La commissaire européenne à l'agriculture, Mariann Fischer Boel, a alerté les responsables politiques, le 3 juin, lors d’une conférence organisée par la présidence française de l’UE, sur la nécessité de maintenir dans les campagnes les populations agricoles des pays en voie de développement. Elle a confirmé son intention de présenter, le 8 juillet, un projet de transferts des fonds non utilisés de la Politique agricole commune au profit des agricultures des pays pauvres.
«L’avenir des populations rurales est dans les campagnes, pas dans les villes », a lancé la commissaire européenne à l’agriculture, à l’occasion d’une conférence intitulée « Qui va nourrir le monde ? », organisée le 3 juillet par la présidence française de l’UE. Malgré les réticences affichées – tout au moins dans un premier temps – par une majorité de ministres européens de l’agriculture, Mariann Fischer Boel a indiqué qu’elle présenterait, le 8 juillet prochain, un projet visant à utiliser l’argent de la Pac non utilisé pour aider les agriculteurs des pays pauvres à procéder à leurs achats de semences et d’engrais lors de la prochaine campagne. Quelque 750 millions d’euros pourraient être affectés à ces financements qui prendraient la forme de microcrédits.
« La sécurité alimentaire n’est pas possible avec une ouverture totale des marchés »
Le ministre français de l’Agriculture, Michel Barnier s’est montré assez ouvert à ce projet en marge de la conférence. « C’est une idée importante étant donné la situation mondiale exceptionnelle », a-t-il indiqué. Il a mis en garde la Commission européenne sur les conséquences potentiellement dramatiques pour les pays pauvres d’un éventuel accord à l’OMC. « La sécurité alimentaire n’est pas possible avec une ouverture totale des marchés », a-t-il insisté, tout en reconnaissant que le protectionnisme ne constituait pas non plus une solution.
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Le ministre français a aussi fustigé la politique qui a conduit les agriculteurs des pays pauvres à se tourner vers des cultures exportatrices plutôt que vivrières. Les agriculteurs doivent avant tout produire pour eux, a-t-il expliqué en substance. Une idée battue en brêche par le commissaire européen en charge du développement, Louis Michel. Pour celui-ci, « l’agriculture n’est pas un secteur comme les autres, mais il ne s’agit pas de faire un plaidoyer pour le protectionnisme (...) ; ce qui est important, c’est que les pays en voie de développement puissent bénéficier d’accès aux marchés mondiaux et qu’ils se diversifient », a-t-il argumenté. En revanche, le commissaire belge a repris à son compte l’idée défendue depuis plusieurs semaines par Michel Barnier d’inciter les pays d’Afrique à se regrouper pour développer des semences, améliorer les conditions d’accès à l’eau ou encore constituer des stocks. Il a appelé à la création d’un « pacte stratégique régional » avec les pays d’Afrique. Selon le commissaire, une solution rapide pourrait être trouvée en Afrique de l’Ouest.