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Fièvre catarrhale ovine Face à la FCO, le gouvernement veut sécuriser l'exportation des animaux

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Attendue plutôt en début d'été avec les chaleurs, la fièvre catarrhale ovine s'est déclarée à la veille de l'automne. Dans l'Allier, un ovin a effectivement présenté les signes cliniques de la maladie, confirmés par le ministère de l'Agriculture le 11 septembre. Un protocole de vaccination a été défini avec les professionnels le 17 septembre.

Stéphane Le Foll a assuré, dans une conférence de presse le 17 septembre, que les 1,3 million de doses de vaccins disponibles contre le sérotype 8 (BTV 8) de la fièvre catarrhale ovine (FCO) permettraient d'assurer la pérennité des exportations de bovins et d'ovins. Pour l'Espagne, « on appliquera le protocole de certification déjà mis en place » lors de la première épidémie en 2008, annonce le ministre. Idem pour l'Italie. « On assurera les certifications sanitaires vers la Turquie », continue-t-il. « Resteront la Tunisie et l'Algérie », avec qui le gouvernement espère que les règles seront les mêmes que pour l'Espagne et l'Italie. Le ministre de l'Agriculture a annoncé officiellement le 11 septembre la confirmation d'un cas de FCO dans un élevage mixte bovin-ovin de l'Allier. Selon la plate-forme d'épidémiosurveillance santé animale, mise à jour le 16 septembre, « sur les 147 bovins et 175 ovins de l'élevage, seul un bélier a montré des signes cliniques de la maladie (jetage, troubles pulmonaires, œdème facial et hyperthermie). Les prélèvements réalisés sur cet animal se sont avérés positifs […] et ont permis l'isolement du BTV8 au laboratoire national de référence (Laboratoire de santé animale de l'Anses). Les analyses […] réalisées sur l'ensemble du cheptel ont révélé la présence du virus sur vingt-sept bovins et six ovins. Les élevages de ruminants testés dans un rayon de 2 km autour du foyer ont mis en évidence quatorze autres animaux positifs. L'annonce de ce foyer s'est accompagnée d'une notification du foyer à l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE). »

La France perd son statut « indemne »

De fait, la France n'est plus considérée comme indemne de cette maladie, ce qui va jouer sur les échanges internationaux. Un zonage a été établi autour du foyer avec une zone d'interdiction de 20 km, une zone de protection de 100 km et une zone de surveillance de 150 km avec restriction des mouvements d'animaux. La zone de surveillance touche vingt et un départements, principalement dans le Massif central. Le 17 septembre, un nouveau foyer est détecté dans la Creuse. La FCO atteint les bovins, dont les signes cliniques sont peu manifestes, les caprins et surtout les ovins, avec un fort taux de mortalité. Le retour de cette maladie qui avait déjà surpris la France en 2008 n'est pas clairement expliqué : semences pour insémination animale contaminée, faune sauvage… Le 17 septembre, s'est tenue une réunion au ministère de l'agriculture pour « caler avec les professionnels » la conduite à tenir en termes de stratégie, selon Stéphane Le Foll. Pour le ministère, le nombre de vaccins serait suffisant pour couvrir l'ensemble des animaux destinés à l'export. Si officiellement le délai d'action du vaccin est de soixante jours, certains pays – comme l'Italie –, l'estiment efficace après une dizaine de jours. Pour autant, le fait de garder les animaux en ferme est un surcoût, dont les éleveurs se seraient bien passés devant des conditions économiques déjà difficiles. De plus, la maladie sera un élément de dévalorisation du prix des animaux. L'Etat, le Fonds de mutualisation sanitaire et environnemental (FMSE) et l'Europe – avec qui le gouvernement est en négociation – devraient prendre en charge les vaccinations et les frais supplémentaires liés au maintient des animaux en élevage.

La gestion des doses de vaccin sera cruciale

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Le coût d'un vaccin, effectué obligatoirement par un vétérinaire sera de 4 euros par bovin et de 2 euros par ovin/caprin. Aujourd'hui, « on n'a pas chiffré » le montant de ces mesures car « cela va évoluer au fur et à mesure ». Des tests sont en cours sur toute la France. Marc-Henri Cassagne, directeur de la Fédération nationale des groupements de défense sanitaire (GDS France), précise que « la situation va évoluer toute les semaines ». Selon lui, soit la situation se stabilise, soit d'autres foyers se déclarent et la France privilégierait le fait de limiter le nombre de zones. Pour la Fédération nationale ovine, il n'y a pas assez de doses. « Il faudrait vacciner plus de 800 000 brebis », estime un membre du syndicat. Près de quatre à six mois sont nécessaires pour refaire de nouveaux vaccins. Selon les chiffres d'Interbev, près de 450 000 bovins doivent encore être exportés. Avec deux vaccins par bovins, rappel compris, ce sont près de 900 000 millions de doses déjà attribuées. Pour Stéphane Le Foll, il s'agit déjà de gérer la situation jusqu'en décembre avant de préparer la mise à l'herbe au printemps prochain.

La Conf' dénonce le côté « commercial » de la maladie

La FCO « est avant tout commerciale, utilisée comme outil protectionniste », estime la Confédération paysanne dans un communiqué du 17 septembre. Selon le syndicat, « il serait vain de mobiliser autant de moyens sur une maladie vectorielle et non contagieuse, sans conséquences sur la santé humaine. […] La lutte contre la maladie est dès lors motivée par la recherche à tout prix d'un retour au statut de pays indemne. » Il rappelle que « lors de la dernière crise FCO, la réglementation et la vaccination ont causé autant ou plus de dégâts qu'elles n'ont apporté de solutions. L'obligation vaccinale serait donc une fausse piste. » La Conf' souhaite donc que la vaccination ne soit pas rendue obligatoire. Pour la Coordination rurale qui s'exprime dans un communiqué du 16 septembre, « la réapparition de la FCO va poser plus de problèmes aux éleveurs bovins qu'aux éleveurs ovins, alors que cette espèce est beaucoup plus sensible. La filière bovine qui n'est plus axée sur l'approvisionnement du marché intérieur mais au contraire vers l'exportation, est économiquement beaucoup plus sensible à la FCO. »

Le Sommet de l'élevage se tiendra malgré la FCO

« A moins qu'un foyer de FCO ne soit détecté dans les 20 km autour de Cournon, il n'y a pas de raisons que le Sommet de l'élevage se tienne sans animaux », annonce Jacques Chazalet, président du salon, le 17 septembre. Stéphane Le Foll avait annoncé le même jour de fortes suspicions d'animaux positifs à la maladie dans le Puy-de-Dôme. « Le sommet pourra toujours avoir lieu et les visites d'élevage également », prévient-il. Seules les conditions de circulation des animaux, en vigueur à la date du Sommet de l'Elevage, détermineront le nombre d'animaux présents au salon. Au Space, près d'une trentaine d'animaux n'ont pu être présents, selon le président du salon, Marcel Denieul. En race Charolaise, cinq bovins de moins ont été comptabilisés pour les concours, deux en Blonde d'Aquitaine, plusieurs en Limousin, mais aucun en race Salers.