Vous avez récemment fait l’acquisition de Sofrapain. Votre but était d’être davantage présent en Angleterre ?
Effectivement, Sofrapain vend essentiellement sa production en Angleterre et a donc très peu de parts de marché en France. Cette entreprise, qui réalise 60 millions d’euros de chiffre d’affaires (dont 40 % en France), travaille de concert avec la société Le Pain Croustillant, que nous avons également rachetée. Historiquement, Sofrapain et Le Pain Croustillant appartenaient à Rank Hovis, un meunier qui détenait Hovis, une marque de pain de mie extrêmement célèbre. Il a acheté Sofrapain il y a une vingtaine d’années, pour vendre du pain de mie en France. Ce fut un échec complet et depuis, l’entreprise se consacre à l’exportation de pain français vers l’Angleterre. Nous sommes donc fortement présents dans ce pays, où il existe deux marchés du pain : le pain de mie qui représente 90 % du marché, et le marché du pain croustillant à la française. Nous sommes un des premiers acteurs dans ce domaine. Par contre, nous ne nous intéressons pas du tout au marché du pain de mie, c’est un autre métier. Sofrapain détient deux usines en région parisienne et une usine à Lyon. Le pain croustillant réalise 70 millions d’euros de chiffre d’affaires, ce qui le place en position de leader du pain à la française en Angleterre.
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Comment se place Nutrixo, au niveau européen ?
La situation de la meunerie change régulièrement. En règle générale, nous nous plaçons entre la quatrième et la sixième place au niveau européen et entre la huitième et la dixième place au niveau mondial. Nous avons transformé 1,3 million de tonnes de blé l’année dernière. Dans le secteur de la boulangerie, la situation est différente. Ceux qui font de la boulangerie à l’anglaise sont dix fois plus gros que nous, mais nous n’avons aucun point commun avec eux. Ce ne sont pas les mêmes usines, ni les mêmes produits. Nous sommes sur un marché très localisé. Nous sommes spécialisés dans les pains français, et experts dans ce domaine. Nous n’avons donc pas vraiment de légitimité pour faire des pains différents dans d’autres pays. Nous n’avons pas à nous en plaindre, car le pain français se développe dans le monde, notamment car il a un gros avantage nutritionnel. Le PNNS préconise d’en manger trois fois par jour, car il ne contient pas de matières grasses et est très bien équilibré. C’est un produit très pratique, qui dispose de nombreux atouts.
Il faut attendre d’être certain qu’il va y avoir une reprise avant d’établir notre stratégie. Il faut faire preuve de modestie et de prudence. Compte tenu de tous les mouvements sur nos marchés, les restructurations vont continuer et nous y serons attentifs. Nous serons prudents dans notre gestion, pour ne pas nous lancer dans des projets trop risqués. Nous serons très actifs dans l’innovation, notamment dans le domaine de la nutrition. L’empreinte carbone va également être un sujet important, avec une exigence d’information du consommateur sur le sujet. Je suis assez favorable à la taxe carbone. Le domaine agricole est naturellement producteur de CO2 mais a un fort potentiel de réduction. Beaucoup de choses sont en cours, il va y avoir une véritable révolution dans le monde agricole dans les cinq prochaines années sur le sujet de l’empreinte carbone. C’est un critère qui va devenir de plus en plus lisible et compréhensible par les agriculteurs, contrairement à la nutrition qui est poly dimensionnelle, et donc difficile à gérer. Nous allons mettre les moyens nécessaires, travailler sur des contrats spécifiques avec les agriculteurs, mettre en place des champs d’essai et des panels nutritionnels. Nous serons à la pointe dans ce domaine.