Dans son rapport annuel sur les marchés fonciers ruraux, la FNSafer observe « un rattrapage » en 2021 des opérations suspendues pendant la crise Covid sur tous les marchés. Les ventes de domaines viticoles et de terrains destinés à l’urbanisation atteignent des niveaux records.
Après avoir connu une forte contraction en 2020 (-3,7 % en surfaces), les marchés fonciers ruraux sont « en nette reprise en 2021 en nombre de transactions, en surface et en valeur, dans un contexte de reprise économique généralisée », constate la Fédération nationale des Safer (FNSafer) dans son analyse annuelle présentée le 24 mai. Ce dynamisme s’est traduit par une hausse de 33,5 % des ventes en valeur, tous marchés confondus. Le marché des terres et prés représente plus de 60 % des surfaces échangées : 467 800 d’hectares (+15,1 %/2020) ont été vendus au cours de 103 500 transactions (+19,2 %) pour une valeur totale de 6,8 Md€ (+23,5 %). Le marché des biens libres dépasse les précédents records de 2019 et progresse de 14,2 % en nombre et 18,2 % en surface par rapport à 2019. « Les départs à la retraite des exploitants semblent se matérialiser sur ce marché avec une intensité croissante sur les cinq dernières années », souligne la FNSafer dans le document présentant les résultats. Toujours sur le marché des terres et prés, les surfaces vendues, libres et louées, ont progressé de 30 % depuis 2016.
Dans un contexte de forte augmentation des surfaces mises en vente, les prix des terres et des prés libres non bâtis sont en légère baisse : -2,3 % par rapport à 2020, soit 5 940 €/ha. Ce sont les zones de grandes cultures qui enregistrent la plus forte baisse : -5,3 %, après une hausse de 5,5 % en 2020. La FNSafer alerte sur la diminution constante des agriculteurs parmi les acheteurs. Les personnes physiques agricoles ne représentent plus que la moitié des acquéreurs au profit des « sociétés d’exploitation » et des personnes physiques et morales non agricoles. Les acquisitions par des personnes morales agricoles et non agricoles totalisent 15,4 % des transactions (21,6 % des surfaces). Les sociétés de portage du foncier sont celles qui enregistrent la plus importante progression ces dernières années. Depuis 1993, le nombre de transactions réalisées par des sociétés de portage du foncier a quadruplé et la surface acquise a été multipliée par trois.
Une anticipation de l’objectif de ZAN
Signe que l’attractivité de la vie au grand air se poursuit après la crise sanitaire, les ventes de maisons de campagne ont bondi de 21 % en nombre de transactions. En parallèle, le marché de l’urbanisation atteint « un niveau inédit depuis dix ans » (33 600 ha), note Loïc Jegouzo, adjoint au directeur des études de la FNSafer. Après une forte contraction en 2020, la FNSafer observe « un rattrapage » des opérations suspendues par la crise sanitaire. La fédération avance deux explications à cette dynamique : la reprise économique et « l’anticipation potentielle des restrictions à venir » en lien avec l’objectif de « zéro artificialisation nette » (ZAN) à l’horizon 2031, fixé par la loi Climat et résilience.
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Dans le secteur viticole, le nombre de domaines mis en vente atteint « un niveau inédit en 30 ans d’observation ». Ce marché, le plus affecté par la crise Covid, connaît un « rattrapage » dans quasiment tous les bassins viticoles. « Cette reprise s’inscrit dans un contexte d’embellie pour le marché du vin avec la levée des taxes Trump, le redémarrage des prix des vins tranquilles AOP et la reprise de la consommation intérieure en restauration et en hôtellerie », analyse Loïc Jegouzo. Le prix moyen des vignes AOP est en recul de 1,7 %, tiré vers le bas par la baisse des prix des vignes de Champagne (-5,6 %). Si l’on retire les terres champenoises du décompte, le prix des vignes AOP progresse de 2,4 %. C’est 3,4 % hors AOP. Le prix des vignes à eaux-de-vie AOP a, lui, bondi de 5,8 % sous l’impulsion de la reprise des exportations de Cognac.
Contre la concentration, pour l’installation
Constatant que « le foncier est encore trop souvent orienté vers l’agrandissement » et le fait de structures sociétaires, la FNSafer alerte sur le péril pour le renouvellement des générations. « Les cédants peuvent être sous pression. Dans des contextes économiques fluctuant, les taux de départs anticipés sont élevés et il est impossible d’anticiper la transmission, souligne Loïc Jegouzo. D’autres veulent sécuriser financièrement la transmission en vue de la retraite ou optimiser leurs coûts de production pour compenser la diminution de leurs revenus. » La fédération place beaucoup d’espoir dans la loi Sempastous, qui doit permettre de mieux réguler la cession des parts sociales : un marché qui représente l’équivalent de 19,6 % de la valeur du marché foncier agricole et 1,4 fois la surface. Son président Emmanuel Hyest déclare, en conclusion, que l’organisme de régulation « doit être capable de réorienter les cessions vers l’installation des jeunes ».