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Production porcine Face à un contexte mondial changeant, les industriels du porc s'organisent

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Nouveaux concurrents sur le marché international du porc, modification des cycles de prix voire disparition de ces cycles, déconnection des cours du porc et de celui de l'aliment du bétail, le maillon de l'abattage-découpe fait face à une modification du contexte économique mondial. Une étude de FranceAgriMer, intitulée La filière porcine européenne face à la volatilité des prix du porc et des matières premières (juin), a analysé les stratégies de ces groupes face à ces modifications. Leur but : mettre de la cohérence entre les différents maillons de la filière et renforcer la cohésion au sein de celle-ci afin de tirer profit des opportunités (économies d'échelle, économie d'agglomération, différence de compétitivité, capture de la valeur ajoutée…), conclut FranceAgriMer.

Les filières européennes du porc s'adaptent avec de « nouveaux schémas d'organisation » face à de fortes modifications de la production porcine et des prix mondiaux. Une étude de FranceAgriMer, intitulée La filière porcine européenne face à la volatilité des prix du porc et des matières premières, datée de juin, revient sur cette adaptation des entreprises dans un contexte international très fluctuant depuis près de 5 ans. Ainsi, l'Office constate que si, durant les années 90, l'Europe affichait presque 60% des exportations mondiales, au début des années 2000, « le Brésil et les Etat-Unis ont pris position sur le marché mondial [...]. Aujourd'hui, leurs ventes représentent respectivement 30% et 11% du commerce international. Ils sont devenus en l'espace d'une dizaine d'années de sérieux concurrents pour l'Union européenne sur nos marchés traditionnels (Chine, Corée du Sud, Japon, Russie…) ». De plus, les cycles de prix du porc européen et nord-américain, autrefois indépendants et en opposition de phase, se sont synchronisés à partir de 1996, à la suite d'une épidémie de peste porcine conduisant à la perte de 4% de la production européenne. Cette situation de complémentarité avait « concouru à une présence de l'Union européenne et des Etat-Unis marquée, mais alternée, sur le marché international », selon FranceAgriMer.

Le cycle du porc remis en question
Actuellement, ce cycle des prix, bien connu des économistes, est même remis en question, particulièrement en France. Vers une disparition du cycle du marché du porc ?, s’interrogeait ainsi une publication d'Agreste de juin 2010. Un an après, c'est l'Institut du porc (Ifip) qui s'interroge : « où en est le cycle ? » dans sa publication mensuelle Baromètre porc. FranceAgriMer note également une cassure entre une période de relative stabilité du ratio prix du porc/prix de l'aliment (1990-2005) et la période de l'après 2006 où ce ratio se dégrade aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe. L'année 2010-2011 a été un magnifique exemple de ce phénomène, avec un prix du porc bas tandis que les coûts d'alimentation (55 à 65% du coût de production) ont explosé. Depuis 2006, année d'une déconnection entre les cours du porc et de l'alimentation, la situation « a conduit à une perte de repères des acteurs de l'amont de la production », alors que durant la période précédente, la progression simultanée du prix du porc et du prix de l'aliment avait « assuré une certaine visibilité aux éleveurs », explique FranceAgrimer.

Apparition de grands groupes industriels nationaux
« Face à cette instabilité des prix sur le marché du porc et probablement pour d'autres raisons, de grands groupes nationaux se sont constitués pour tenter de bénéficier des économies d'échelle et capter de la valeur ajoutée aux stades de la filière les concernant », analyse FranceAgriMer. Ainsi de grands groupes d'abattage-découpe ont vu le jour ces dix dernières années comme Vion aux Pays-Bas (55% des abattages nationaux) ou Danish Crown au Danemark (84%). Des groupes espagnols font aussi leur apparition dans le lot « des principaux outils européens ». Certains groupes fusionnent au sein de l'Europe et d'autres visent même l'international comme Smithfield Foods, originaire des Etats-Unis, qui détient aujourd'hui plusieurs entreprises en France. « Une présence sur plusieurs zones géographiques permet [...] de tirer profit des différentiels de change et d'avoir une meilleure maîtrise du risque sanitaire », avance FranceAgriMer. D'autres groupes industriels ont « eu une double stratégie » : « atteindre une taille critique pour le maillon abattage-découpe » et « conforter leur relation avec le ou les maillons en amont ou en aval du métier d'origine ». Ainsi, en Amérique du Nord, des groupes possèdent « en propre au moins un quart du cheptel de truies et plus de 90% de la production de porc à l'engraissement est détenu en propre ou contractualisé avec des éleveurs sous différentes formes ».

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