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Marché des fertilisants Forte baisse des livraisons d’engrais en 2011-2012

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Les volumes d’engrais livrés ont fortement chuté en raison notamment de stocks importants chez les distributeurs et les agriculteurs fin 2010-2011, selon l’Unifa. Cette dernière pointe aussi les incertitudes sur les prix agricoles.

«Le chiffre d’affaires des industries de la fertilisation a atteint les 2,8 milliards d’euros en 2011 », a déclaré Joël Morlet, président de l’Unifa, indiquant que ce chiffre concernait les ventes de fertilisants en France. Mais, malgré un chiffre d’affaires conséquent, en hausse de 28% en un an, les volumes livrés par les industriels de la fertilisation sont en baisse tendancielle, et enregistrent un fort recul sur 2011-2012.

Une baisse des utilisations d’engrais en 2010-2011

La baisse des utilisations d’engrais lors de la campagne 2010-2011, en raison de sécheresses ne permettant pas l’assimilation des engrais par les végétaux, a pesé sur le marché en 2011-2012. Un constat dressé par Joël Morlet qui soulignait la difficulté pour les industriels de la fertilisation à estimer les stocks de fin de campagne chez les agriculteurs et les distributeurs. Ces stocks devaient être conséquents fin 2010-2011, car les livraisons d’azote ont baissé de 14% en 2011-2012, de 15% pour le phosphore et de 20% pour le potassium. Des incertitudes sur les prix agricoles fin 2010-2011 auraient aussi incité les agriculteurs à ajuster leurs coûts de production, selon Joël Morlet. En revanche, selon l’Unifa, les livraisons d’amendements minéraux basiques, servant à l’entretien des sols, sont en hausse tendancielle avec une progression de 8% des volumes sur un an en 2011-2012, et une hausse de 12% sur la moyenne des trois dernières années. Pour Gilles Poidevin, délégué général de l’Unifa, « ceci montre l’intérêt des agriculteurs pour l’entretien de leurs sols ».

Les rachats d’entreprises se multiplient

Un mouvement de rachat des entreprises produisant des engrais en Europe, par des capitaux en provenance de pays contrôlant les matières premières entrant dans leur fabrication (Proche et Moyen Orient, Russie) est observé par les responsables de l’Unifa. Ceux-ci s’inquiètent de l’indépendance de l’Europe au niveau de ses besoins en fertilisants. Cette situation pose la question de la compétitivité des industries de la fertilisation en France et en Europe, selon l’Unifa. Cependant, Joël Morlet a salué l’indépendance française au niveau de ses besoins en azote, par une production d’ammonitrates proche de ses débouchés. Ainsi 80% de l’azote agricole utilisé en France sont produits en Europe de l’Ouest, 79% du potassium, mais 0% pour le phosphore, dont les ressources limitées proviennent surtout d’Afrique du nord. En revanche, le président de l’Unifa a prévenu que, si demain la production d’ammonitrates s’arrêtait en Europe, les approvisionnements se porteraient davantage sur l’urée dont les cours sont plus volatils et proviennent de pays plus instables, ce qui fait peser un risque sur la régularité des approvisionnements.

La compétitivité des industriels de l’engrais en question

Au niveau de la compétitivité, l’Unifa pointe un certain nombre de freins dans le contexte européen. D’abord, l’alourdissement de la fiscalité, avec des taxes en hausse sur les émissions de carbone en 2012 au niveau européen en raison de la création d’un fonds pour soutenir les mises aux normes des industries des nouveaux entrants, a été dénoncé par l’Unifa. Puis, l’obligation d’achat de quotas carbone supplémentaires au 1er janvier 2013, qui devrait, selon l’Unifa amputé de 10 à 15% la valeur ajouté des entreprises est aussi décriée. De plus, les industriels ont souligné les distorsions de compétitivités liées au prix du gaz naturel, lequel représente 80% du prix de revient de l’azote. En effet, lorsque les milles unités thermiques (Mbtu) de gaz valent 2 à 3 $ aux Etats-Unis, en Russie ou au Moyen-Orient, leur coût monte à près de 12$ en Europe, selon l’Unifa. De plus, les industriels ont souligné que les gaz non conventionnels, comme les gaz de schistes, ont bouleversé le marché, permettant aux Etats-Unis de devenir exportateurs d’azote agricole. Pour améliorer la compétitivité des industries de la fertilisation en Europe, l’Unifa a fait une série de propositions. Ses représentants souhaitent ainsi un gel de la fiscalité, une simplification de la réglementation, l’imposition de taxes carbone aux frontières de l’Europe, afin de maintenir une concurrence loyale et enfin un soutien à l’innovation, notamment en ce qui concerne l’homologation de nouveaux produits.

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