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Interview d’Emmanuelle Soubeyran, chef du projet Ecophyto 2018 « Etre concentrés sur l’objectif de baisse de 50% de l’utilisation de phytosanitaires »

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Mesure phare du Grenelle 1 de l’environnement, le plan Ecophyto 2018 se met peu à peu en place sur le terrain. Emmanuelle Soubeyran, directrice du service de la prévention des risques sanitaires et de la production primaire à la DGAL et chef du projet Ecophyto 2018, se félicite des avancées réalisées deux ans après son lancement. Le décret d’application définitif du Certiphyto que devront posséder tous les utilisateurs de produits phytosanitaires devrait voir le jour d’ici juin 2011.

Le plan Ecophyto qui prévoit une réduction, si possible, de 50% de l’usage des produits phytosanitaires d’ici 2018, a été lancé il y a 2 ans. Comment est suivie l’efficacité du plan ? Quels en sont les premiers résultats ?

Emmanuelle Soubeyran : Le Nodu (NOmbre de Doses Unité) est l’indicateur qui a été retenu pour le suivi du plan Ecophyto. Il a pu être calculé pour tous les usages agricoles en 2008 et 2009 (avant ce calcul n’était pas possible car il est basé sur les données de ventes de produits qui n’étaient pas collectées avant 2008). Entre 2008 et 2009, cet indicateur a légèrement diminué. Ce qui est plus important, c’est que l’on observe une baisse significative de l’utilisation des produits dits CMR 1 et 2 (Cancérogènes, Mutagènes ou Toxiques pour la reproduction) qui sont les plus dangereux. Des indicateurs spécifiques concernant les traitements de semences et les produits de lutte biologique (phéromones par exemple) doivent encore être définis.

Au-delà du suivi des pratiques agricoles, le plan prévoit de mettre au point des indicateurs d’impact sur l’environnement. Où en sont ces travaux ? Ces indicateurs d’impact pourraient-ils remettre en cause les objectifs du plan Ecophyto de réduction de 50% de l’usage des produits phytosanitaires ?

Nous avons transmis un document de travail à l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) lui demandant d‘identifier les indicateurs d’impacts sur l’environnement (biodiversité, santé, eau…) existant et de nous faire des propositions afin d’avoir un suivi objectif de l’impact des pratiques agricoles. Nous espérons pouvoir mettre sur pieds un dispositif opérationnel d’ici 2012. Mais la mise en place de ces indicateurs ne doit pas nous empêcher de rester concentrés sur notre objectif de baisse de 50% de l’utilisation des produits phytosanitaires. Ces indicateurs environnementaux doivent surtout nous permettre de mesurer si nos actions sont efficaces.

Le Certiphyto que devra posséder chaque utilisateur de produit phytosanitaire est en cours d’expérimentation. Quel bilan peut-on faire de cette expérience ? Quand sera-t-elle généralisée ?

La formation des utilisateurs de produits phytosanitaires est un axe majeur du plan. Une expérimentation pour tester le Certiphyto a démarré en fin d’année 2009. Il est destiné à tous les utilisateurs de produits phytosanitaires (distributeurs, conseillers, agriculteurs, employés de mairie…). L’engouement est assez important puisque 300 centres ont été habilités à dispenser ces formations. 20 000 stagiaires ont déjà été formés et un total de 30 à 40 000 est attendu d’ici la fin de l’année. Cette phase expérimentale va faire l’objet d’une évaluation en fin d’année. Ce qui permettra de finaliser le décret d’application pour une entrée en vigueur sur tout le territoire en milieu d’année prochaine.

Les mesures de surveillance du territoire font partie des premières mesures qui ont été mises en place dans le cadre du plan. Quels enseignements pouvez-vous déjà en tirer ?

Des réseaux de surveillance du territoire ont déjà été mis en place dans toutes les régions. 8 000 parcelles sont observées régulièrement. L’idée est de mutualiser les observations des différents acteurs sur le terrain, ce qui a permis la publication de 1500 bulletins de santé du végétal. Ces bulletins doivent permettre aux agriculteurs de traiter leurs cultures de manière plus ciblée. On peut d’ores et déjà, avec une meilleure connaissance des pratiques actuelles, atteindre une baisse de 25 à 30% des utilisations de produits phytosanitaires dans un délai de 5 ans. Pour aller au-delà, il faudra des changements de pratiques plus profonds.

Les réseaux constitués d’une dizaine de fermes pilotes innovantes et économes en produits phytosanitaires ont justement été lancés pour permettre la diffusion de nouvelles pratiques. Quels sont les premiers retours d’expériences de ce dispositif ?

200 fermes sont aujourd’hui en place. Un appel à candidature, clôturé le 15 octobre, permettra d’atteindre le chiffre de 1000 fermes en 2011. Un nouvel appel à candidatures sera ensuite lancé pour que 2000 fermes soient installées en 2012. L’objectif final étant d’arriver à 3 000 fermes. Ces fermes ne touchent pas d’aide particulière pour participer à ces réseaux, mais les exploitants s’y engagent pour les conseils qu’ils vont y recevoir. Les 200 premières exploitations pilotes ont été installées en février dernier. Il est donc encore trop tôt pour avoir des retours d’expériences. Ces premiers réseaux nous ont surtout permis d’affiner les critères de sélection de notre 2e appel à candidature. Par exemple nous nous sommes rendu compte qu’au sein d’un même groupe de fermes, il n’était pas nécessaire que chaque exploitation se trouve au même niveau d’utilisation de phytos. Au contraire cela permet des échanges constructifs au sein du réseau.

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