Dans un rapport publié le 9 février, la Fondation Nicolas Hulot regrette que seul 1 % des aides à l’agriculture a « un effet positif sur la réduction de l’utilisation des pesticides ». Elle demande une réorientation massive des aides Pac vers cet objectif. Un levier pour enrayer la « dualisation » de l’agriculture française, met en avant son rapport.
Pas moins de 23,2 milliards d’euros. Ce serait, selon les chiffres publiés par le cabinet d’étude Basic le 9 février à la demande de la Fondation Nicolas Hulot (FNH), le montant de l’ensemble des aides publiques annuelles au secteur agricole, aides et allégements fiscaux compris. « Pour avoir un ordre de grandeur, les dépenses des Français pour l’alimentation s’élèvent à 230 milliards », a détaillé Christophe Alliot, confondateur du cabinet d'études, le Basic, lors d’une conférence de presse la veille.
Se référant au rapport de France Stratégie de 2020 sur l’agroécologie, le Basic souligne ensuite que seul 1 % de ces aides, soit 220 millions d’euros, a « un effet positif sur la réduction de l’utilisation des pesticides ». Le cabinet d’études retient uniquement parmi ces aides vertueuses les 200 millions d’euros de soutien à l’agriculture biologique, ainsi que les 20 millions d’euros dédiés aux Maec « rotation, limon profond, et grandes cultures en zones intermédiaires » comme aides aux effets « avérés ». En revanche, juge le Basic, la conditionnalité « n’incite pas au changement de pratique », les mesures du paiement vert sont « trop laxistes », et le plan Ecophyto demeure « inefficace ».
Le poids de l’échec
Pour Caroline Faraldo, responsable agriculture et alimentation au sein de la FNH, le poids de l’échec des politiques de réduction de pesticides « est trop souvent mis sur les épaules des agriculteurs alors que la responsabilité est du côté des pouvoirs publics, mais également de l’ensemble des acteurs du secteur ». Car côté privé, la marche serait encore plus haute, comme le souligne le Basic. Investissements, prêts et assurances concédées au secteur agricole auraient ainsi un montant égal à celui des aides publiques, malgré « une absence totale d’intention en faveur de la durabilité », regrette Christophe Alliot.
La FNH demande en conclusion du rapport une réorientation des aides européennes, avec notamment « cinq fois plus de moyens » pour l’agriculture biologique, 40 % du premier pilier dédiés aux ecoschemes, et une bonification pour les jeunes agriculteurs s’installant en agroécologie. Côté fiscalité, qui pèserait près d’un tiers du total des aides décomptées par le Basic, la FNH défend également la mise en place d’un système de bonus-malus « sur le principe pollueur-payeur ». « Ce n’est pas de plus d’argent dont on a besoin, mais de plus de conditionnalité. Si on ajoute le levier de la commande publique, on a tous les paramètres réunis », a résumé lui-même Nicolas Hulot, en conférence de presse.
Les phytos, symbole d'une dualisation
Dans une autre partie de l’étude, le Basic se penche sur les dépenses de produits phytosanitaires des exploitations agricoles, grâce aux données du Rica. Un exercice qui permet au bureau d’étude de déterminer trois types d’exploitations avec leurs Otex associées, des moins utilisatrices aux plus utilisatrices.
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Le cabinet observe un renforcement des disparités d'utilisation. La surface cultivée par les exploitations les plus utilisatrices aurait ainsi augmenté de 69 % entre 2008 et 2018. Et celle des exploitations les moins utilisatrices, de 11 %. C’est le groupe médian qui aurait fait les frais de ces deux dynamiques inverses, avec une surface en recul de 6 % sur la période étudiée.
Etendant aux pesticides une analyse d'Agriculture Stratégies parue en 2019, le Basic voit alors dans ces chiffres « une dualisation de l’agriculture française et particulièrement en grandes cultures avec d’un côté une stratégie de « décommoditisation », et de l’autre un renforcement de la « vocation exportatrice ».
En conclusion, FNH recommande un meilleur ciblage des aides Pac vers « les exploitations faiblement à moyennement utilisatrices, qui représentent 91 % des exploitations agricoles ». « Ce sont bien elles, en priorité, que les pouvoirs publics doivent accompagner pour faire pencher la balance du bon côté », plaide la fondation.
Le cabinet observe un renforcement des disparités dans l'utilisation des phytos
Nodu vs QSA, deuxième round
Dans une autre partie de l’étude, le Basic rappelle les conclusions du ministère de l’Agriculture dans le cadre du suivi d’Ecophyto en 2020 sur l’évolution des utilisations de produits phytosanitaires. Pour le Nombre de Doses Unités (Nodu), « l’augmentation atteint 25 % entre 2010 et 2017 (en moyenne triennale) », détaillent les auteurs. Un chiffre décrié une nouvelle fois par plusieurs voix dans le secteur, dont celle du ministre de l’Agriculture lui-même, qui préfère au Nodu « les quantités de substances actives vendues » (ou QSA). À l’inverse du Nodu, celles-ci ont reculé de 36 % entre 2009 et 2019, comme l’a rappelé Julien Denormandie sur Twitter. Pourtant, comme le précise le ministère de l’Agriculture lui-même dans une note méthodologique sur le Nodu rédigée dans le cadre du plan Ecophyto en 2017, c’est bien le Nodu qui « constitue l’indicateur de référence de suivi du plan ». Pour le calculer, le ministère divise la QSA par la dose unité en kilogramme par hectare de chaque substance considérée. Depuis 2017, les usages non-agricoles sont inclus dans l’indicateur général d’Ecophyto. Dans son rapport, le Basic n’a toutefois considéré que le Nodu agricole, à l’exception des autres usages.