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Fermeture de sucreries : la pression contre Südzucker s’amplifie

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Didier Guillaume, qui a reçu le 13 mars les dirigeants Südzucker, leur a demandé « d’envisager la cession des sites » que le groupe sucrier souhaite fermer en France « si des projets de reprise crédibles devaient émerger ». Les planteurs, eux, restent combatifs, ont indiqué le 12 mars les syndicats en visite avec des élus au siège de Mannheim (Allemagne). Des aides aux betteraviers seraient d’ores et déjà envisagées.

La pression des pouvoirs publics et des producteurs s’intensifie, près d’un mois après que Saint-Louis Sucre, filiale depuis 2001 de Südzucker, a annoncé le 14 février la fermeture de deux de ses quatre sucreries en France en 2020. Ses dirigeants ont été reçus le 13 mars par le ministre de l’Agriculture : « Le gouvernement a demandé de considérer toutes les options pour maintenir une activité industrielle sur ces sites, et notamment d’envisager la cession si des projets de reprise crédibles devaient émerger », selon un communiqué du ministère, affichant une intransigeance vis-à-vis de l’entreprise sur le respect de ses obligations légales. « L’État et les régions ont donc demandé au groupe allemand de revoir son projet et d’ouvrir les négociations avec l’ensemble de la filière », ajoute le communiqué. « Il n’est pas acceptable que la France subisse une solution brutale et supporte l’essentiel de la restructuration envisagée par Südzucker. » De son côté, le groupe allemand est resté discret : « Nous ne commentons pas ce genre de négociations », a réagi Dominik Risser, porte-parole du groupe sucrier, après avoir confirmé le 13 mars que l’arrêt de la production sur les deux sites, de Cagny (Calvados), Eppeville (Somme), était toujours d’actualité.

Le 12 mars en visite chez Südzucker qui « s’est montré "très pessimiste" à tout point de vue », les betteraviers ont aussi « fait part de leur ferme volonté de sauver ces deux sites », d’après un communiqué de la CGB. Plus de 200 manifestants, dont 150 planteurs, des salariés et des élus locaux se sont rendus en Allemagne, à l’occasion d’un comité central d’entreprise. Une délégation a été reçue par le président et des membres du directoire. « La CGB et les betteraviers sont prêts à se battre pour la pérennité des sucreries de Cagny et d’Eppeville […], nous croyons à la performance économique de ces bassins de production », souligne le syndicat.

« Restructuration » de la filière

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« Le gouvernement se donne huit jours pour écrire aux Allemands et leur dire tout le mal qu’il pense de leur projet », a assuré la députée socialiste du Calvados Laurence Dumont, à l’issue d’une réunion explicative avec le ministre. « L’État leur a demandé de chiffrer un certain nombre de choses et leur a donné quinze jours-trois semaines pour apporter des réponses », a ajouté Loïc Touzé, délégué FO de l’usine de Cagny, en précisant que Südzucker avait précédemment estimé à 200 M€ la restructuration des cinq usines européennes qu’il entend fermer.

Au micro de Sud Radio dans la matinée du 13 mars, Didier Guillaume avait accusé Südzucker d’être un « prédateur économique » et avait plaidé pour une « réorganisation de la filière » sucrière en raison de la chute des cours. Quand le ministre parle de « restructuration » au sein du secteur, il envisage « une aide à la diversification plus forte », indique-t-on dans son entourage, en considérant les biocarburants, la méthanisation. Si l’objectif d’incorporation de biocarburant est actuellement de 7 %, « on pourrait l’augmenter », ajoute-t-on.

L’arrêt de la production à Cagny et Eppeville toujours d’actualité