Les demandes de « recadrage » se sont multipliées à l’issue des premières réunions des groupes de travail chargés de préparer le Grenelle de l’environnement. Le flottement entourant le fonctionnement du groupe consacré à l’agriculture, le 16 juillet, a laissé perplexe une partie des participants. Sur le fond, il est demandé à chacun de transmettre dans les prochains jours une liste de propositions. Les syndicats agricoles planchent.
Salle sous-dimensionnée, présence d’« invités surprise », méthode de travail incertaine… La première réunion du groupe de travail n°4, celui consacré aux modes de production et de consommation durables (agriculture, pêche, agroalimentaire, distribution, forêts et usages durables des territoires), a provoqué de nombreuses réactions de mécontentements, tant de la part des écologistes que des professionnels agricoles. Dénonçant une situation « très inquiétante », le collectif d’associations « Alliance pour la planète » a demandé un rendez-vous en urgence à Jean-Louis Borloo. La FNSEA, de son côté, a signifié son mécontentement au cabinet du ministre. Les griefs sont multiples.
« Cela fait très peur »
Sur la forme tout d’abord. Alors que la règle voulait que chaque groupe de travail comprenne 40 membres (huit représentants de chacun des collèges : Etat, collectivités territoriales, syndicats, patronat et associations écologistes), une petite dizaine de personnes supplémentaires – présentées comme formant le « groupe des personnalités morales associées » – ont pu s’inviter à la réunion et intervenir au même titre que les participants officiels. « Qui sont tous ces gens ? », s’insurge Chantal Jacquet, représentante du Crii-Gen, en pointant du doigt la présence d’un représentant l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA), Didier Marteau, « qui est aussi l’un des principaux responsables de la FNSEA. La FNSEA, qui bénéficie déjà de deux sièges au sein du collège “syndicats” se voit ainsi accorder, de façon détournée, un troisième représentant ! », s’offusque-t-elle.
Par ailleurs, la brièveté de la première réunion (une demi-journée) en a laissé plus d’un sur sa faim. La première réunion s’est en effet résumée à la présentation des intervenants et à un tour de table où chaque participant a eu 2 minutes pour exprimer ses positions. L’exercice a eu raison des 3 heures de réunion du lundi 16 juillet. Face à l’étendue des questions à traiter et compte tenu du faible nombre de réunions (encore trois) programmées d’ici la fin septembre, l’ensemble des participants a demandé des plages horaires allongées. Faveur accordée. Les deux prochaines réunions, prévues le 31 juillet et le 3 septembre, dureront chacune une journée entière.
Cueillis à froid
Sur le fond, les professionnels agricoles ont été cueillis à froid dès le début des débats, Jean-Robert Pitte, le président du groupe n°4, n’hésitant pas à pointer du doigt les impacts de l’agriculture intensive sur l’environnement et à dénoncer un secteur agricole « trop protégé », lors de son discours introductif. L’ambiance était-elle tendue, pour autant ? « Non », rapporte un participant agricole. « Tout le monde s’est bien tenu », indique Michel Dupont, animateur à la Confédération paysanne. Ce qui n’a pas empêché certains de vivre les débats de manière peu sereine. « J’ai eu l’impression de prendre brutalement dans la figure l’énorme déphasage des organisations écologistes qui, en matière agricole, ont une vision très décalée des réalités agricoles. Cela fait très peur », commente François Lucas, le président de la Coordination rurale. De quoi, peut-être, « réveiller » les représentants agricoles qui, pour cette première réunion, ont surtout défendu l’agriculture en se positionnant en observateur. Ce qui a immédiatement fait réagir « les écolos du Grenelle » qui sur leur Blog ont ironisé sur le discours visant à dire que les agriculteurs et les pêcheurs sont les meilleurs gestionnaires de l’environnement. De l’avis de certains représentants agricoles du groupe n°4, il est devient urgent pour l’agriculture de faire des propositions qui vont au-delà de la mise en valeur des efforts déjà consentis par les agriculteurs. Différentes pistes sont évoquées par les défenseurs d’un positionnement offensif : l’agriculture biologique et raisonnée, la défense des circuits courts, la transparence sur l’origine des produits même pour la restauration hors foyer…
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OGM et biocarburants
Autre accroc au débat, les OGM et les biocarburants. Les représentants du syndicalisme majoritaire agricole ont eu le désagréable surprise de voir surgir ces deux thématiques lors des échanges du groupe de travail n°4 (« agriculture »), alors qu’elles sont inscrites au programme des groupes n°1 et n°3 (changement climatique et « santé-environnement »). Une situation qui n’a pas semblé perturber pour autant Jean-Robert Pitte, le président du groupe n°4, celui-ci estimant que ces thématiques ont tout à fait leur place dans l’enceinte qu’il pilote. « Cette situation n’est pas normale, ça part tous azimuts. Il faut rester centré sur notre groupe », conteste Didier Marteau (APCA). Même certains écologistes acquiescent. « Le périmètre de travail est tellement ouvert que certaines thématiques comme les OGM ou les agrocarburants sont traités dans plusieurs groupes, ce qui va rendre le travail plus complexe », réagit Anne Bringault, directrice des Amis de la Terre, sur le blog créé par les associations écologistes (http : //legrenelle. lalliance. fr). Autre souci pour les syndicalistes agricoles majoritaires, certaines associations environnementales veulent que le bilan de la PAC réformée en 2003 soit intégré aux débats…
Reste enfin la question de la gouvernance des groupes. D’ores et déjà, le groupe travaillant sur la biodiversité (n°2), a décidé de se diviser en cinq ateliers pour mieux travailler. Mais tous les groupes ne semblent pas (encore) se diriger vers cette voie. Les questions restent nombreuses sur le fonctionnement interne de chaque groupe. Face aux prises de positions radicalement opposées de certains acteurs, qu’adviendra-t-il ? Que se passera-t-il en l’absence de consensus ? Y aura-t-il arbitrage ? Et par qui ? Aucune réponse n’a pu être jusqu’ici apportée par les organisateurs des groupes de travail, malgré les questionnements sur le sujet. Certains ne se font pas d’illusions. « L’exercice de synthèse me semble impossible », lâche un participant agricole.
Une chose est sûre. Les groupes de travail devront élaborer des propositions d’actions. Une partie des idées qui émergeront seront soumises à la consultation du public fin septembre-début octobre (réunions interrégionales, chats et forums internet), avant la tenue en tant que telle du Grenelle de l’environnement, fin octobre.
Mais rien ne garantit que la tonalité « débat participatif » que prennent les réunions actuelles des groupes de travail satisfassent leurs participants. Les associations écologistes l’ont maintes fois répété : elles ne veulent pas d’un énième « Forum ». Elles entendent participer à une réelle négociation. On n’en prend pas la direction. Au risque d’un clash ?