool agricole (SNPAA), au cours de son assemblée générale le 22 mars. Pour cette activité, qui est liée principalement aux secteurs sucrier et amidonnier, les coûts de production se sont envolés, « avec un prix du gaz qui est multiplié par cinq aujourd’hui comparé à la même période de l’an passé et qui a même atteint 225 €/MWh le 7 mars, soit un facteur multiplicateur de onze ».
En outre, les productions européennes d’éthanol « sont en compétition avec des importations en provenance des USA où les prix du gaz, en raison d’une production locale de gaz de schiste, n’ont connu qu’une faible hausse et sont proches de 15 €/MWh contre 100 €/MWh dans l’UE », a ajouté Jérôme Bignon. Or, les États-Unis sont déjà, avec le maïs comme matière première, de loin la première puissance productrice d’alcool agricole (pour l’éthanol et pour les usages industriels de l’alcool : pharmacie, vinaigrerie, spiritueux, parfumerie).
Avec près de 600 millions d’hectolitres (Mhl), ils représentent 49 % de la production mondiale, loin devant le Brésil (27 %) et l’UE (6 %). Les seules exportations américaines d’éthanol carburant (47 Mhl) équivalent à 80 % de la consommation de l’UE cumulée à celle du Royaume-Uni (60 Mhl). Face à cette compétition, le secteur éthanolier ne sait pas encore s’il sera éligible aux aides du Plan de résilience pour les entreprises dont la facture de gaz et d’électricité représente au moins 3 % du chiffre d’affaires (pour autant qu’elles deviennent déficitaires en 2022). Pour pallier cette envolée des prix de l’énergie, dans sa communication REPowerEU, la Commission a rappelé les règles de l’UE en matière d’aides d’État « qui offrent des possibilités d’apporter un soutien aux entreprises touchées par l’envolée des prix de l’énergie », a rappelé le président du SNPAA. Pour le long terme, la filière se prépare à substituer progressivement « l’énergie primaire gaz par de la biomasse » et à valoriser le CO2 issu des procédés de fermentation vers les futures filières de « e-fuels », ces carburants renouvelables destinés aux avions, produits en combinant du CO2 et de l’hydrogène produit avec de l’électricité renouvelable, a-t-il évoqué.
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Moins d’effet venu des céréales
L’industrie française de l’éthanol est relativement à l’abri de l’effet de la hausse des prix des céréales. « En France, la situation est moins tendue, car seulement 50 % de l’éthanol est produit à partir de céréales principalement du blé, contre 80 % dans l’UE. » La moitié de l’éthanol produit dans l’Hexagone l’est à partir de betteraves. Une matière première pour laquelle l’Ukraine et la Russie ne sont pas des acteurs majeurs. Concernant les céréales, les analyses faites par la Commission ou FranceAgriMer « montrent que les stocks sont suffisants en blé et en maïs pour cette fin de campagne 2021/2022 à la fois pour pallier l’arrêt des importations de maïs ukrainien et suppléer les ruptures d’approvisionnement des blés Mer noire sur le Maghreb notamment ». L’inquiétude se porte surtout sur la prochaine récolte de céréales en France, avec le renchérissement du prix des engrais et leur raréfaction.
Le SNPAA épouse la position du candidat Emmanuel Macron, qui a indiqué dans son programme présidentiel : « La France porte une adaptation de la stratégie Farm to fork qui reposait sur un monde d’avant-guerre de l’Ukraine et prévoyait une diminution de la production de 12 % » et en conclue « qu’en aucun cas l’UE ne doit produire moins ». « Je ne comprendrais pas qu’on nous reproche de produire des biocarburants sur 2 % de la SAU alors que Farm to fork propose de réduire la production de 12 % », s’est exclamé Olivier de Bohan, président du groupe coopératif Cristal union. Il faisait référence au débat sur les conflits d’usage entre l’alimentation et la production de biocarburants.