Les ministres de l’agriculture de l’UE viennent d’adopter, à la majorité qualifiée, un règlement visant à augmenter de 2% la production laitière communautaire pour la prochaine campagne , débutant le 1 avril 2008. La France s’est abstenue et l’Allemagne et l’Autriche ont voté contre. Le nouveau règlement est accompagné d’un rapport d’évaluation de la Commission sur la situation du marché laitier européen qui justifie cette augmentation des quotas (voir encadré).
La décision d’augmenter de 2% les quotas laitiers pour la seule année 2008 constitue une mesure ponctuelle qui anticipe une réforme plus large des quotas laitiers, mis en place à l’origine en 1984 pour lutter contre la surproduction et qui pourraient être progressivement augmentés avant leur expiration programmée en mars 2015.
Premier producteur européen dans l’UE, l’Allemagne a voté contre cette augmentation en faisant valoir que les prix du lait et des produits laitiers ont nettement reculé depuis leurs fortes augmentations de l’automne 2007 (selon Berlin le lait écrémé en poudre aurait baissé d’environ 40 % et le beurre de 35 %) et qu’une hausse de la production de 2 % risque d’encourager un repli des prix encore plus importante pour les producteurs. L’Autriche qui a sa production laitière concentrée dans les zones de montagne a aussi voté contre car elle redoute que la libéralisation des quotas de production ne porte atteinte à la compétitivité de ses propres producteurs.
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Fragilité du marché laitier
Le ministre français, Michel Barnier, a expliqué l’abstention de la France en rappelant la nécessité de faire attention aujourd’hui qu’en encourageant beaucoup plus la production on ne prenne pas des décisions qu’on regretterait plus tard si les marchés venaient à se stabiliser ou à se retourner. « Il faut se méfier de l’emballement parce que le marché du lait est extrêmement sensible et fragile. Il y a quelques signes qui prouvent que l’on peut se retrouver dans une situation de surproduction », a-t-il averti. Il se dit réservé par rapport non seulement aux propositions d’augmenter les quotas – la France n’a pas de problème à ce sujet car pour elle la question est plutôt de remplir son quota – Même si elle a réduit la différence (de – 600.000 tonnes de lait environ il y a 7-8 mois elle est passée à -200.000 t à peu près aujourd’hui). mais aussi à la décision de leur démantèlement futur sur lequel il émet les mêmes prudences. Il s’est félicité que dans une déclaration commune signée avec l’Allemagne et l’Autriche, la France ait mis en garde ses partenaires de l’UE contre toute décision allant au-delà de ce qui a été décidé pour 2008 et qui serait imprudente pour les prochaines évolutions de ce marché dans les années à venir.
Michel Barnier a également salué le fait que la Commission ait publié une déclaration qui prend en compte les préoccupations de la France pour qui cette augmentation de 2 % doit faire partie du bilan de santé de la PAC. Une référence a également été faite aux conclusions du Conseil sur l’atterrissage en douceur qui comporte notamment l’utilisation des instruments de marché (soutien spécifique à travers l’article 69 du règlement 1782/2003) mais aussi d’autres outils tels que le stockage privé, les restitutions, l’intervention « dont on peut toujours avoir besoin en en particulier dans ce secteur extrêmement fragile qu’est le secteur laitier », a précisé le ministre.