Un débat européen sur l’étiquetage nutritionnel à apposer sur la face avant des emballages vient d’être lancé par la Commission européenne. Son objectif ? Confronter les différentes initiatives nationales – qui seraient susceptibles de créer la confusion chez les consommateurs – et étudier la possibilité d’une approche commune en cette matière.
Évaluer l’efficacité et l’utilité des différents systèmes nationaux d’étiquetage nutritionnel sur la face avant des emballages, examiner leur compréhension par les consommateurs, étudier leur impact sur le marché intérieur et explorer l’opportunité d’une harmonisation dans ce domaine. Tels étaient les objectifs de la première réunion conjointe du 23 avril convoquée par la Commission européenne et qui a regroupé notamment des représentants des États membres, de l’industrie alimentaire, du secteur de la distribution et des associations de consommateurs. Lors de son intervention, une représentante de la DG Santé de la Commission européenne a annoncé que le Centre commun de recherche de l’UE (CCR) est en train de peaufiner son étude en cours sur les différents systèmes d’étiquetage nutritionnel sur la face avant des emballages et qu’il va entreprendre une analyse documentaire et recueillir d’autres renseignements sur le sujet et en particulier la compréhension du consommateur de ces systèmes, les avantages de ceux-ci pour la santé publique, les impacts potentiels – intentionnels ou non intentionnels – de l’introduction de l’un ou l’autre de ces systèmes et examiner également les effets de ces systèmes d’étiquetage sur la reformulation des produits alimentaires. Un appel a donc été lancé aux parties prenantes pour qu’elles envoient toute preuve qu’elles pourraient avoir à ce sujet.
L’industrie met en avant son propre système
En ce qui la concerne, la représentante de FoodDrinkEurope, le porte-voix de l’industrie alimentaire européenne, celle-ci a indiqué qu’elle réclame depuis longtemps une approche coordonnée de l’étiquetage nutritionnel sur la face avant des emballages au niveau européen à la suite d’un certain nombre d’initiatives nationales – notamment au Royaume-Uni et en France – qui, selon elle, « fragmentent le marché unique de l’UE et sont susceptibles de créer de la confusion pour les consommateurs européens ». Elle a espéré que cette première réunion conjointe « marquera le début d’un processus équitable et transparent qui permettra une évaluation approfondie des différentes approches en cette matière d’étiquetage sur la base de critères objectifs et convenus ». La représentante de l’industrie alimentaire a rappelé qu’en 2006, soit bien avant l’adoption du règlement 1169/2011 relatif à l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires, l’industrie a été la première à introduire l’étiquetage nutritionnel volontaire sur la face avant des emballages avec son système des repères nutritionnels journaliers (RNJ) ou GDA (Guideline Daily Amounts en anglais), valeurs-repères fournies par les industriels afin de permettre le positionnement de la teneur en énergie et en macro-nutriments de boissons et de denrées alimentaires par rapport aux apports nutritionnels. Elle a souligné que le RNJ est « le seul système paneuropéen d’étiquetage nutritionnel sur la face avant des emballages sur le marché à ce jour ». Sur une base volontaire, FoodDrinkEurope a également déployé des apports de référence (Intake reference) qui fournissent des informations nutritionnelles par portion (en plus de celles fournies par 100 g/ml dans la déclaration nutritionnelle). Les valeurs de ces apports ont été élaborées pour l’énergie, les protéines, les glucides, les graisses, les graisses saturées, les fibres et le sodium. Selon FoodDrinkEurope, « grâce à ces références les consommateurs sont en mesure de faire des choix alimentaires éclairés ».
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Autre son de cloche
De leur côté, les différents systèmes d’étiquetage nutritionnel mis au point par les États membres ont été présentés (le nordique, le britannique et le français) lors de cette réunion par les représentants respectifs. Le représentant français, Michel Chauliac, a fait l’éloge du Nutriscore et a mentionné qu’une étude est en cours par un groupe d’universitaires dans 12 pays différents (dont 6 pays de l’UE) pour comparer les différents labels avec le système français. Les résultats sont attendus pour septembre prochain. Le représentant d’Eurocommerce, le lobby de la grande distribution, a salué l’utilité du système français et a rappelé que l’un de ses membres, le supermarché français Auchan, a accepté d’utiliser le Nutriscore qui, selon lui, « présente de grands avantages pour les consommateurs et est facile à utiliser et à comprendre ». Le représentant d’Auchan a également exprimé son espoir que le système français de Nutriscore puisse être déployé dans les 8 pays dans lesquels opère Auchan. Quant aux associations de consommateurs, la France était représentée par UFC Que choisir et par la CLCV, dont les représentants ont notamment apporté leur soutien au Nutriscore et ont soutenu l’élargissement de son utilisation à l’échelle européenne. Selon elles, l’étiquetage nutritionnel simplifié peut aider les consommateurs à faire des choix plus éclairés.
Elles ont également souligné l’importance d’établir les principes et les critères auxquels les systèmes d’étiquetage nutritionnel sur la face avant des emballages devraient adhérer et que cela devrait absolument inclure la possibilité pour les consommateurs de comparer à la fois à l’intérieur des catégories de produits et entre les catégories de produits. Ils estiment que cette comparaison de produits devrait être possible rapidement et facilement pour les consommateurs sans avoir à effectuer leurs propres calculs. Ils ont également souligné l’importance « d’examiner le rendement réel des divers systèmes et non pas seulement le rendement déclaré par leurs opérateurs ».