Les surfaces betteravières progresseraient de 20 % en France avec la suppression des quotas de sucre pour la récolte 2017, a estimé le 1er
> décembre la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB). Affranchis des quotas, les producteurs veulent profiter de marchés porteurs.
La libéralisation du secteur se traduira par « une hausse importante des surfaces betteravières, de l’ordre de 20 % en France », a déclaré en conférence de presse le président Eric Lainé. Affranchis des quotas de sucre, les producteurs vont vouloir profiter de « marchés qui se redressent depuis fin 2015 », a-t-il expliqué. Les campagnes 2015-16 et 2016-17 apparaissent déficitaires sur le plan mondial. Conséquence, les prix du sucre ont quasiment doublé en un an. « Pour 2017-18, les perspectives d’offre et demande semblent plus équilibrées », a indiqué le DG Alain Jeanroy. Ces fondamentaux porteurs incitent les betteraviers à produire davantage. La CGB table sur une production française post-quotas de 5,8 Mt, soit 1 Mt de sucre en plus par rapport à la moyenne des quatre dernières années.
À l’assaut du grand export
Il s’agira d’exporter davantage. Non pas vers l’Union européenne, vu le manque d’opportunités, mais à destination des pays tiers. Principales cibles : l’Afrique subsaharienne et le Moyen-Orient, où la demande est en croissance. Les exportations françaises sont prévues entre 1 et 2 Mt de sucre à l’international, contre 300 à 400 000 t ces dernières années. Aucun changement n’est annoncé à destination l’Union européenne. La CGB met en avant la capacité de stockage des terminaux sucriers, dont les principaux sont exploités à Rouen (60 000 t) par Sénalia, à Calais (67 000 t) par Tereos, à Dunkerque (85 000 t) par Cristal Union. Tereos investit pour exporter via Anvers (260 000 t) en passant par les canaux. Des modernisations de voies ferrées sont par ailleurs en cours, d’après le syndicat.
« Nous sommes dans la course » mondiale, a lancé Alain Jeanroy, montrant un classement des industriels où « la France apparaît dans le top 5 » : Tereos apparaît en numéro quatre, Cristal Union en douzième position, Saint Louis Sucre est, lui, une filiale de l’allemand Südzucker (numéro trois). Les compétiteurs européens vont aussi profiter de la fin des quotas pour partir à la conquête du grand export. Sous contrainte de l’Organisation mondiale du commerce, l’UE vend chaque année 1,350 Mt de sucre sur le marché mondial. Mais la production européenne est annoncée en hausse de 10 à 15 %. Avec la suppression des quotas, le volume d’export peut grimper entre 3 et 4 Mt, a indiqué la CGB. « On sait faire », lance Alain Jeanroy : l’UE a exporté plus de 5 Mt avant la réforme de 2006.
Des menaces à endiguer
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Restent des menaces à endiguer. L’isoglucose est aussi concerné par la fin des quotas. Les fabricants ambitionnent de produire davantage mais tout dépendra du prix par rapport au sucre. « D’une production de 0,7 Mt d’isoglucose avant 2017, nous pouvons prévoir 1,4 à 2 Mt, mais pas beaucoup plus, considère la CGB. Cela peut diminuer la consommation de sucre de 1 Mt. »
Le bioéthanol doit voir son débouché augmenter pour répondre à l’objectif de 7 % d’incorporation. Une hausse de la production européenne est envisagée, de 55,4 M hl en 2014 à 75 M hl en 2020. Mais la perspective s’est assombrie avec l’objectif affiché le 30 novembre par Bruxelles d’une réduction drastique de la part des biocarburants de première génération dans les transports entre 2021 et 2030, qui passerait de 7 % à 3,8 %.
Une hausse des exportations est prévue vers les pays tiers, notamment l’Afrique subsaharienne et le Moyen-Orient
Biocarburants : un plafonnement « inadmissible » de la 1ère génération, selon la CGB
La CGB (betteraviers) s’est élevée le 1er décembre contre le Paquet énergie propre de la Commission européenne, jugeant « inadmissible » le plafonnement de l’éthanol conventionnel envisagé par Bruxelles. Cette volonté de « nuire au développement des biocarburants », en baissant le taux d’incorporation de la 1ère génération de 7 % à 3,8 % en 2030 dans l’UE, est « inadmissible », a protesté le président Eric Lainé. L’éthanol avancé, qui doit prendre le relais, ne sera « pas disponible dans le timing », d’après la CGB: « son équation économique n’est pas au rendez-vous ». La CGB souligne les lourds investissements européens dans le biodiesel et le bioéthanol, chiffrés entre 11 et 12 milliards d’euros en dix ans. « Il serait dommage de ne pas développer cette filière qui présente autant d’avantages », a estimé Alain Jeanroy, pointant notamment la baisse des émissions de CO2. « Un mauvais procès est fait aux biocarburants conventionnels », qui « n’ont rien à voir avec l’évolution des prix des matières premières ou la faim dans le monde », a-t-il dit. Ni aux États-Unis, ni au Brésil, ces questions n’émergent, d’après lui. Les deux pays produisent respectivement 550 M hl et 260 M hl de bioéthanol, loin devant l’UE à 55 M hl, d’après ses chiffres.