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Fongicides SDHI : « pas d’éléments en faveur d’une alerte », pour l’Anses

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L’Anses a rendu publiques les conclusions de ses experts sur les conséquences sur la santé humaine de fongicides très utilisés en grandes cultures, les SDHI , quelques mois après l’alerte d’un collectif de scientifiques sur cette question. L’agence rassure, mais demande des tests complémentaires. Les chercheurs maintiennent l’alarme.

« Il n’y a aucun élément en faveur d’une alerte pour la santé humaine et l’environnement » lié à l’utilisation des fongicides SDHI. C’est la conclusion du groupe d’experts missionné par l’Anses en avril dernier pour étudier la dangerosité supposée des fongicides inhibiteurs de la succinate déshydrogénase (SDHI), après la tribune alarmante de plusieurs scientifiques parue dans le quotidien Libération.

Les chercheurs, issus notamment de l’Inserm, le CNRS et l’Inra, accusaient ces produits, utilisés massivement en grandes cultures depuis la fin des années 2000, d’avoir des conséquences sur la santé humaine. Dans leur tribune, ils demandaient une « estimation des dangers pour la santé » par des « organismes publics ».

Les scientifiques alertaient tout particulièrement sur le procédé par lequel ces phytos agissent sur les champignons. Les produits bloquent l’action d’une enzyme essentielle pour la respiration des cellules, qui transforme une molécule, le succinate, en énergie. Or, cette enzyme, et ce mécanisme de respiration, sont les mêmes chez une grande partie des êtres vivants, dont l’homme.

Les experts de l’Anses veulent rassurer

Un tel dysfonctionnement, lorsqu’il survient chez l'homme à la suite d’une mutation génétique, peut aboutir à de nombreuses pathologies, allant de la maladie de Parkinson à certains cancers, en passant par des encéphalopathies sévères. « Comment se fait-il qu’une agence ait pu autoriser ce produit, qui bloque un processus essentiel des cellules, commun à tout le vivant ? », s’indigne un membre du collectif.

Ces produits ont-ils des conséquences sur l’homme ? L’exposition à cette substance de la population est-elle suffisamment élevée pour qu’il y ait un risque ? Ce sont les questions auxquelles les experts missionnés par l’Anses ont tenté de répondre.

L'Anses veut rassurer. Selon eux, le « niveau des expositions alimentaires totales » est « trop faible », rapportée « aux seuils toxicologiques actuellement établis » pour avoir quelque conséquence que ce soit. Par ailleurs, les substances sont « rapidement métabolisées et éliminées », et les « dépassements de limites maximales sont exceptionnels ».

Enfin, les chercheurs n’ont pas identifié de « données suggérant une augmentation de l’incidence de cancers spécifiques associés en déficit en SDH », et ce, « malgré une commercialisation parfois ancienne de ces molécules SDHI », indique l’Anses dans son rapport.

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Pour arriver à ces conclusions, les experts ont auditionné les chercheurs mais également analysé « les données issues des dossiers d’évaluation des substances actives », dans le cadre de leur dossier d’homologation de l’Efsa, et des données issues de la « littérature scientifique et de bases de données internationales », ainsi que « des données de surveillance, de vigilance et de contrôle ».

Pour les chercheurs, la méthode d’évaluation n’est pas la bonne

Malgré cet avis, les scientifiques maintiennent leur alerte. « Les SDHI sont utilisés massivement depuis 2008, c’est trop peu pour avoir un recul suffisant », indique un membre du collectif. Par ailleurs, « les procédures d’évaluation des agences d’homologation ne prennent pas en compte les mécanismes d’action de ces fongicides ».

Enfin, l’affirmation selon laquelle ces produits sont rapidement ingérés par l’organisme est issue des « dossiers fournis par les industriels », assurent ces scientifiques qui, de leur côté, n’ont pas pris en compte ces travaux dans leurs recherches, car les « données brutes ne sont pas disponibles ». Pour Pierre Rustin, directeur de recherche de l’Inserm, membre du collectif, le « principe de précaution doit primer », dans cette affaire.

De son côté, l’Anses ne considère pas ce « dossier comme clos » et souhaite notamment « approfondir les recherches épidémiologiques chez les agriculteurs ». Les chercheurs du collectif doivent, quant à eux, publier prochainement une réponse détaillée à cet avis, et annoncent leur intention de travailler sur cette question des SDHI.

« Comment se fait-il qu’une agence ait pu autoriser ce produit, qui bloque un processus essentiel des cellules, commun à tout le vivant ? »

Le « niveau des expositions alimentaires totales » est « trop faible » pour l’Anses