Placée en procédure de sauvegarde depuis le 29 janvier, avec la prévision de céder 57 de ses 161 restaurants intégrés et de supprimer 1 300 de ses 4 893 emplois, Flunch a reçu plus de 230 marques d’intérêt. Sur ce total, l’enseigne d’Agapes Restauration (détenu par l’Association familiale Mulliez) en étudie une soixantaine avec beaucoup d’attention.
La restructuration de Flunch (Agra Alimentation du 4 février 2021) se poursuit. « Nous sommes très satisfaits du nombre de dossiers reçus et de la qualité de [leurs] propositions. Nous continuons d’en recevoir et nous poursuivons le processus d’analyse avec un point [prévu] sur les concrétisations à l’été 2021 », précise Thierry Bart, directeur général de Flunch, recruté début 2020 pour restructurer l’enseigne. En l’espace de trois mois, il aurait en effet reçu 230 marques d’intérêt pour la chaîne de restauration, dont 25 dossiers portés par des collaborateurs et des franchisés et 38 lettres d’intention provenant d’enseignes de RHF, parmi lesquelles KFC, McDonald’s et Domino’s Pizza, selon l’intersyndicale (CFDT, CFE-CGC, CFTC, FO-FGTA). Au point que, dans une interview accordée le 5 mai à l’AFP, Thierry Bart évoque la possibilité de réduire l’ampleur du Plan de sauvegarde de l’emploi qui portait initialement sur la suppression de 1 300 des 4 893 postes salariés de Flunch.
Pour faciliter l’aboutissement de ces projets de reprise, Flunch a mis en place une structure ad hoc proposant une analyse approfondie de la zone de chalandise des établissements visés : étude de la concurrence, potentiel de développement, cible clientèle… L’enseigne prévoit aussi de revoir ses contrats de franchise et propose, pour les candidatures portées par ses salariés et franchisés actuels, des conditions plus favorables. Parallèlement, Flunch annonce le déploiement à court terme d’un nouveau concept de food court (kiosques de cuisines thématiques) et de la vente à emporter, déjà en test partiellement dans son établissement de Noyelles-Godault (Pas-de-Calais) et qui sera prochainement dupliqué dans le centre commercial d’Auchan Roncq (Nord). Rien de réellement révolutionnaire en termes d’offre, pourrait-on ajouter.
Plus de 85 M€ de pertes d’exploitation en 2020
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Lors du Comité social et économique central de Flunch du 5 mai, tout en dénonçant « des discussions très âpres concernant le PSE », selon l’AFP, l’intersyndicale a émis des doutes et des réserves sur la façon dont est menée cette restructuration. Sur le choix des 57 restaurants à céder, certains seraient viables et l’intersyndicale demanderait qu’une logique de bassin d’emploi soit appliquée, c’est-à-dire que les emplois devant être supprimés soient répartis entre les établissements d’une même zone de chalandise plutôt que sur un seul site. Elle demande également des mesures de soutien psychologique renforcées notamment au siège, redoutant des risques psychosociaux, à plus forte raison alors que se profile la réouverture des restaurants, échelonnée du 19 mai au 30 juin.
Au-delà, alors que Flunch a vu fondre de 57 % son chiffre d’affaires 2020 à 212 millions d’euros, avec une perte d’exploitation de 85,15 millions d’euros, l’intersyndicale s’interroge sur les raisons qui ont incité la maison mère de Flunch, Agapes Restauration détenue intégralement par l’Association familiale Mulliez, à faire remonter 134 millions d’euros de dividendes aux actionnaires en 2018 et en 2019. Selon un rapport du cabinet Sextant commandé par le CSEC et cité par l’AFP, ces dividendes auraient notamment servi à financer l’expansion des trois chaînes d’Agapes Restauration en bonne posture (3 Brasseurs, Il Ristorante, Salad & Co, Agra Alimentation du 29 octobre 2020) plutôt que de consacrer des moyens financiers à la refonte et modernisation de Flunch (les investissements dédiés à l’enseigne auraient baissé de 75 % entre 2017 et 2020). Mais il semblerait que, depuis peu, les actionnaires familiaux aient fini par changer leur fusil d’épaule. « Depuis le début de la crise [sanitaire], Agapes Restauration a déjà soutenu Flunch à hauteur de 83 millions d’euros en aides, développement et réinvestissements et continue de le faire », indique la direction de Flunch. L’avenir dira si ces aides n’interviennent pas trop tard.