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Production ovine Europe, régionalisation et prime ovine, la France vue par un Belge

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Jean Devillers, président de la Fédération interprofessionnel caprine et ovine wallonne, a assisté au congrès de la Fédération nationale ovine (FNO), les 29 et 30 avril, en Alsace. Il porte un regard critique sur la France qu'il considère également comme une source d'inspiration. Dans deux ans, la FNO organisera son congrès annuel en Belgique.

– Quel est votre sentiment tout au long de ce congrès ?

Ma première impression, c'est la difficulté qu'ont les Français à assimiler les structures régionalisées. C'est une évolution de l'Europe. Nous le vivons très bien du côté belge avec nos trois régions, notamment flamande et wallonne. Le deuxième pilier tout comme le premier sont régionalisés. La variété de production fait qu'à mon sens la régionalisation est primordiale. Même le bien-être animal est régionalisé, tout comme la sécurité sanitaire. Par contre, la sécurité alimentaire est restée fédérale. Nous avons une logique de fédération et pas de nation ! Une concertation européenne du secteur de l'élevage avec cette notion d'inter-régionalisme, plutôt que d'internationationalisme, serait une idée intéressante. Un petit pays comme le nôtre y est plus enclin de par la proximité de nos frontières. Peu de Belges se situent à plus de 100 km d'une frontière! »

– Si des distorsions de concurrence existent entre pays de l'Europe, à plus petite échelle, elles doivent aussi exister avec la régionalisation au sein d'un même pays comme la Belgique ?

Depuis 2003, l'enveloppe des aides européennes est régionalisée sur la base du nombre d'hectares et des aides couplées. Ainsi la prime ovine existe en Wallonie (70 000 brebis dont 30 000 primées), mais pas en Flandre. La prime pour les vaches allaitantes a aussi des critères d'éligibilité différents en fonction des régions. Les éleveurs ne râlent pas. Ils n'ont pas le choix ! Il nous reste cependant un ministre de l'Agriculture qui fédère les décisions ainsi que deux ministres régionaux de l'Agriculture. Ils sont des courroies de transmission.

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– Pourquoi être venu en France au congrès ?

La FNO nous a aidés à monter un dossier pour obtenir une aide ovine auprès de Bruxelles. Nous sommes partis d'une feuille blanche pour faire le régime de prime. La Belgique s'est engagée de son côté à revoir sa copie en 2017 avec la possibilité de la part de Bruxelles de resserrer les boulons. Notre système est beaucoup plus simple qu'en France où il faut déclarer plusieurs fois son nombre d'animaux. La France s'en rajoute une couche au niveau administratif, sous couvert de directive de Bruxelles ! Venir en France, c'est voir ce qui se passe ailleurs. Cela reste primordial. La problématique du loup en est un bon exemple. On peut supposer qu'il sera un jour à nos portes. De plus, le syndicalisme français est source d'inspiration. Nous n'avons pas de syndicalisme par secteur en Belgique. Nous avons beaucoup appris de cette réflexion sectorielle.

– Comment est perçue la réflexion de l'Europe sur un nouveau règlement zootechnique européen ?

C'est une réflexion stratégique, surtout pour la France où chaque organisme tire un peu la couverture à soi. En Belgique, il existe une structure par région, l'AWE en Wallonie (Association wallonne d'élevage). C'est une association aux mains des éleveurs qui a permis de regrouper le contrôle de performance, l'insémination, le conseil, l'orientation de la sélection par race, etc. Elle est l'interlocutrice du gouvernement. Cela permet d'importantes économies d'échelle et une mise à disposition commune de compétences (recherche de financement, comptabilité…). Créée en 2003, elle a permis de regrouper les anciennes associations provinciales au profit d'une régionale, plus forte. Si les associations provinciales perdurent, elles n'ont plus de budget et perdent petit à petit de leur influence. L'AWE répond donc déjà en partie au futur règlement zootechnique européen.