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Export : la Fict veut plus de moyens dans l’administration

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Embaucher plus de fonctionnaires pour exporter plus : c’est ce que demandent les charcutiers industriels de la Fict, pour qui « la barrière principale est d’ordre sanitaire ». Le point sur le dispositif en place au ministère de l’Agriculture et sur le terrain.

Alors que l’engorgement du marché européen provoque une grave crise du secteur porcin, la Fict (industriels de la charcuterie) appelle, dans un communiqué du 2 février, à « muscler » les moyens humains administratifs dédiés à l’export. Le développement des exportations « serait une contribution essentielle pour résoudre la crise porcine », considère son président Bernard Vallat dans un entretien à Agra Presse. Comme le rappelle cet ancien patron de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), « la barrière principale est d’ordre sanitaire ». Peste porcine africaine, influenza aviaire… Les marchés des pays tiers peuvent se fermer brusquement à cause d’un seul cas de maladie animale, et mettre des mois – voire des années – à se rouvrir. D’où l’appel de la Fict à « renforcer la diplomatie économique et sanitaire ». « Notre action politique a été moins efficace que celle de nos concurrents », déplore son président. Et de citer l’exemple de la Chine, qui a agréé « une dizaine d’établissements charcutiers français, mais une trentaine en Italie et une quarantaine en Espagne ».

Négociations pilotées par la DGAL

Au niveau des administrations centrales (ministère de l’Agriculture, FranceAgriMer), M. Vallat estime nécessaire de « doubler le nombre de fonctionnaires » affectés à l’export pour « rattraper notre retard ». D’après lui, FranceAgriMer et le ministère compteraient chacun « moins d’une dizaine de fonctionnaires » affectés à l’export des produits animaux. Le bureau des exportations pays tiers de la DGAL (ministère) comprend « une douzaine d’ETP » (équivalents temps plein), indique le cabinet du ministre à Agra Presse. S’y ajoutent autant d’effectifs à FranceAgriMer (unité d’appui aux exportateurs) et autant à la DGPE (bureau des exportations et des partenariats internationaux). Soit une petite quarantaine de fonctionnaires toutes productions confondues. « Davantage de personnes travaillent en réalité vers l’export, précise l’entourage du ministre, l’expertise des uns et des autres étant demandée à l’appui des dossiers. »

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Le rôle de l’administration centrale est primordial, car c’est la DGAL qui pilote les négociations bilatérales sanitaires et phytosanitaires (SPS) avec les pays tiers. Ces discussions peuvent notamment viser à ouvrir, rouvrir ou maintenir ouverts des marchés. Des tractations qui peuvent parfois durer en longueur : l’accord de zonage avec la Chine sur la peste porcine africaine, considéré comme prioritaire, a demandé trois ans de travail acharné pour aboutir (1).

À ce stade, la représentation diplomatique, notamment dans les ambassades, peut contribuer à mettre de l’huile dans les rouages. Mais les moyens humains manquent à l’appel selon Bernard Vallat : « Il y a une seule personne [pour l’export de produits animaux] à l’ambassade en Chine, alors qu’il en faudrait deux ou trois » pour ce pays qui constitue le premier débouché à l’export pour le porc français. « Le réseau [français] des conseillers agricoles est un des plus étoffés au monde », rétorque la Rue de Varenne, avec « près de 30 conseillers au sein des services économiques des ambassades ».

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« 200 ETP » pour l’export dans les départements

Les industriels sont également insatisfaits de l'accompagnement des stades plus avancés de tractations : « La finalisation de nombre de négociations passe par l’accueil de délégations de pays tiers sur le sol français, qui viennent auditer le système sanitaire français ou les entreprises candidates à l’export », explique le ministère. C’est là qu’intervient FranceAgriMer, en aidant les professionnels à préparer ces audits et en les formant sur la réglementation sanitaire des marchés visés. Une fois les négociations entre États achevées, elles débouchent généralement sur « un protocole sanitaire d’export, traduit dans un certificat », précise la Rue de Varenne. « Dès lors, pour tout export, un opérateur doit respecter les exigences contenues dans le certificat ». Un document qui est vérifié par les services départementaux (DDETS-PP). Dans les départements et régions, « plus de 200 ETP sont consacrés aux missions export », ajoute le ministère.

Là aussi, la Fict souhaite un renforcement des moyens humains, avec le recrutement de « référents régionaux parfaitement formés et totalement mobilisables » pour deux missions : « Signer en temps et en heure les certificats sanitaires », mais aussi « recevoir les inspecteurs des pays tiers ». « Il faut une grande agilité pour recevoir ces équipes, ainsi qu’une approche multiculturelle », estime Bernard Vallat, ainsi qu’une « capacité d’analyse économique et pas seulement sanitaire ».

« Nous sommes prêts à discuter d’un partage des coûts » avec les pouvoirs publics, précise le président de la Fict. Ses propositions précises n’ont pas encore été « ouvertement » transmises aux pouvoirs publics, d’après le cabinet du ministre. Du côté de FranceAgriMer, on indique toutefois que « plusieurs organisations professionnelles » ont déjà porté ce sujet « des moyens de l’État dédiés aux négociations d’ouverture de marchés sur les sujets SPS ». « Les professionnels toutes filières confondues appellent régulièrement à un renforcement des moyens du bureau export, confirme l’entourage de Julien Denormandie. Plus que l’accroissement de moyens humains en tant que tel, la question qui se pose est d’accompagner efficacement les efforts des entreprises. »

« Doubler le nombre de fonctionnaires pour rattraper notre retard »

Une demande régulière « toutes filières confondues »