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Elections aux chambres d’agriculture FNSEA et JA appellent à un vote massif de la profession

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Dernière ligne droite dans la campagne des élections aux chambres d’agriculture. Le duo FNSEA/JA multiplie les rendez-vous dans les départements avec ce double défi : remporter toutes les chambres et susciter un fort taux de participation – dans un contexte de campagne qui est loin de soulever les passions, indiquent plusieurs observateurs. Nous avons suivi sur le terrain les secrétaires généraux des deux syndicats, Dominique Barrau et Gaël Gauthier, en déplacement le 22 janvier dans les départements de la Nièvre et de la Saône-et-Loire. À quelques jours de la clôture du scrutin programmée le 31 janvier, ce sont surtout les exigences normatives de « Paris » qui sont pointées du doigt. Face à cela, une solution existe, défendent la FNSEA et les JA et leurs représentants départementaux : « faire confiance au bon sens paysan ».

«Durant cette campagne, j’ai trouvé que les gens étaient sereins, presque trop détendus », regrette un aîné de la FNSEA, à l’occasion d’une réunion de campagne organisée le 22 janvier par sa centrale et les Jeunes agriculteurs (JA), en Bourgogne. L’homme n’en est pas à ses premières élections aux chambres d’agriculture. « Les meetings avec Michel Fau et François Guillaume en 1983, à Saint-Etienne, Raymond Lacombe et Henry Jouve en 1989... On avait les poils qui se hérissaient. Si on n’avait pas d’idée en arrivant, on en avait une quand on repartait. Et puis, celui qui ne votait pas pour la FNSEA... Ça nous faisait hurler, se souvient-il. Mais là, je ne sais pas, les gens sont calmes ». Ce spécialiste des élections aux chambres y voit deux raisons : c’est la troisième campagne en présence des syndicats majeurs, FNSEA, JA, Confédération paysanne et Coordination rurale. Or, « c’est la fin des idéologies », les deux derniers ne peuvent plus atteindre d’autres paysans », considère l’adhérent FNSEA. L’autre cause serait liée au fait qu’après deux années terribles, ça irait plutôt bien aujourd’hui pour les agriculteurs. L’homme se rappelle qu’à l’inverse, en 2001, « avec la crise de l’ESB, en meeting, ça cognait. Aujourd’hui, les gens sont plus sereins, plus détendus parce que ça ne va pas si mal ». Les rencontres organisées par les syndicats majoritaires, mardi 22 janvier, en Bourgogne ont en effet été le lieu d’échanges cordiaux. À l’image de la campagne nationale menée par les syndicats agricoles : 2013 serait une campagne atone, qui ne soulèverait pas les passions, selon plusieurs observateurs avisés.

Le danger de l’abstention, selon FNSEA/JA

Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA, et Gaël Gauthier, secrétaire général des JA ont pu constater la tendance : aussi bien lors d’échanges organisés sur des exploitations que dans l’amphithéâtre du marché au cadran de Moulins-Engilbert, dans la Nièvre, ouvert à tous : l’accueil fut sans heurts, ni vives interpellations. « Je ne suis pas d’accord avec toutes leurs idées et c’est pour ça que je suis pas syndiqué », nous a expliqué un exploitant du département. Il va cependant voter : « Je pense me ranger derrière le plus gros, parce que j’ai été en projet avec la chambre et ça s’est bien passé ». Pour les autres, ils ont des questions, mais ils font confiance, comme a expliqué Arnaud Paqueriaud, éleveur de la commune de Tazilly (Nièvre) qui a reçu ensuite la délégation des syndicats majoritaires. Malgré « un monticule d’emprunts », des exigences administratives qu’il juge « catastrophiques », un calendrier d’épandage « stupide » et bien que l’on ne puisse pas faire de plans à l’avance et que l’« on ne maîtrise rien » en raison notamment de la volatilité des prix, « je sais que mon syndicat me représente et qu’il le fait bien mieux que moi », a indiqué l’éleveur. Pour Dominique Barrau, l’enjeu de la campagne 2013 est avant tout le taux de participation qui s’est élevé en 2007 à 65% : « Le grand danger pour cette année, c’est l’abstention. Donc on appelle avant tout à voter, et à voter bien », a déclaré le secrétaire général devant un parterre d’une quarantaine de personnes réunies sous le bâtiment d’élevage de la famille Paqueriaud. Considérant qu’il existe 3 000 exploitations dans la Nièvre, « il faut trouver un peu plus de 1500 agriculteurs. Alors, faites campagne! Faites voter », a-t-il insisté auprès des troupes départementales dirigées par Jean-Pierre Condamine, qui, à l’issue de réunions communales, cantonales etc., ont vu ces derniers jours près de 400 personnes sur le terrain. L’enjeu est de continuer à peser auprès des pouvoirs publics et pour cela « la profession qui est la meilleure à se mobiliser lors d’élections professionnelles, doit parvenir à maintenir son rang », a précisé Gaël Gauthier des JA. Si la plupart des agriculteurs rencontrés espèrent que le cours du broutard, en baisse depuis septembre, reprenne, c’est surtout l’incompréhension face à certaines décisions « parisiennes », autrement dit gouvernementales, qui a dominé les échanges, a expliqué leur représentant départemental, Jean-Pierre Condamine. Selon lui, « c’est le bon sens paysan qui doit primer ». En ligne de mire notamment : la directive nitrate. « Si elle est maintenue, dans une région telle que la nôtre, en zone herbage, c’est un tout un pan de la ruralité qui peut disparaître ».

Prix, charges, Pac, environnement, eau et foncier préoccupent

Plus largement, Dominique Barrau a relevé plusieurs thèmes récurrents dans les questions des agriculteurs croisés depuis le début de la campagne : les prix, les charges, la Pac et l’environnement, l’eau, le foncier. Certains départements ajoutent leur spécificité. C’est le cas de la Saône-et-Loire – qui compte 8 600 électeurs pour le collège des chefs d’exploitation – où la délégation nationale a poursuivi sa visite. Il y fut plus précisément question de la fin des quotas laitiers, du maraîchage et du risque de diminution de la diversité de la production, selon l’un des producteurs de légumes de la région, de vigne et de la maladie du bois ou encore des droits de plantation. Sur le volet social, une agricultrice a revendiqué « le droit à produire, parce qu’en EARL on n’a pas toujours notre mot à dire ». Un aîné a prévenu : « On n’admet pas d’être traités de privilégiés par la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Cette dernière et cinq parlementaires nous ont dit lors de récentes visites : “Oui, vous avez une petite retraite, mais vous avez vos revenus fonciers, vous êtes des privilégiés”. Ça, ça ne doit plus durer : nous réclamons des retraites décentes ».

Une profession qui peine à s’ouvrir

« La passion seule ne peut plus tenir nos éleveurs dans nos campagnes », a plaidé de son côté le président de la FDSEA de la Saône-et-Loire, Yves Bonnot. Le président de la chambre du département, Christian Decerle, candidat à sa réélection, a, lui, notamment défendu la décentralisation annoncée en faveur des régions, plus proches, de fait, des départements que « Paris ». Un Paris qui a également tenu dans ce département la tête des échanges, car ce qui fait surtout baisser les bras aux agriculteurs, selon Gaël Gauthier, ce sont les normes, notamment environnementales imposées de la capitale. « Nous demandons une étude d’impact économique à chaque fois que l’on ajoutera une norme », a-t-il défendu. Les JA ont aussi parlé d’installation, d’autant plus dans ce département où ils étaient reçus dans la commune de Saint Didier-sur-Arroux par les Portrat – père et mère, en Earl, sur 110 hectares et fils, en individuel, sur 38 hectares. Les difficultés de Matthieu, le fils âgé de 25 ans, sont simples : ils ne trouvent pas de terre pour vivre de son métier. À demi-installé sur son exploitation, il a préféré poursuivre une partie de son activité en service de remplacement. Résultat : après plusieurs mois à un rythme de 12 heures par jour, le burn out. « Je me suis arrêté parce que je n’y arrivais plus. En plus de ça, je ne parvenais toujours pas à trouver des terres pour renforcer mes 38 hectares. Pour moi qui suis fils d’agriculteurs, la situation est difficile, alors pour un hors cadre familial, je n’ose même pas y penser ». Ses parents envisagent désormais de se mettre en Gaec, à trois. Les JA, qui estiment la situation insatisfaisante et qui plaident d’une part, en faveur de la diversité des parcours – autant qu’il existe de profils –, d’autre part, en faveur de la mise en œuvre de mesures pour la préservation du foncier agricole, misent sur les assises de l’installation pour atteindre leurs objectifs. Leurs résultats seront portés par la loi d’avenir sur l’agriculture. En ligne de mire, pour FNSEA/JA : « Trouver une place pour tout le monde ». Un défi, selon le duo, qui vise aussi le maintien des agricultures en France.

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