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Chiffres Fort affaiblissement des entreprises d’aliments du bétail en 2009

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Avec une baisse prononcée de 6% en volume, les entreprises de la nutrition animale ont connu un repli significatif en 2009. Après l’euphorie de 2007-2008, l’industrie de l’alimentation animale semble renouer avec le phénomène d’érosion initié en 2001. Retour sur une année particulièrement difficile.

Année noire en 2009 pour l’industrie de la nutrition animale. La production française d’aliments composés a en effet chuté de 6% entre janvier et décembre 2009 par rapport à 2008 soit 1,4 million de tonnes en moins, selon Coop de France Nutrition animale et le Snia (Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale). « Cette diminution se replace dans le phénomène d’érosion d’activité de près de 1,5% par an depuis 2001, à l’exception des années 2007-2008, explique Michel Dochez, directeur adjoint de Coop de France Nutrition animale. La baisse de volume a pénalisé l’ensemble des entreprises du secteur de la nutrition animale. » La première partie de l’année surtout. La fabrication d’aliments a en effet reculé de 4% sur la première moitié de la campagne 2009-2010 puis la baisse s’est atténuée d’octobre à décembre 2009 (-2,8%).

Baisse de rentabilité des entreprises
Pour les entreprises du secteur, la perte en valeur a également été très conséquente. Longue est la liste de celles qui ont vu leurs bénéfices se réduire comme peau de chagrin. Le groupe Provimi, spécialisé dans l’alimentation animale, enregistre par exemple un résultat net en perte de 39 millions d’euros en 2009 et un chiffre d’affaires en repli de près de 22%, à 1,7 milliard d’euros. Quant au chiffre d’affaires de la branche « nutrition animale » du groupe Terrena, il est amputé de moitié entre 2008 et 2009 (660 millions d’euros à 294 millions).

Crise de la demande des éleveurs
Comment expliquer de telles baisses, en volume comme en valeur ? « Avec la chute des prix des matières agricoles, on a vu le retour à l’utilisation en l’état de matières premières, explique Stéphane Radet, directeur du Snia. Dans la filière laitière, les éleveurs ont été confrontés à une crise difficile et ont donc moins produit de lait. Ils ont moins recherché la performance économique de leur élevage et ont eu moins recours à l’aliment composé. » Certes, la crise économique actuelle explique largement le repli généralisé de l’industrie de la nutrition animale française. Mais comme le rappelait Adolphe Thomas lors de l’assemblée générale du Snia qui s’est déroulée le 4 juin dernier, ces résultats désastreux s’expliquent également par la perte de compétitivité des filières de productions animales françaises face aux autres productions européennes, et notamment allemandes.

Reprise du mouvement de restructuration
Face à cette situation, les fabricants d’aliments composés se sont donc adaptés. « Avec le retour à la baisse d’activité, on a pu constater une reprise des mouvements de restructuration, qui s’étaient fortement ralentis en 2007 et 2008, explique Michel Dochez. Pour le secteur coopératif, on peut citer dans l’Ouest le rachat de Nutréa par Coopagri Bretagne et Terrena, la fusion Garun - Paysanne, ou le rapprochement en cours entre Cecab et Coop de Broons. Dans le Nord, il y a eu la constitution de Novial, issu du regroupement des ex-usines Evialis et Ucalpi. Et toutes les régions sont concernées. » Outre les restructurations, les entreprises ont aussi investi pour avoir des outils performants en rénovant leurs usines et en travaillant sur les performances des aliments via les innovations produits.

La diversification : une lueur d’espoir
Quelques rares exceptions néanmoins ont réussi à tirer leur épingle du jeu. C’est le cas par exemple de la coopérative bretonne Le Gouessant, spécialisée dans la nutrition animale (près de 1 million de tonnes) dont le résultat net s’affiche à 6,85 millions d’euros, « en très forte progression par rapport à l’exercice précédent ». La coopérative bretonne aurait-elle une recette miracle ? Pas vraiment. Sa rentabilité, elle la doit à sa diversification dans des fabrications de niches (aliments pour pondeuses et poissons d’élevage). Résultat : son industrie de nutrition animale a progressé de 10%.

Pas de reprise prévue en 2010
Qu’en est-il de 2010 ? Touchées par une conjoncture défavorable en 2009, un grand nombre d’entreprises du secteur de la nutrition animale ont dû réduire leur effectif en 2010. C’est le cas du groupe d’alimentation animale Nutréa (issu de la fusion entre les activités d’Evialis et d’Unicopa dans ce domaine) par exemple qui a annoncé le 3 juin la suppression de 72 postes d’ici à la fin de l’année, dans le cadre d’un plan de réorganisation de l’entreprise. Car les perspectives 2010 ne sont pas extrêmement réjouissantes. « Actuellement, la baisse des fabrications d’aliments se poursuit, même si elle s’atténue, explique le directeur adjoint de Coop de France Nutrition animale. Mais il y a quand même des perspectives d’espoir. La production d’aliments poulet chair s’est bien redressée, souhaitons que celle des autres volailles et celle d’aliments porc en fassent bientôt autant. Et dans le secteur des ruminants, il reste un potentiel de développement du fait de la restructuration du cheptel. »

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