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Produits laitiers Feu vert des Vingt-sept au maintien de l’intervention pour le beurre et la poudre

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La proposition de la Commission européenne de maintenir l’intervention publique ouverte sur le beurre et le lait écrémé en poudre au moins jusqu’en février 2010 a reçu un large soutien des ministres de l’agriculture de l’UE réunis le 13 juillet à Bruxelles. « Je veux donner un signal au marché et aux producteurs affirmant notre détermination de ne pas laisser les prix tomber en dessous des prix de soutien appliqués en période d’intervention », a expliqué Mariann Fischer Boel, la commissaire à l’agriculture. Le soutien par l’intervention ne suffira pas à rééquilibrer le marché ont indiqué de nombreux Etats membres qui attendent beaucoup du rapport sur la situation du marché laitier que la Commission doit présenter le 22 juillet(1). Peu en phase avec la majorité des Etats membres, l’Italie a suggéré de mettre en place des programmes structurels, sous forme de rachat de quotas, plutôt que de recourir à l’intervention.

La décision formalisant le maintien de l’intervention publique, par adjudication, du 31 août à la fin février 2010 n’interviendra qu’à la rentrée, les Vingt-sept se devant d’attendre l’avis du Parlement européen nouvellement élu. Mais un dispositif temporaire va être mis en place afin d’éviter une rupture des achats publics au cours des prochains mois, a indiqué la commissaire à l’agriculture, Mariann Fischer Boel. La Commission, qui ne prévoit ni reprise de la demande ni régularisation des prix à brève échéance, a prévu de maintenir, si nécessaire, les achats publics de beurre et de poudre accessibles jusqu’en février 2011. Elle a également annoncé la prolongation du régime d’aide au stockage privé pour le beurre jusqu’en février 2010. Cette mesure va être décidée selon la procédure du comité de gestion européen.
Ces diverses mesures de soutien ont permis de retirer 191 000 tonnes de beurre et 203 000 tonnes de lait écrémé en poudre du marché depuis le début de l’année. Et, à la fin de l’année, ce sont quelque 500 000 tonnes de produits laitiers qui pourraient se retrouver dans les frigos publics si la situation ne s’améliore pas. Le coût de ce stockage est estimé à 600 millions d’euros.

Pas d’aides supplémentaires pour les exportations de fromages
La Commission, en revanche, s’est refusée pour l’instant à dynamiser la politique d’exportation dans le secteur des fromages. Une quinzaine de pays ont réclamé une hausse des restitutions à l’exportation ou l’ajout de nouveaux fromages sur la liste des produits éligibles aux aides à l’exportation. « Nous surveillons très étroitement le marché et, si nécessaire, nous sommes prêts à parer à toutes circonstances », a expliqué Mme Fischer Boel. Il y a pour le moment, selon elle, « un courant commercial stable ».

Les principales réactions des Etats membres
Bruno Le Maire, ministre français de l’agriculture, s’est félicité de cette « continuité de l’intervention jusqu’en 2010 » qui , a-t-il dit, correspond à la demande de la France et de l’Allemagne. « Il est urgent, a-t-il aussi indiqué, de construire une régulation à l’échelle européenne pour faire mieux que les quotas ». Pour l’Italie, l’important aujourd’hui est d’aider les producteurs en difficulté à se retirer du marché plutôt que de maintenir les achats publics. Selon le ministre italien, Zuca Zaia, un programme de rachat de quotas pourrait être mis en place sur la base d’un prix de 0,30 centimes par litre pour une quantité de 2 millions de tonnes. En réponse, Mme Fischer Boel a rappelé que les plans de développement rural révisés offraient une série d’options aux Etats membres dans le secteur socio-structurel, y compris pour mener à bien des programmes de retrait de la production. « Une proposition consistant à renoncer aux moyens d’intervention ne trouverait pas le soutien de la France » car cela « serait un erreur », a dit M. Le Maire. Les Pays-Bas, pour leur part, ont mis l’accent sur le fait que le régime actuel des quotas laitiers ne devait pas être tenu pour responsable de la crise. De nombreux Etats membres ont mis l’accent sur le fait que le soutien par l’intervention ne suffira pas à rééquilibrer le marché. A crise exceptionnelle, mesures exceptionnelles, ont indiqué certains d’entre eux. D’autres initiatives doivent d’ailleurs être prises pour aider  la filière à faire face à la crise, ont notamment souligné les grands pays producteurs de lait, en particulier l’Irlande et l’Allemagne. La France a notamment insisté pour que l’on s’attaque à la volatilité des prix, tandis que l’Espagne a considéré qu’aucune mesure ne doit être exclue. La Commission s’est vue réclamer de la « créativité ». La commissaire a laissé entendre que son rapport sur la situation dans le secteur laitier(1) contiendra « quelques idées ».« Je suis certaine que, à l’occasion du Conseil agricole du 7 septembre à Bruxelles, nous aurons une discussion constructive mutuelle sur la base de cette communication », a-t-elle déclaré.

Nouvelle régulation
En réponse à la lettre des ministres français et allemand de l’agriculture Bruno Le Maire et Ilse Aigner du 2 juillet soulignant la nécessité de prévoir de nouvelles formes de régulation à l’échelle européenne(2), Mme Fischer Boel indique en substance que, en se basant sur d’une analyse en profondeur du secteur laitier, le rapport de la Commission sur le lait énumérera diverses options possibles pour stabiliser le marché dans le respect des conclusions du bilan de santé. Lors d’une conférence le 3 juillet à Bruxelles, M. Le Maire avait annoncé la création d’un groupe de travail franco-allemand pour réfléchir à une régulation « plus souple » et « plus efficace » du marché laitier européen. Ce groupe de travail, avait-t-il précisé, « sera ouvert à tous les autres Etats membres ».
(1) Voir même numéro
(2) Voir n°3211 du 13/07/09

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