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OGM Etiqueter les produits animaux pour encaisser le surcoût de la coexistence

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Selon une étude réalisée par l’université de Pau – et financée par Greenpeace –, la coexistence entre maïs OGM et non-OGM n’est possible qu’à la condition que les coûts liés aux efforts des agriculteurs puissent être reportés sur les consommateurs par l’intermédiaire d’un étiquetage, en particulier des produits animaux.

Greenpeace qui passe une commande à une université… La démarche est suffisamment rare pour être soulignée. Le fruit de ce contrat vient d’être diffusé sous la forme d’une étude de plus de 100 pages intitulée Analyse des coûts induits sur les filières agricoles par les mise en culture d’OGM. Réalisée par le Centre d’étude et de recherche en gestion (Creg) de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, le document est le fruit « d’investigations conduites entre janvier et août 2008 auprès de nombreux acteurs et experts du monde agricole », précise son coordinateur, Julien Milanesi, docteur en sciences économiques.

Un surcoût de 5 à 37 euros par tonne de maïs non OGM

Selon le document, produire du maïs ayant un taux de présence inférieur à 0,9% dans un environnement de cultures OGM est « coûteux en changement des pratiques agricoles mais également en traçabilité et contrôle ». Des pertes à la vente, si le seuil de 0,9% est dépassé, peuvent également s’y ajouter. Au total, le surcoût pour chaque tonne de maïs non-OGM varie dans une fourchette de 5 à 37 euros, estime le Creg, sur la base des études scientifiques et issues d’organismes de production recensées. Or, pour que les acheteurs de maïs – à savoir les éleveurs – acceptent de payer ce prix supérieur, il faut que les efforts de la filière puissent être valorisés auprès du consommateur, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, note l’étude. La coexistence entre maïs OGM et non-étiqueté OGM n’est possible « que si les coûts inhérents aux efforts des agriculteurs peuvent être in fine reporté sur les consommateurs, par l’intermédiaire d’un étiquetage », en déduit-elle.

Les universitaires poursuivent leur démonstration avec un cas pratique : le prix du poulet nourri sans OGM. Sur la foi d’informations recueillies auprès d’acteurs de la filière, les auteurs estiment que le soja tracé coûte aux professionnels entre 1 et 5 centimes par kilo de poulet sortie abattoir, selon les périodes et les niveaux de « prime ». Or, « selon les producteurs interrogés, les distributeurs acceptent de reporter ces surcoûts sur le prix de vente au consommateur (et donc sur le prix d’achat au producteur) s’ils ne dépassent pas 2 à 3 centimes. Au delà, ils jugent impossible de faire payer au consommateur une caractéristique du produit sur laquelle il n’est pas informé. « Les reports sont donc impossibles au delà de 2-3 centimes sans possibilité d’étiquetage », écrivent-ils.

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Risque d’abandon

Des surcoûts qui, s’ils devaient encore augmenter sans être reportés sur le consommateur, pousseraient les agriculteurs à « très certainement » abandonner leur production avec alimentation non-OGM. Or, poursuit l’étude, « ces surcoûts augmenteraient si du maïs OGM était cultivé en France du fait du différentiel de prix qui se créerait entre maïs OGM et non-OGM. Dans ce cas de figure, le surcoût sur les producteurs pourrait varier entre 4 et 15 centimes. Sans étiquetage, ces sociétés ne pourraient pas reporter ces coûts et abandonneraient leurs approvisionnements en maïs non OGM ».

Les universitaires en concluent que l’existence de cultures de maïs non-OGM est conditionnée à la possibilité pour les éleveurs de valoriser leurs produits. Conséquence : « Un étiquetage se traduirait très probablement par une augmentation des prix des produits issus d’animaux nourris sans OGM et par une augmentation des écarts de prix entre poulets de qualité et poulets standards ». Cette hausse pourrait être de l’ordre de 5 à 15 centimes par kilo pour le poulet Label rouge.

L’étude est téléchargeable sur le site : http://blog.greenpeace.fr/ogm