Bruxelles a clôturé l’aide au stockage privé de la viande porcine, estimant que ce régime avait atteint son objectif. La France, qui l’a très peu utilisé, compte réclamer sa remise en place. Sur fond de manifestations de ses éleveurs, elle a été amenée à prendre diverses mesures, prévoyant entre autres l’étiquetage de l’origine de la viande dans les produits transformés, tandis qu’un collectif de producteurs a annoncé le dépôt d’une plainte auprès de la Commission européenne contre la fiscalité appliquée au secteur en Allemagne.
La Commission européenne a mis fin à partir du 27 janvier au régime d’aide au stockage privé de viande de porc, estimant que le dispositif avait atteint son objectif avec environ 90 000 tonnes retirées temporairement du marché, soit 4,5 % de la production mensuelle de l’UE. Selon elle, les prix se sont stabilisés depuis le début de l’année et le volume stocké risque de déstabiliser le secteur au moment de son déstockage.
Les experts des États membres ont donné leur feu vert à cette décision lors d’un vote le 26 janvier (1). Le même jour, le Journal officiel de l’Union publiait déjà un règlement de la Commission suspendant l’octroi de l’aide « afin d’éviter toute spéculation ».
90 000 tonnes pour un coût de 27,6 Mio €
Les demandes d’aide au stockage privé de la viande porcine dans l’UE depuis la mise en œuvre de ce régime le 4 janvier atteignaient 89 841 t au 20 janvier, contre quelque 60 000 t pour le régime précédent instauré début mars 2015 et clôturé fin avril. Soit un coût estimé de 27,6 millions €.
Elles ont été déposées à concurrence de 29,1 % en Allemagne, 21,5 % en Espagne, 13 % au Danemark, 12 % aux Pays-Bas, 6,6 % en Pologne, 6,4 % en Italie, 2,6 % en France, 1,5 % en Irlande, 1,3 % en Autriche, 1,2 % en Belgique, 1,1 % en Roumanie.
Dans l’ensemble de l’UE, les jambons désossés représentaient 53,6 % des quantités concernées, le lard 9,7 %. 67,1 % des demandes portaient sur une durée de stockage de 90 jours.
« Seulement 2 000 tonnes de porc stockées en France sur un total de 90 000 tonnes dans l’UE. C’est trop peu », a regretté le 26 janvier le ministre français de l’agriculture, Stéphane Le Foll, estimant que les producteurs doivent « se saisir davantage […] des mécanismes européens de stockage privé, pour le porc et la poudre de lait, qui devaient permettre de désengorger le marché ».
Étiquetage des produits transformés : la France revient à la charge
Soulignant que que Paris avait « obtenu » l’introduction des aides européennes au stockage privé pour le porc (et la poudre de lait), le ministère français de l’agriculture a annoncé le 26 janvier, entre autres initiatives sur fond de manifestations des éleveurs, que « Stéphane le Foll demandera la remise en place du stockage privé au Conseil des ministres de l’agriculture du 15 février 2016 ».
Il a aussi annoncé que le gouvernement « proposera un projet de décret en Conseil d’État pour étendre l’étiquetage de l’origine (de la viande) aux produits transformés et le notifiera à la Commission », rappelant que la France avait « porté ce dossier à Bruxelles, aux côtés du Parlement européen qui s’est lui-même officiellement positionné sur la même ligne en février 2015 ».
« Je vais prendre un décret et envoyer une notification à l’Europe. Et je vais emmener les professionnels à Bruxelles qui pensent qu’il suffit de le demander pour l’obtenir », a confirmé le 27 janvier Stéphane Le Foll sur la radio RMC.
Pour autant, s’est-il interrogé, « vous pensez vraiment que l’étiquetage des viandes va régler la crise porcine ? Qu’on vienne m’expliquer comment ça va faire remonter les prix ».
En juin dernier, le commissaire européen Phil Hogan avait, devant le Conseil agricole de l’UE, résumé ainsi les conclusions de rapports de ses services sur la question de l’étiquetage des produits transformés : « Actuellement les consommateurs peuvent, s’ils le souhaitent, opter pour des produits où l’information de l’origine est fournie sur une base volontaire. Ceci est une option appropriée […] Un étiquetage obligatoire de l’origine entraînerait un fardeau réglementaire injustifié » (2).
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Plainte d’éleveurs contre le « dumping fiscal » allemand
Le ministre français de l’agriculture a aussi présenté le 26 janvier une série d’aides supplémentaires venant compléter un plan de soutien dévoilé début septembre dernier, dont 125 millions € pour l’allègement des charges des éleveurs, 130 Mio € pour indemniser les producteurs touchés par la grippe aviaire et 35 Mio € pour les éleveurs et commerçants en bestiaux touchés par la résurgence de la fièvre catarrhale ovine.
Par ailleurs, des éleveurs de porcs français réunis au sein d’un collectif « contre le dumping fiscal agricole en Europe » ont annoncé le 25 janvier le dépôt d’une plainte auprès de la Commission européenne contre l’Allemagne qui, selon eux, accorde à leurs concurrents d’outre-Rhin un régime de TVA leur permettant de pratiquer des « prix prédateurs ».
« Depuis plus d’un an, les éleveurs de porcs bretons ont mené un minutieux travail d’enquête sur les pratiques dissimulées de leurs homologues allemands. L’enquête met en évidence un avantage fiscal de 250 millions € sur les cinq dernières années au bénéfice des éleveurs allemands », détaillent les auteurs du texte, Michel Bloc’h et Jacques Crolais, respectivement président et directeur de l’Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne (UGPVB).
De son côté, la Commission enquête sur d’éventuels comportements anti-concurrentiels dans les filières d’élevage français, après les « tables rondes » organisées l’été dernier par le gouvernement (3).
(1) 10 États membres ont voté contre (Danemark, Estonie, Irlande, France, Croatie, Hongrie, Autriche, Pologne, Portugal, Roumanie), 2 se sont abstenus (Lettonie, Slovénie), les 16 autres ont voté pour
(2) Voir n° 3502 du 22/06/15
(3) Voir n° 3529 du 18/01/16
(4) Voir n° 3530 du 25/01/16
Embargo sanitaire russe : divergences au sein du Copa-Cogeca
Les organisations agricoles polonaises se sont formellement opposées, en vain, à la récente démarche entreprise par le Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles de l’UE) auprès du président de la Commission de Bruxelles, Jean-Claude Juncker, pour que soient intensifiées les négociations pour la levée « étape par étape » de l’embargo sanitaire russe sur les produits du porc de l’Union (lard, graisses et abats) (4). Elles s’étaient déclarées « contre toute négociation à ce sujet » compte tenu de la décision « unanime » des Vingt-huit de proroger les sanctions imposées à Moscou jusqu’à fin juillet.
La Pologne, touchée par la peste porcine africaine, risque d’être l’un des derniers États membres à bénéficier d’une éventuelle réouverture du marché russe.
Les organisations polonaises ont estimé que le Copa-Cogeca devrait plutôt demander à la Commission d’allouer, dans le cadre des mesures d’urgence de septembre 2015, « un soutien additionnel rendant possibles de nouvelles actions pour rééquilibrer le marché et augmenter les prix ».