La France a présenté officiellement le 17 décembre à Rome la candidature de Catherine Geslain-Lanéelle au poste de prochain directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). L’ancienne directrice de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) est aussi la candidate unique de l’UE, comme l’ont confirmé le 15 octobre les ministres de l’agriculture des Vingt-huit (1). Dans un entretien avec Agra, elle expose son souhait de « donner une nouvelle impulsion » à la FAO, plaide pour une « transformation des systèmes alimentaires » et souligne la nécessité d’« aller plus loin, plus vite et plus fort » en matière d’investissements.
Quel constat faites-vous ?
Catherine Geslain-Lanéelle. On a besoin de parler plus et d’agir plus en matière d’agriculture et d’alimentation au moment où on observe que la faim repart à la hausse. On doit faire revenir ces sujets en haut des agendas politiques. D’autant que le niveau des investissements publics et privés s’est globalement plutôt réduit. J’ai envie de rassembler les 194 pays membres pour donner une nouvelle impulsion à cette organisation.
Quelle impulsion ?
CGL. On doit clairement reparler de la demande, sortir d’une logique de l’offre, en revenant aux besoins, à la demande des populations pour leur offrir des solutions concrètes, adaptées à leurs besoins au niveau local. Certes, il faut produire pour nourrir, mais il faut bien nourrir. Le problème de la malnutrition reste très important. Il y a la sous-nutrition mais aussi le surpoids et l’obésité. Il faut donc produire ce qui est utile, nécessaire. Du coup, on a besoin que nos systèmes alimentaires se transforment pour répondre à ces problèmes. Dans le même temps, il nous faut des systèmes alimentaires qui permettent de régénérer les ressources naturelles. Enfin, l’agriculture doit apporter sa contribution à la lutte contre le changement climatique.
Comment la FAO peut-elle, dans ce contexte, remplir le rôle qu’on attend d’elle ?
CGL. La FAO doit être aux côtés des pays et traduire toute son expertise en action au service de cette transformation des systèmes alimentaires. On a besoin d’une FAO qui soit toujours plus innovante dans les solutions qu’elle propose, dans sa manière de travailler aussi, dans sa capacité de coopérer avec les acteurs de terrain mais aussi avec les autres agences internationales. Pour faire cette transformation, la FAO doit aussi aller au contact de ceux qui sont susceptibles d’investir, bailleurs publics mais aussi secteur privé, et voir comment on peut mobiliser des ressources. Car il faut aller plus loin, plus vite et plus fort.
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Les objectifs de la FAO et ceux de l’OMC ne sont-ils pas contradictoires ?
CGL. Il faut d’abord rappeler que la FAO joue un rôle important en facilitant le commerce alimentaire au travers de son activité de normalisation, le Codex Alimentarius, partagée avec l’Organisation mondiale de la santé. Le commerce contribue à la sécurité alimentaire. Mais il faut faire valoir que, si on en a besoin, ce commerce doit aussi être régulé afin de ne pas mettre en difficulté les producteurs les plus fragiles. Il doit être équitable, juste. L’Organisation mondiale du commerce peut y contribuer, et il me semble que la FAO doit être une voix pour porter ce message. Le commerce alimentaire, on en a besoin, mais évidemment pas n’importe quel commerce.
(1) Voir n° 3664 du 22/10/18
(2) Voir n° 3668 du 19/11/18
Grand oral début avril
Les candidatures à la succession de l’actuel directeur général de la FAO, le Brésilien José Graziano da Silva, peuvent être déposées jusqu’au 28 février. Pour l’instant, outre la France, la Géorgie a déjà postulé en la personne de l’ancien ministre de l’agriculture David Kirvalidze (2). Les candidats seront auditionnés par le Conseil de la FAO dans la semaine du 8 avril. Le nouveau directeur général prendra ses fonctions le 1er août 2019.