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Foie gras : l’interprofession veut que les éleveurs puissent confiner leurs canards

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Le Cifog propose de nouvelles règles de production qu’elle veut voir rendues obligatoires par les pouvoirs publics. La principale mesure consiste à obliger les éleveurs à pouvoir confiner leurs animaux en cas de besoin. À ce sujet, l’interprofession travaille sur « un plan bâtiment substantiel » pour lequel elle a obtenu un engagement de soutien des entreprises et demande celui des pouvoirs publics. Le Modef des Landes et la Confédération paysanne s’opposent à cette mesure.

Lors d’une réunion à Bordeaux le 16 février, le conseil d’administration de l’interprofession du foie gras (Cifog) a voté « de nouvelles règles de production », qui « feront l’objet d’un accord interprofessionnel qui devra être rendu obligatoire par les pouvoirs publics pour l’ensemble des acteurs de la filière ». La principale nouveauté réside dans la mise en place de nouvelles règles entre le 15 novembre et le 15 janvier, en cas de passage de la France en risque élevage influenza aviaire. Les trois mesures à mettre en place sur cette période sont les suivantes : « la capacité de garder les animaux à l’intérieur des bâtiments d’élevage », « la détection systématique de la présence ou non de virus hautement pathogène avant tout déplacement », et « la conduite en bandes uniques par site d’exploitation (sortie des animaux, nettoyage, désinfection et 14 jours de vide sanitaire) ». La première mesure, l’obligation de pouvoir confiner les animaux, implique la construction de batiments, les canards étant laissés, durant une partie de leur élevage, sur des parcours munis d’abris légers.

« Un plan bâtiment substantiel »

Interrogée par Agra presse le 21 février, la déléguée générale de l’interprofession du foie gras (Cifog), Marie-Pierre Pé, confirme que sa structure prévoit « un plan bâtiment substantiel » lié au confinement des volatiles, actuellement en cours de chiffrage. Les entreprises se sont engagées à accompagner financièrement les producteurs dans ces investissements, explique le Cifog. Mais les professionnels demandent le soutien des pouvoirs publics.
À compter de 200 à 250 euros le m2, la construction d’un bâtiment standard de 400 m2 reviendrait à environ 100 000 euros. Certains bâtiments également courants mesurent 600 m2. « C’est extrêmement difficile de demander ça aux éleveurs, mais il faut regarder l’avenir, et le confort que cela apportera aux éleveurs et aux animaux », explique Marie-Pierre Pé. Elle constate que l’arrêt de la production en Bulgarie et en Hongrie offre une fenêtre de tir intéressante à la filière française pour investir, sans perdre de parts de marché.

Vide sanitaire obligatoire

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En dehors de cette période hivernale, l’interprofession propose trois autres changements : l’application obligatoire de durées de vide sanitaire (qui n’étaient jusqu’ici que recommandées) pour chaque étape d’élevage et chaque mode de production (14 jours pour les bâtiments d’élevage, 42 jours pour les parcours de plein air ou 48 heures pour les salles de gavage). Et enfin la sécurisation des étapes de transport et la professionnalisation de l’activité des intervenants extérieurs.
La Confédération paysanne s’oppose aux mesures proposées par le Cifog (obligation de conduire les élevages en bande unique et de pouvoir confiner les animaux), au motif qu’elles ne seraient « que des moyens d’adapter le système de production industrialisé à la multiplication des crises sanitaires qu’il provoque, et donc de le renforcer », et qu’elles toucheraient « fortement » les résultats économiques des plus petits élevages.

Lettre ouverte du Modef des Landes

Le Modef des Landes s’oppose également aux propositions de l’interprofession. Il a fait paraître, le 20 février une lettre ouverte au ministre de l’Agriculture, dans laquelle le syndicat s’oppose à cette mesure, qui « remettrait en cause les productions plein air, de qualité et fermières ». Pour le Modef, l’interprofession « défend l’intérêt des grands opérateurs ». Le syndicat estime que le « plein air est une caractéristique essentielle des modes d’élevage traditionnels et IGP », que « le confinement n’a pas apporté la preuve de son efficacité contre le risque de diffusion du virus » et qu’il implique d'« investir lourdement ». Le Modef souhaite plutôt « conforter l’immunité des animaux. Vouloir aseptiser tout un milieu est illusoire ».