De même que les ministres de l'agriculture (1), les organisations agricoles de l'UE tentent d'évaluer les conséquences de l'embargo russe et les pistes pour y remédier. Elles insistent sur l'importance d'une réorientation des exportations européennes, bien que celle-ci s'annonce difficile.
L'EMBARGO russe sur les exportations agroalimentaires de l'UE était à l'ordre du jour, le 4 septembre, d'une réunion extraordinaire des présidents des organisations et coopératives agricoles des Vingt-huit (Copa-Cogeca), qui devait être aussi l'occasion d'un échange de vues avec le commissaire européen Dacian Ciolos.
Au-delà des dispositions déjà prises par la Commission pour limiter les conséquences de l'embargo, le Copa-Cogeca juge nécessaires des mesures de gestion du marché communautaire pour anticiper de potentielles crises de marché, notamment dans le secteur des viandes. Il souhaite aussi une réorientation vers d'autres pays des fonds de promotion des produits agricoles destinés à la Russie, ainsi qu'un soutien communautaire à des analyses de nouveaux marchés et un appui à l'adaptation des stratégies commerciales des entreprises.
Il faudra aussi, selon les organisations professionnelles, s'attaquer aux mesures sanitaires et phytosanitaires ou de défense commerciale qui risquent de limiter l'accès des produits européens à des pays tiers, par exemple les dispositions antidumping du Brésil sur le beurre et la poudre de lait.
Enfin, selon le Copa-Cogeca, tant que persiste l'incertitude pour le secteur des viandes, les négociations commerciales avec le Mercosur ne devraient pas être lancées (2) et celles avec les États-Unis menées avec prudence (3).
Difficile réorientation des exportations
Dans le cas des fruits et légumes, la réorientation des exportations européennes vers d'autres marchés implique différentes exigences en matière de certificats sanitaires, soulignent les organisations et coopératives agricoles de l'UE. Et la possibilité de transformer les fruits en jus représente une perte de valeur économique significative pour les producteurs. Dans le secteur laitier, alors que le marché mondial est relativement saturé, la Nouvelle-Zélande, qui n'est pas touchée par l'embargo, va entrer dans sa période de pleine production. Seul le marché de la poudre de lait reste actif.
Pour la viande porcine, la Russie représentait un débouché important des exportations de l'UE (24 % en volume). La levée de mesures sanitaires des autres pays tiers semble être la solution la plus rapide, estime le Copa-Cogeca.
Pour la viande bovine, 15 % des exportations communautaires étaient destinés à la Russie. La réouverture du marché turc, et plus globalement le bassin méditerranéen, pourraient être une solution pour contrebalancer l'embargo de la Russie, pays qui, au demeurant, aura du mal à trouver des quantités importantes à importer.
Dans le secteur de la volaille, la Russie représentait 6% du total des exportations de l'UE. Il s'agissait pour moitié de viande de volaille mécaniquement préparée, un produit dont la commercialisation est difficile à orienter vers d'autres destinations et pour lequel la Russie aura aussi du mal à remplacer son fournisseur européen.
Les pays baltes en première ligne
L'impact de l'embargo russe est très différent selon les États membres de l'UE, confirme le Copa-Cogeca. En valeur absolue, la Lituanie est la plus touchée, avec une perte de 922 millions €, suivie de la Pologne (840 millions €), de l'Allemagne (595 millions €) et des Pays-Bas (523 millions €).
Plus de 10 % de la valeur de la production agricole de la Lituanie, la Lettonie, l'Estonie et la Finlande sont concernés par cet embargo. Vient ensuite un groupe de 4 à 5 pays se situant entre 5 % et 10 % de la valeur de leur production : Pologne, Danemark, Belgique, Hongrie, Pays-Bas.
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Pour les fruits et légumes, ce sont la Lituanie, la Lettonie, la Pologne, la Grèce et la Belgique qui sont les plus touchées (10 % de la valeur de la production) ; pour les viandes, ce sont la Lituanie, le Danemark, la Lettonie, l'Irlande, l'Estonie et la Hongrie (10 % également) ; pour les produits laitiers, ce sont la Lituanie, la Lettonie, l'Estonie et la Finlande (plus de 10%).
Les organisations agricoles des États baltes font d'ailleurs valoir, dans une lettre ouverte adressée à Dacian Ciolos, que « le soutien de l'UE doit être plus ciblé pour prendre en compte les besoins spécifiques sur les différents marchés (de l'UE), plutôt que d'opérer sur la base du premier arrivé - premier servi ».
(1) et (3) Voir même numéro
(2) Voir n° 3453 du 23/06/14
(4) Voir n° 3460 du 01/09/14
(5) Voir n° 3457 du 21/07/14
Dans une lettre adressée aux chefs d'État et de gouvernement avant le sommet européen du 30 août, les organisations et coopératives agricoles de l'UE demandaient notamment la mobilisation de la marge pour imprévus du budget communautaire afin de soutenir leur secteur face à l'embargo russe. Pour 2014, ces crédits sont de l'ordre de 4 milliards €. Toutefois, plusieurs États membres – Autriche, Danemark, Finlande, France, Allemagne, Suède, Royaume-Uni, Pays-Bas – s'y sont d'ores et déjà opposés dans une déclaration, jugeant prématurée une telle mobilisation qui, selon eux, ne constitue pas une solution de dernier recours.
En fait, les dépenses liées aux mesures de soutien déjà prises par Bruxelles seront financées pour l'essentiel sur l'exercice 2015 du budget agricole, qui débute le 16 octobre prochain, avec la possibilité d'utiliser la réserve de crise fixée à ce stade à 433 millions €, celle de 2014 (425,5 millions €) devant être remboursée aux agriculteurs (4).
La Commission étudie de plus la possibilité de reporter sur 2015 les crédits de la Pac non utilisés en 2014, au lieu de les rendre aux États membres. Cette opération est toutefois délicate, certains pays, le Royaume-Uni par exemple, étant traditionnellement opposés à ce type de transferts.
Comme chaque année, la Commission soumettra à l'automne une lettre rectificative au projet de budget communautaire pour l'exercice à venir. Celui-ci a par ailleurs été formellement adopté en première lecture par le Conseil de l'UE le 2 septembre. Il prévoit le quasi-gel des dépenses de soutien des revenus et des marchés agricoles (+0,2 % par rapport à 2014) (5).
F ACE à l'embargo russe, l'European Milk Board (EMB) s'est prononcé le 29 août pour une mesure de réduction volontaire de la production de lait de l'UE qui devrait viser, selon lui, une diminution des volumes de 2 %. Il estime que les aides prévues au stockage privé de beurre, de lait écrémé en poudre et de certains types de fromage ainsi que le prolongement de la période d'intervention « n'offrent pas une solution suffisante ». Pour sa part, la Coordination européenne Via Campesina (ECVC) a réclamé, dans un communiqué du 2 septembre, « l'application urgente de mesures de régulation du marché et de la production de lait ». L'organisation dénonce à cette occasion la suppression prévue des quotas en avril 2015.