Abonné

Débat Faire mieux jouer les interprofessions face aux risques de délocalisation

- - 4 min

La nouvelle donne ouverte par les engagements de l’Europe à l’OMC a provoqué un démembrement des politiques d’organisation des marchés agricoles. Les interprofessions qui ont joué depuis plus de trente ans un rôle dans cette politique ont-elles pour autant perdu tout intérêt ? Ce n’est pas l’avis du Comité de liaison des interprofessions que préside Jean-Paul Jamet, surtout à un moment où la volatilité des matières premières perturbe la plupart des filières et pourrait remettre en cause le statut d’exportateurs de plusieurs pays dans le monde et même en Europe.

Le premier « Top Manager Working Breakfast », qui a ouvert une série de petits déjeuners-débat organisés par la Commission internationale des industries agricoles et alimentaires (CIIA) avec le concours du club Ubifrance, a abordé, la semaine dernière, la question de l’avenir des interprofessions. Selon Jean-Paul Jamet, président du CLIAA (Comité de liaison des interprofessions agricoles et alimentaires) qui était l’orateur invité à ouvrir les débats, le processus de libéralisation des échanges et de démantèlement de la Pac est un effet inéluctable des engagements déjà pris à Doha et à Hong-Kong dans le cadre de l’OMC. Les grandes multinationales s’y sont déjà adaptées en procédant à des délocalisations, mais les responsables professionnels européens doivent en mesurer toutes les conséquences, en particulier dans les secteurs à fort taux de main d’œuvre, et prendre les décisions collectives indispensables pour adapter les secteurs agroalimentaires à ce nouveau contexte.

Plusieurs modèles en Europe

En sa qualité d’ancien conseiller de Michel Debatisse – qui fut à l’origine de la loi d’orientation agricole de 1966 –, Jean-Paul Jamet souligne que les interprofessions sont des constructions volontaires d’autant plus efficaces qu’elles sont accompagnées par des politiques publiques d’organisation des marchés. Elles ont une forte propension à gérer les systèmes intégrés de qualité des produits et à réguler les rapports entre les différents maillons d’une chaîne alimentaire dans la limite du droit de la concurrence (élaboration de normes de qualité, de procédures de contrôle).

C’est d’ailleurs dans le domaine des AOP-IGP que sont développées les interprofessions du sud de l’Europe (vins, fromages et salaison d’Espagne, France, Italie et Portugal). L’efficacité des interprofessions françaises a sa source dans la simplicité des structures qui ne s’appuient que sur les organisations professionnelles les plus représentatives, alors que le pluralisme syndical et les autonomies régionales rendent la gestion des interprofessions espagnoles plus complexe. Dans l’Europe du Nord où les instances économiques et politiques agissent traditionnellement de concert, l’efficacité est maximale, l’organisation des marchés privilégiant de puissantes structures coopératives capables d’avoir des prolongements internationaux avec des joint-ventures.

La mondialisation des économies agro-alimentaires génère, selon Jean-Paul Jamet, trois grands défis :

– le défi sanitaire du fait que les risques s’accroissent proportionnellement au volume des échanges. Sur ce plan, plusieurs questions se posent : qui doit assumer les risques technologiques et économiques ? qu’est-ce qui est assurable ? par qui ? qui gère le principe de précaution ? quelle relation avec le principe de responsabilité ?

– le défi juridique du droit de la concurrence du fait qu’actuellement les autorités publiques interdisent tout échange d’information sur les prix et qu’il n’est pas question de transférer aux organisations professionnelles les capacités régaliennes des Etats européens ;

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

– le défi économique face à la volatilité des cours sur les marchés internationaux qui atteint maintenant les matières premières agricoles au risque de voir s’effondrer les maillons les plus fragiles des filières alimentaires, en particulier les industries de première transformation.

Du débat avec les participants, il ressort que :

– le domaine agroalimentaire et rural est un domaine stratégique pour tous les pays ;

– les interprofessions pourraient harmoniser les cahiers des charges des différents niveaux de donneurs d’ordre, ainsi que les exigences sanitaires et les exigences nutritionnelles ;

– la création d’interprofessions transfrontalières très modulables, recentrées sur un savoir-faire et une origine servant de repère au consommateur, serait une bonne alternative aux grands groupes coopératifs de l’Europe du Nord et de l’hémisphère Sud quasiment en situation de monopole national pour assurer l’indispensable régulation des marchés agroalimentaires ;

– une coopération entre interprofessions du Nord et du Sud serait très utile dans le cadre d’accords internationaux bilatéraux pour aider au développement des pays les moins développés.