Situation « préoccupante à l’OMC » pour la Fédération nationale bovine (FNB). Selon elle, avec la menace d’importations plus élevées de bœuf brésilien, les consommateurs pourraient se retrouver « trompés » sur une viande ne respectant pas les exigences de qualité européenne. Objectifs de la FNB : alerter les consommateurs et faire pression pour garder des systèmes de protection pour la viande bovine européenne.
« La situation à l’OMC, au niveau de la viande bovine, est extrêmement préoccupante », a lancé Pierre Chevalier, le président de la Fédération nationale bovine (FNB), lors du Sommet de l’élevage à Clermont-Ferrand le 6 octobre. La fin programmée des restitutions et la suppression envisagée des droits de douane, dans le cadre des négociations internationales, pourraient faire entrer un peu plus le bœuf brésilien en Europe.
Les mêmes exigences pour tous
« Nous sommes d’accord pour abandonner une partie des restitutions, mais à condition de garder l’accès au marché et que les mêmes normes sanitaires soient imposées sur les importations », souhaite Pierre Chevalier. « On ne doit pas tromper le consommateur», lance-t-il, en rappelant que ce dernier a toujours demandé plus de sécurité alimentaire. Selon lui, la viande bovine brésilienne peut tout à fait entrer sur le sol européen sans respecter toutes les exigences communautaires demandées aux éleveurs français, et ainsi arriver moins chère. Pour lui, de gros efforts ont été consentis par les agriculteurs français, « mais ils ne sont pas pris en compte dans les négociations actuelles à l’OMC ». « On nous a imposé une réforme de la Pac, plus de traçabilité, plus de sécurité sanitaire et d’étiquetage, plus de contraintes sur le bien-être des animaux et sur le transport, et on veut aujourd’hui faire entrer des viandes brésiliennes, sur notre territoire, qui ne respectent pas ces règles ? », interroge-t-il.
Faire de la viande bovine un produit « sensible »
Les producteurs bovins craignent également la perte de l’autosuffisance alimentaire de l’Union européenne. « Nous avons déjà perdu notre souveraineté sur la viande ovine et maintenant sur les bovins. Il est fort probable, si nous ne faisons rien, que cela se poursuive sur les autres productions animales », estime Pierre Chevalier. « Or cela peut être très grave. Que vont manger les Européens en cas de conflit ou de crise ? ». « Georges Bush, lui-même, a déclaré que les Etats-Unis étaient forts car autosuffisants dans l’alimentaire », rappelle Philippe Chotteau de l’Institut de l’élevage.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
En alertant l’opinion publique, la FNB espère faire pression plus facilement sur la Commission européenne dans les négociations internationales. Pour cela, Pierre Chevalier compte également sur ses collègues européens. « Italie, Espagne et Portugal sont avec nous, mais nous avons des problèmes avec les pays du Nord», reconnaît-il. Il fustige en tout cas l’attitude de la Commission : « Peter Mandelson brade l’agriculture, sans même obtenir un juste retour dans le domaine des services ». En attendant Hong-Kong, le ministre de l’Agriculture, Dominique Bussereau s’est voulu rassurant lors de l’inauguration du Sommet. « La position française à l’OMC ne sera pas seulement ferme, mais sera un roc », a-t-il tenu à déclarer. Pierre Chevalier espère enfin, de son côté, que la viande bovine
pourra faire partie des produits dits « sensibles » à l’OMC, permettant une certaine protection sur les marchés. Mais il faudra pour cela que les 148 membres de l’organisation soient d’accord…