Abonné

Étude : le Ceta, un dangereux précédent pour la viande européenne

- - 3 min

Une éventuelle signature du Ceta, l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada, constituerait un dangereux précédent pour la viande européenne, a indiqué Aurélie Trouvé, maître de conférences à AgroParisTech, le 2 février à la presse, présentant une étude de 64 pages commandée par le groupe Verts/Alliance libre européenne du Parlement européen. Yannick Jadot, député européen pour la formation Europe Écologie les Verts, voit dans cet accord l’affrontement de deux modèles économiques.

L’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada, s’il est signé par le Parlement européen le 15 février, pourrait faire tache d’huile. En concédant 70 000 tonnes d’importations de viande bovine canadienne à droits nuls, cet accord représenterait le quart des exportations canadiennes de viande bovine. Or, si l’UE concédait la même proportion aux États-Unis, « cela ferait 700 000 tonnes de viande bovine qui arriveraient en Europe », écrasant la production européenne, notamment d’arrières, les morceaux à forte valeur ajoutée, selon Aurélie Trouvé.

Deux modèles économiques différents

« Ceux qui pensent contrarier la politique de Trump en signant le Ceta se trompent lourdement », a déclaré Yannick Jadot, député européen pour la formation Europe Écologie les Verts, participant à cette rencontre avec la presse. « Certains pensent qu’un accord commercial avec le Canada préservera plus l’Europe parce que les Canadiens portent des chemises à carreaux et qu’ils ont un accent rigolo, mais il ne faut pas se leurrer, ce sont deux modèles économiques radicalement différents qui s’opposent », a-t-il ajouté. L’étude précise que, tandis que les bovins français sont majoritairement élevés à l’herbe, les canadiens le sont à 80 % au maïs OGM.

« Ceux qui pensent contrarier la politique de Trump en signant le Ceta se trompent lourdement »

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Par ailleurs, le Ceta aurait une incidence aussi sur la viande porcine. Le total des contingents à droits nuls serait presque multiplié par deux. Il passerait de 105 000 tonnes (en provenance de tous pays tiers) à 180 000 tonnes. D’une manière générale, si la balance commerciale agricole et alimentaire de l’UE avec le Canada est excédentaire (du fait des boissons, vins notamment), l’abaissement des barrières tarifaires remettrait en cause cet équilibre, selon l’étude. Tant l’UE que le Canada ont des droits de douane dans le secteur agricole « bien plus importants que dans l’ensemble des autres secteurs ».

L’arrivée de viandes bovine et porcine ferait courir une menace pour la présence de la viande française sur le marché intérieur, surtout en RHD (restauration hors domicile), a indiqué par ailleurs Baptiste Buczinski, chargé des négociations commerciales à l’Idele.

Le 2 février, la Confédération paysanne a publié un communiqué saluant cette étude, « pour ouvrir les yeux des eurodéputés ». « Il ne s’agit pas d’affichages politiques mais de travaux scientifiques. Les balayer d’un revers de main en s’appuyant sur le prétexte fallacieux du repli nationaliste serait le signe d’un mépris total pour les éleveurs d’Europe et du Canada, et pour les préoccupations de la population pour son alimentation », souligne-t-il.