Alors que le Nutri-Score s’est imposé en France parmi les PME, les distributeurs et finalement des grands groupes industriels, et fait désormais son chemin en Europe, de nouvelles informations destinées aux consommateurs émergent peu à peu. En ligne de mire : le niveau de transformation des produits et leur impact environnemental. Avec pour conséquence la recherche par les fabricants de solutions pour améliorer leur score en passant par des reformulations de produits, des évolutions dans les approvisionnements et dans les emballages, et une attention accrue à ce qu’en pensent les consommateurs.
Il semble bien loin le temps de l’opposition de nombre d’industriels de l’agroalimentaire au Nutri-Score. Et pourtant, il y a seulement trois ans que ce mode d’affichage est né, suscitant au départ de la réserve, voire de la désapprobation. Certains n’en voulaient pas, d’autres lui préféraient des systèmes d’affichage nutritionnels alternatifs, qu’ils avaient même choisis dans un premier temps. Mais d’autres opérateurs ont fait le choix du Nutri-Score, suivis des distributeurs. Peu à peu, encouragé par les pouvoirs publics et l’Agence Santé Publique France chargé de son déploiement, le Nutri-Score s’est imposé comme le système recommandé, et finalement accepté par les consommateurs et les industriels.
Même s’il n’est pas exempt de limites, par exemple en ce qui concerne les produits bruts, le Nutri-Score a fait son chemin dans les esprits. Selon les dernières données diffusées par Santé Publique France début janvier, faisant référence au Suivi du Nutri-Score par l’Oqali – Analyse à 3 ans (rapport de l’Observatoire de la qualité de l’alimentation validé en novembre 2020), « 18 % des interrogés déclarent spontanément utiliser le Nutri-Score pour évaluer la qualité nutritionnelle des produits (contre 1 % en avril 2018), et près de 93 % considèrent le logo utile pour en connaître la qualité nutritionnelle (+4 points par rapport à 2019). » Plus d’un sur deux dit avoir modifié une ou plusieurs habitudes d’achat : changer de marque, préférer un produit mieux noté ou changer sa façon de manger. « Outre le rôle des campagnes d’information menées par Santé publique France et la pédagogie faites par les acteurs, nos résultats indiquent que cette progression est principalement liée à une plus grande visibilité du logo, en particulier sur les emballages des produits alimentaires », résume Anne-Juliette Serry, responsable de l’unité Alimentation et Activités physiques à Santé publique France.
Selon cette étude, autour de 9 Français sur 10 souhaiteraient voir le Nutri-Score sur tous les produits alimentaires, et même le rendre obligatoire. Aujourd’hui, le Nutri-Score est adopté de façon volontaire, et il est le système d’affichage nutritionnel recommandé par les pouvoirs publics en France. Après les produits de grande consommation, il se déploie peu à peu en restauration collective. Plusieurs pays de l’Union européenne le recommandent et l’idée d’une généralisation de son utilisation dans l’Union européenne fait son chemin.
Une note correspondant au niveau de transformation
Dans le sillage du Nutri-Score, d’autres préoccupations émergentes des consommateurs pourraient prendre la forme d’un logo sur les emballages de produits (ou les fiches produits des sites de vente en ligne). Depuis quelques années, l’ultra-transformation des produits, et ses conséquences en termes de santé publique, est le cheval de bataille de Siga. L’application qui permet de connaître le degré de transformation des produits alimentaires en scannant le code-barres, conseille les fabricants pour améliorer leurs recettes, et donc la note Siga correspondante. Quelques marques ont décidé ainsi d’afficher sur leurs emballages la note, et éventuellement la « médaille Siga » pour les produits les plus vertueux.
Après Pleurette (champignons) et Ferme de Brisac (farines et légumineuses d’Alliance Bio) qui ont déjà décidé de faire apparaître les médailles et scores Siga sur leurs emballages, cinq entreprises se sont engagées à faire de même, au plus tard à la fin du 1er semestre 2021. C’est l’annonce que vient de faire Siga fin janvier. Il s’agit d’Alliance Bio, As de cœur (biscuits), La Révolution Champignon, Quintessens (huiles et sauces) et SuperNature (granolas) dont les emballages vont faire une place à ce nouvel indicateur. L’atelier V (légumineuses) et Mo’Rice Desserts (desserts végétaux) ont aussi signé un contrat avec Siga, mais sans engagement de faire figurer l’indicateur sur les emballages. Il s’agit pour l’instant de PME ou de TPE, aucun grand industriel ne s’est encore engagé dans cette voie.
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À côté de ces fabricants, des distributeurs travaillent déjà avec Siga. « Nous les conseillons sur la mise au point des cahiers de charges pour leurs MDD », explique Aris Christodoulou, président et fondateur de Siga, « et aussi pour les achats de marques nationales, ce qui leur fait gagner beaucoup de temps en leur permettant de disposer d’un outil d’aide à la décision ». Il n’y a pas encore de produits MDD affichant le score Siga sur leur emballage, mais le digital permet d’indiquer facilement ce score sur la fiche produit des sites de vente en ligne. C’est le cas sur le site Biocoop (pour les produits sous marque Biocoop), et sur l’application Franprix.
Siga, qui compte pour actionnaires Newfund et Bpifrance depuis 2019, ne communique aucune donnée financière. Sa principale source de revenus est le conseil aux entreprises, alors que l’application, téléchargée 100 000 fois depuis son lancement, permet de se faire connaître du grand public, sans apporter de revenus. L’équipe compte sept collaborateurs, essentiellement des profils scientifiques, et devrait se renforcer cette année après quelques recrutements. « Il est possible que nous ayons recours à de nouvelles ressources financières cette année », prévoit Aris Christodoulou, sans qu’un montant ne soit précisé pour l’instant.
Orienter la consommation vers les produits à faible impact sur l’environnement
Créée par Caroline Péchery et Adrien Dumitresco, ScanUp de son côté a développé une application rassemblant les différentes attentes des consommateurs en matière d’information sur les produits : en scannant le code-barres, l’application indique le Nutri-Score, la note Siga et la note Eco-Score. Ce dernier indicateur, qui vient d’être présenté début janvier, donne une note à chaque produit alimentaire en fonction de son impact sur l’environnement, en intégrant les matières premières, le processus de fabrication et le transport. Ses créateurs ont voulu se rapprocher de la présentation du Nutri-Score en attribuant une note de A à E, du plus faible au plus fort impact sur l’environnement.
Cette nouvelle information entend répondre à la demande les consommateurs qui estiment manquer de données sur l’impact environnemental des produits. Or, l’alimentation représente 30 % des émissions de gaz à effet de serre, 60 % de la consommation en eau potable et la majorité des déchets d’emballage. Et ils sont nombreux à penser qu’ils peuvent agir au niveau individuel. Ainsi, la dernière mouture de l’Observatoire de la consommation responsable (réalisé par l’Obsoco et dévoilée en janvier) indique que 46 % des répondants (sur un total de 3 851 réponses) placent les consommateurs en deuxième position parmi les acteurs capables d’agir activement en faveur de l’environnement, loin derrière l’Etat (61 %) mais devant les grandes entreprises (43 %). Une majorité d’entre eux (59 %) déclare avoir significativement intégré l’impact environnemental dans leurs comportements, souligne cette étude. Et plus de 9 Français sur 10, selon cette étude, trient leurs déchets.
L’Eco-Score est encore au stade de l’expérimentation, mais d’ores et déjà, « la base de produits de ScanUp peut indiquer l’Eco-Score pour la moitié des références, soit environ 200 000 produits sur 400 000 », souligne Caroline Péchery, cofondatrice et dirigeante de ScanUp. Elle témoigne de la montée de la préoccupation des consommateurs et des industriels pour la question de l’impact environnemental des produits, en se basant sur l’observation des 25 000 à 30 000 consommateurs participant à la co-création de produits alimentaires par l’intermédiaire de ScanUp. Quant à la Fourche, e-shop de produits alimentaires biologiques, il s’agit du premier distributeur à indiquer l’Eco-Score sur les emballages des produits à sa marque propre et sur les fiches produits de toutes les références qu’il propose. Reste à savoir si son initiative fera école auprès d’autres acteurs de l’agroalimentaire, industriels ou distributeurs.