Trois prétendants étaient encore en lice pour l’élection, le 23 juin à Rome, du prochain directeur général de la FAO. Ils ont fait valoir leur aptitude à ce poste convoité pendant de longs mois marqués notamment par le désistement de deux autres postulants ainsi que par des informations faisant état d’une soi-disant proximité de la candidate de la France et de l’UE avec les « intérêts américains ». La marge de manœuvre de cette agence de l’Onu est de toute façon limitée, le pouvoir politique restant aux mains des pays membres.
La Française Catherine Geslain-Lanéelle, également candidate de l’UE, le Chinois Qu Dongyu et le Géorgien Davit Kirvalidze étaient en lice pour l’élection, le 23 juin à Rome, du prochain directeur général de l’Organisation des Nations pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) par la Conférence des pays membres, ces derniers, au nombre de 197, disposant chacun d’une voix. Deux autres candidats s’étaient auparavant retirés de la course : le Camerounais Médi Moungui, le 21 mars, et l’Indien Ramesh Chand, le 13 juin. La personnalité élue succédera à partir du 1er août, pour un mandat de quatre ans, au Brésilien José Graziano da Silva.
Contre la faim et la pauvreté rurale
La FAO est dotée pour 2018-2019 d’un budget de 2,2 milliards €, provenant à 39 % des cotisations obligatoires de ses membres et à 61 % de leurs contributions ainsi que de celles d’autres partenaires. Elle travaille avec les gouvernements et d’autres acteurs du développement aux niveaux mondial, régional et national pour « contribuer à éliminer la faim, l'insécurité alimentaire et la malnutrition ; rendre l'agriculture, la foresterie et la pêche plus productives et plus durables ; réduire la pauvreté rurale ; œuvrer à des systèmes agricoles et alimentaires inclusifs et efficaces ; augmenter la résilience des moyens d'existence face aux menaces et aux crises ».
Par ailleurs, la FAO et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) gèrent en commun le codex Alimentarius, recueil de normes, directives et recommandations pour la production et la transformation agroalimentaires destinées à protéger la santé et l’environnement.
Une influence politique limitée
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Au début du mois a fuité dans la presse européenne un mémo interne de l’administration Trump selon lequel Catherine Geslain-Lanéelle se serait engagée à « défendre un projet mondial incluant les intérêts américains », et ce afin que les États-Unis abandonnent à son profit leur soutien à Davit Kirvalidze. La candidate de la France et de l’UE aurait même assuré que, si elle est élue le 23 juin, elle « ne défendra pas les positions européennes sur la question des biotechnologies et des OGM ». Des informations jugées « inquiétantes » le 18 juin par la Confédération paysanne – mais dont la divulgation à moins de trois semaines de l’élection a fait l’objet de commentaires divers.
« La formulation de politiques et la prise de décisions » concernant les « technologies modernes, telles les OGM, « restent de la responsabilité des gouvernements membres eux-mêmes », rappelle de plus la FAO sur son site. Sa marge de manoeuvre – et celle de son directeur général – sur une question aussi politique reste donc très limitée.
« Pas besoin des OGM », sauf « dans certains cas »
« En dépit de ce que l'on entend parfois, nous n'avons pas besoin des OGM pour résoudre l'actuel problème de la faim dans le monde », assure par ailleurs l’agence de l’Onu, estimant que la production alimentaire est « suffisante », mais que « son coût est au-dessus des moyens de millions des pauvres gens ». Toutefois, « la modification génique peut aider dans certains cas à augmenter la production et la productivité et contribuer ainsi à la sécurité alimentaire », reconnaît-elle, se disant aussi « consciente des problèmes liés aux risques éventuels que posent les OGM en termes de conséquences sur la santé humaine et animale et l'environnement ».
Une très grande prudence qui ménage les diverses positions divergentes au niveau international sur la question très sensible des biotechnologies. Et dont la FAO ne devrait pas se départir, quelle que soit la personnalité portée à sa tête.