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Aurélie Trouvé, agroéconomiste et députée LFI-Nupes « Faire pression pour qu’il y ait un maximum de débats à l’Assemblée nationale »

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Enseignante-chercheuse à AgroParisTech, Aurélie Trouvé a été élue députée dans sa circonscription de Seine-Saint-Denis sous l’étiquette de La France insoumise-Nupes. Cette agroéconomiste de terrain, benjamine de l’Académie d’agriculture, siège à la commission des Affaires économiques, au plus près des dossiers agricoles. Pour elle, les débats sur l’avenir de l’agriculture française doivent se jouer dans l’Hémicycle.

Quel a été votre parcours professionnel et militant, et quelle place y occupe l’agriculture ?

Je suis agronome de formation. J’ai ensuite fait la formation pour être haut fonctionnaire et je suis devenue ingénieure des ponts, des eaux et des forêts. J’ai fait ma thèse sur les politiques agricoles des régions européennes : une étude comparée des politiques allemande, britannique et française. J’ai ensuite enseigné à l’Agro de Dijon. Après une thèse en économie, je suis devenue maître de conférences en économie, tout en étant haut fonctionnaire. J’ai également été conseillère auprès du commissaire européen à l’Agriculture. Je suis actuellement enseignante-chercheuse spécialiste des marchés et des politiques agricoles à AgroParisTech. Je suis dans l’équipe d’agriculture comparée fondée par René Dumont : on visite des exploitations, on fait des entretiens longs avec les agriculteurs. C’est la base de notre travail. Mon parcours militant, au sein d’Attac, ne s’est pas fait sur les questions agricoles, mais je suis engagée sur ces sujets. J’ai, par exemple, fait partie de la plateforme Pour une autre Pac en tant qu’enseignante-chercheuse.

L’agriculture sera-t-elle votre préoccupation principale en commission des Affaires économiques ?

C’est pour les sujets agricoles que je fais partie de la commission des Affaires économiques. Je suis co-rapporteure du groupe de travail sur l’inflation, où évidemment la question des prix alimentaires est primordiale, et j’ai déjà fait plusieurs interventions dans l’hémicycle sur la question agricole. Je pense être reconnue aujourd’hui comme une des principales expertes sur les politiques agricoles en France. Que ce soit à droite ou à gauche, il n’y a personne qui le remet en cause, même si nous avons des points de vue différents.

Quels sont vos combats dans le domaine agricole ?

D’abord, celui des prix rémunérateurs pour les agriculteurs. La flambée de l’inflation frappe en particulier les éleveurs, avec la hausse des prix de l’alimentation animale. Les marchés sont chaotiques. Les lois Egalim ne suffisent pas. Si nous voulons des prix rémunérateurs pour les agriculteurs – tout en ayant des prix raisonnables pour les consommateurs –, il n’y a pas le choix que de réguler beaucoup plus fortement les marchés : les prix, les marges et les quantités produites. La deuxième chose, c’est la transition agroécologique. Il y a des enseignements à tirer de la guerre en Ukraine, notamment de notre dépendance aux tourteaux de tournesol et aux protéines. Il faut développer plus massivement l’autonomie de nos exploitations agricoles en alimentation animale, mais aussi en énergie. Il faut des exploitations plus économes, plus autonomes. Troisième bataille, ce sont les cantines. C’est un levier énorme pour la santé des enfants et pour soutenir une agriculture locale et de qualité. J’aimerais que, dans cinq ans, l’approvisionnement de toutes les cantines soit 100 % agroécologique et local.

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Quelle sera votre attitude vis-à-vis des chantiers parlementaires du gouvernement en matière d’agriculture ?

Je vais faire pression pour qu’il y ait un maximum de débats à l’Assemblée nationale et pour que les députés aient le maximum de marge de manœuvre sur les sujets clés. Je pense notamment à la Pac, dont l’application française n’est pas décidée dans l’hémicycle, alors que c’est 10 milliards d’euros par an et le principal soutien des agriculteurs. Je demanderai une transparence totale sur les aides, ce que nous n’avons pas aujourd’hui. Je compte aussi faire pression sur les traités de libre-échange. Avec beaucoup d’autres collègues, y compris de droite, nous allons nous battre pour qu’il y ait un véritable débat à l’Assemblée nationale sur le traité UE-Nouvelle Zélande. Ce traité est un véritable désastre pour les agriculteurs français et européens. L’objectif de relocalisation de notre agriculture n’est pas compatible avec la politique commerciale de l’UE, soutenue par ce gouvernement et consistant à multiplier les accords de libre-échange.

Vous avez voté contre le projet de loi pouvoir d’achat, adopté en première lecture par l’Assemblée. Quelles mesures défendez-vous dans ce domaine, et particulièrement sur l’alimentaire ?

D’abord, la hausse des salaires réels, au moins à hauteur de l’augmentation des prix. Même chose pour les retraites et les minimas sociaux. Le projet actuel prévoit une augmentation moindre que celle des prix. Or, si on veut s’alimenter correctement, il faut rehausser le pouvoir d’achat des Français et notamment des plus précaires. Ce n’est pas ce qui a été décidé. Le pouvoir d’achat régresse et il y a un report sur les produits importés, standards, à bas prix. Cela nuit à tous les agriculteurs qui font des efforts pour une alimentation de qualité.

Êtes-vous favorable à l’idée d’un chèque alimentaire ?

Cela fait partie des propositions communes que je fais avec mon co-rapporteur, même si ce n’est pas la panacée et qu’il vaut mieux passer par des hausses de salaires réels. Ce chèque alimentaire doit être ciblé sur les plus bas revenus et favoriser les circuits courts et l’alimentation de qualité. Je serai très attentive aux modalités de ce chèque alimentaire. Il faut qu’il soit suffisant, que ce ne soit pas un « one shot ». On pourrait prendre exemple sur la politique alimentaire des États-Unis. Le pays consacre une très grosse partie du budget du ministère de l’Agriculture à l’aide alimentaire. Par le biais des chèques alimentaires, ils ont une politique de soutien spécifique aux produits de qualité, bio, locaux. C’est ce qu’il faut qu’on arrive à faire.

« Il faut des exploitations plus économes, plus autonomes »

« Je demanderai une transparence totale sur les aides Pac »