Abonné

Fin de la castration à vif : les discussions se prolongent dans la filière porcine

- - 4 min

En l’absence de consensus interprofessionnel, les tractations se poursuivent autour des dérogations à l’interdiction de la castration à vif des porcelets, qui entrera en vigueur en 2022. Des sujets liés au calendrier et aux élevages alternatifs émergent.

Le ministre de l’Agriculture n’a finalement pas dévoilé le cadre réglementaire de l’arrêt de la castration à vif des porcelets au Space. En l’absence de consensus interprofessionnel, les tractations se poursuivent, tandis que l’entrée en vigueur de l’interdiction (le 1er janvier 2022) se rapproche. « Le dialogue n’a jamais été rompu », assure Thierry Meyer, le nouveau président de l’interprofession Inaporc, à Agra Presse. Et d’ajouter qu'« il n’y a pas de divergence profonde » entre les maillons de la filière. « Le porc mâle entier et le porc castré ne sont pas le même produit, ils ont une valeur différente », ajoute M. Meyer, alors que les négociations achopperaient sur la rémunération des éleveurs qui continueraient à castrer avec anesthésie (1). Par ailleurs directeur de la filière porc de Bigard, Thierry Meyer appelle à « faire très attention à la qualité de la viande » (la viande de mâle entier est réputée moins grasse et non adaptée à la charcuterie sèche), ainsi qu’aux marchés. Un argument souvent mis en avant ces derniers mois par les abatteurs. « Y aura-t-il un marché plus important qu’aujourd’hui pour le porc mâle entier ? Sûrement, mais peut-être pas aussi vite que le souhaitaient les éleveurs », pressent-il.

« Le même calendrier pour tous »

De son côté, Jean-Jacques Riou, président de l’association pour le bien-être porcin et militant pour l’arrêt de la castration, fait part de son « inquiétude » à Agra Presse. Lors d’un échange avec les conseillers du ministre, « on nous a laissé entendre que les éleveurs devront castrer avec gestion de la douleur à partir du 1er janvier 2022, puis qu’ils auront six mois pour faire des contrats. Le problème, c’est que les abatteurs n’ont pas les mêmes contraintes », déplore-t-il, demandant « le même calendrier pour tous ». Son association milite pour que le cadre réglementaire comprenne « une dérogation [à l’interdiction de castrer] pour les abatteurs, un cahier des charges et une compensation pour les éleveurs ». « Un groupement ne peut pas prendre de porcs mâles entiers (non castrés, NDLR) s’il n’a pas de débouché auprès d’un abatteur. Or, aujourd’hui, les abatteurs ne veulent pas de cochons entiers », analyse celui qui a été président du Marché du porc breton.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

interprofession
Suivi
Suivre

Lire aussi Castration des porcelets : le projet du ministère tend la filière

La question des élevages alternatifs émerge également. Lors du Space le 14 septembre, le porte-parole de la Confédération paysanne, Nicolas Girod, a plaidé auprès du ministre pour des dérogations « élargies » à l’interdiction de castrer. D’après un communiqué du 15 septembre, la Conf' veut que certains élevages alternatifs puissent continuer à castrer : ceux suivant un « cahier des charges officiel imposant le plein air », en « vente directe », pratiquant la « vente en petites quantités » ou encore « l’élevage de races locales ». « Le ministre n’a pas fermé la porte », assure la Conf' à l’issue de l’entrevue. D’après le syndicat, « les éleveurs de porc plein air rencontrent de multiples difficultés pour [se] passer [de la castration] : durées d’élevage longues, races locales où les risques d’apparition de molécules odorantes sont plus élevés, investissements récents en biosécurité qui ne permettent pas de séparer mâles et femelles ». La Confédération paysanne demande aussi « un délai pour mettre en œuvre la prise en charge de la douleur dans de bonnes conditions ». Le ministère consulte actuellement la filière sur un projet d’arrêté, qui réserverait la castration aux signes de qualité et aux éleveurs sous contrat. Un cadre « sur mesure pour les industriels de la production qui abattent souvent avant la maturité sexuelle », déplore la Conf'.

« Pas de divergence profonde », rassure Inaporc

La Conf' veut des dérogations « élargies » aux élevages alternatifs