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Biomasse Éviter la concurrence d’usages stérile

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Développer le bois-énergie ne doit pas se faire au détriment de la papeterie, de même qu’accroître la production de biocarburants ne doit pas se faire au détriment de l’alimentaire. C’est ce qu’a montré un colloque intitulé « Biomasse, de nouveaux marchés — Comment mobiliser la ressource ? », organisé le 20 octobre par l’Ademe.

« Il faut utiliser la biomasse là où elle est le plus nécessaire », a déclaré Virginie Schwarz, directrice opérationnelle de l’Ademe déléguée à l’énergie, en indiquant d’abord les biocarburants, puis le développement des réseaux de chaleur, et enfin l’électricité (mais uniquement en valorisant la chaleur par la co-génération). « Il faut éviter la concurrence stérile, on ne réussira pas à développer le bois-énergie contre les filières de bois de construction et de la papeterie», a-t-elle cité.

Lors de ce colloque, deux tendances se sont confrontées, quoique de manière feutrée, sur la concurrence d’usages du bois. D’un côté, les représentants de la papeterie avec Stéphane Corée, directeur général du Comptoir de bois de Brive, filiale d’International Paper, et Gérard Bontemps, président de la Fédération française des producteurs de pâtes de cellulose, préviennent que les disponibilités mondiales de bois risquent de manquer. De l’autre Marie de l’Étoile, présidente de l’Union de la coopération forestière française, et Pierre-Olivier Drège, directeur général de l’Office national des forêts, répondent que de grandes quantités de bois sont sous-utilisées et qu’il faut d’abord organiser la collecte de la ressource, si possible en lui donnant une valeur.

Manque d’organisation et risque de gaspillage

L’utilisation de bois s’accroît de 0,8% par an dans le monde. Avec huit milliards d’habitants en 2050, la planète devra gérer une pénurie de bois et de fibres, a prévenu M. Corée. L’abondance du bois « ne doit pas justifier une politique gaspilleuse ». « Je ne dis pas que les pouvoirs publics ont tort d’encourager le bois-énergie. Mais à condition de ne pas déshabiller Pierre pour habiller Paul», a déclaré M. Corée.

Gérard Bontemps a de son côté évoqué la flambée du baril de pétrole, qui dope l’utilisation du bois-énergie, et menace la papeterie. Les pouvoirs publics ne devraient pas y consacrer « toute leur énergie ». Et de rappeler que la France est déficitaire en pâte à papier. « On en viendrait à devenir un pays qui importerait sa pâte et sa biomasse », a-t-il ironisé.

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La thèse adverse plaide pour une meilleure organisation de la ressource, qui est très dispersée. « Des tas de rémanents de bois ne sont pas consommés », selon Mme de l’Étoile. « Tant que les propriétaires ne sont pas regroupés, on n’y arrivera jamais », a-t-elle indiqué, rappelant que la forêt française est passée de 11 millions d’hectares en 1950 à 16 actuellement. « La coopération a les moyens de contractualiser avec les scieurs, les papetiers et les fabricants de panneaux», a-t-elle ajouté.

Beaucoup de travail reste à faire dans ce domaine. Pierre-Olivier Drège a souhaité que la filière bois s’inspire de la maturité de la filière oléagineuse, où les producteurs ont contractualisé avec les collecteurs, et les collecteurs avec les industriels pour la fabrication d’ester-carburant. « La forêt n’est exploitée qu’à 60% de son croît annuel », et sur les 30 à 35 millions de mètres cubes potentiellement utilisables, 10 à 12 sont facilement mobilisables pour le bois-énergie. « Avec le bois-énergie, on s’est mis à ré-exploiter la forêt. Ne vendre que du bois noble ne permet pas d’exploiter la forêt. On voit redémarrer l’industrie du sciage. Les filières céréalières ont montré qu’on peut développer l’utilisation alimentaire, noble, et à côté une utilisation jugée moins valorisante ». Pour lui, on peut donner une valeur au bois qui actuellement pourrit dans les sous-bois, grâce au bois-énergie.

Jean-François Loiseau, président du groupe « énergies renouvelables » à l’Association générale des producteurs de blé, a quant à lui fait état des projets de sa filière de valoriser le triticale, céréale voisine du blé mais moins gourmande en intrants, pour fabriquer de l’éthanol ; et des travaux de l’institut technique Arvalis pour produire de la chaleur à partir de paille compressée .