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Lait Face à la disparition des quotas, les producteurs prônent la régulation

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Si la Commission européenne se montre optimiste alors que vient de prendre fin le système des quotas laitiers, les producteurs sont inquiets du manque d'outils de gestion des crises.

C'est fini. Le système de quotas laitiers a pris fin le 31 mars, 30 ans après son entrée en vigueur. « C'est une chance en termes de croissance et d'emploi », a voulu rassurer le commissaire européen Phil Hogan (1). Et Bruxelles de rappeler que malgré l'existence des quotas, les exportations de produits laitiers de l'UE ont augmenté de 45 % en volume et de 95 % en valeur au cours des cinq dernières années. Selon les prévisions de marché, les perspectives de croissance sont très encourageantes, notamment en ce qui concerne les produits à valeur ajoutée comme le fromage et les ingrédients utilisés pour la fabrication de produits nutritionnels, sportifs ou diététiques. Un optimisme partagé par l'industrie européenne pour qui l'abolition des quotas laitiers va améliorer la compétitive du secteur. Mais certains se montrent moins optimistes. Czeslaw Siekierski, le président de la commission de l'agriculture du Parlement européen, se veut prudent : « Nous devons rester vigilants et prêts à intervenir s'il y a des perturbations ». Il est selon lui « essentiel de renforcer la position des producteurs laitiers dans la chaîne d'approvisionnement de manière à parvenir à une coopération juste entre les agriculteurs, les transformateurs et les détaillants ». L'eurodéputé vert José Bové est plus critique : « La disparition de tout outil de régulation est une grave erreur », dénonce-t-il, proposant de mettre en place des instruments de marché efficaces. Selon lui, l'Observatoire du marché du lait devrait pouvoir lancer un avertissement précoce dès les premiers signes de surproduction et les agriculteurs seraient tenus de réduire leur production en échange d'un soutien ou soumis à une amende financière en cas de surproduction persistante. Une option qui n'avait pas été retenue dans le cadre des discussions sur la réforme de la Pac conclues en 2013.

Filets de sécurité insuffisants

Une demande également portée par l'European Milk Moard (EMB) qui continue de défendre l'application d'un programme de « responsabilisation face au marché ». Sans ça, prévient l'EMB qui a organisé le 31 mars devant le Parlement européen une « marche funèbre » pour marquer la fin des quotas, « profitant des excédents laitiers escomptés, les multinationales négocieront, encore plus âprement que par le passé, les conditions d'achat du lait avec les producteurs ».

Même inquiétude pour la Coordination européenne Via campesina qui estime qu'en « éliminant le système de quotas avec un paquet laitier qui a déjà prouvé son inefficacité, et sans une régulation de la production et des marchés, la législation actuelle ne dispose d'aucun mécanisme pour éviter l'imposition de prix au-dessous des coûts et des conditions de misère pour les producteurs. ».

Pour le Copa-Cogeca, le cadre réglementaire européen qui inclue déjà des mesures de marché comme l'intervention publique et le stockage privé, ne constitue plus un réel « filet de sécurité » capable d'aider les producteurs de lait durant les périodes de grave déséquilibre de marché. D'autres outils de gestion des risques sont indispensables comme les marchés à terme (voir encadré) et les assurances revenus, estiment les organisations et coopératives agricoles de l'UE.

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(1) Voir n° 3490 du 30/03/2015

(2) Voir n° 3488 du 16/03/2015

Un superprélèvement record

Le règlement fixant le niveau du superprélèvement pour la campagne 2014/2015, dernière année d'application des quotas laitiers, devrait être publié par Bruxelles d'ici le mois d'octobre. Mais certaines sources au sein de l'industrie estiment déjà qu'il pourrait atteindre le montant record de 750 millions d'euros (M€) et toucher jusqu'à une douzaine d'États membres. Les plus lourdes pénalités devraient être réclamées à l'Allemagne (300 M€) et la Pologne (160 M €). Les Pays-Bas, l'Irlande, l'Autriche et le Danemark devraient également s'acquitter de plusieurs dizaines de M€. Enfin l'Italie, l'Espagne, la Belgique, le Luxembourg, l'Estonie, et Chypre pourraient eux aussi dépasser leurs quotas. Les pénalités réclamées par Bruxelles pour dépassements de quotas laitiers avaient atteint un record de 409 millions d'euros en 2013/2014 (contre 45,6 millions € pour la campagne précédente). Huit États membres étaient concernés. Le règlement autorisant les producteurs ayant dépassé leur quota de production à payer en trois annuités leur superprélèvement laitier pour la campagne 2014/2015 a été publié au Journal officiel de l'UE le 27 mars (2).

Les contrats à terme sur les produits laitiers commencent le 13 avril

Les contrats à terme sur les produits laitiers créés par Euronext à l'occasion de la fin des quotas laitiers en Europe entreront en vigueur le 13 avril, a annoncé le 31 mars l'opérateur boursier. Ces trois contrats mis au point « en accord avec la demande de l'industrie laitière européenne », porteront sur les produits laitiers à usage industriel : le beurre, la poudre de lait écrémé et la poudre de lactosérum (petit lait). L'objectif de ces contrats en Bourse est d'obtenir un « prix synthétique » du lait et de permettre aux industriels de se garantir contre la volatilité des prix, déclarait récemment Olivier Raevel, directeur Matières premières d'Euronext. « Pour faciliter la commercialisation de ces nouveaux instruments », les opérateurs n'auront à payer aucun frais à Euronext jusqu'au 30 juin, ajoute le groupe. Ces contrats en euros seront cotés à Amsterdam, au cœur du bassin d'exportation du lait en Europe. Euronext n'exclut pas à terme de rajouter un contrat sur le fromage, en fonction de la demande du marché.