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En direct avec Hubert François, directeur général de Nutrixo Forte croissance externe en 2009, la prudence s’impose en 2010

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Vous avez récemment fait l’acquisition de Sofrapain. Votre but était d’être davantage présent en Angleterre ?

Effectivement, Sofrapain vend essentiellement sa production en Angleterre et a donc très peu de parts de marché en France. Cette entreprise, qui réalise 60 millions d’euros de chiffre d’affaires (dont 40 % en France), travaille de concert avec la société Le Pain Croustillant, que nous avons également rachetée. Historiquement, Sofrapain et Le Pain Croustillant appartenaient à Rank Hovis, un meunier qui détenait Hovis, une marque de pain de mie extrêmement célèbre. Il a acheté Sofrapain il y a une vingtaine d’années, pour vendre du pain de mie en France. Ce fut un échec complet et depuis, l’entreprise se consacre à l’exportation de pain français vers l’Angleterre. Nous sommes donc fortement présents dans ce pays, où il existe deux marchés du pain : le pain de mie qui représente 90 % du marché, et le marché du pain croustillant à la française. Nous sommes un des premiers acteurs dans ce domaine. Par contre, nous ne nous intéressons pas du tout au marché du pain de mie, c’est un autre métier. Sofrapain détient deux usines en région parisienne et une usine à Lyon. Le pain croustillant réalise 70 millions d’euros de chiffre d’affaires, ce qui le place en position de leader du pain à la française en Angleterre.

 

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Comment se place Nutrixo, au niveau européen ?

La situation de la meunerie change régulièrement. En règle générale, nous nous plaçons entre la quatrième et la sixième place au niveau européen et entre la huitième et la dixième place au niveau mondial. Nous avons transformé 1,3 million de tonnes de blé l’année dernière. Dans le secteur de la boulangerie, la situation est différente. Ceux qui font de la boulangerie à l’anglaise sont dix fois plus gros que nous, mais nous n’avons aucun point commun avec eux. Ce ne sont pas les mêmes usines, ni les mêmes produits. Nous sommes sur un marché très localisé. Nous sommes spécialisés dans les pains français, et experts dans ce domaine. Nous n’avons donc pas vraiment de légitimité pour faire des pains différents dans d’autres pays. Nous n’avons pas à nous en plaindre, car le pain français se développe dans le monde, notamment car il a un gros avantage nutritionnel. Le PNNS préconise d’en manger trois fois par jour, car il ne contient pas de matières grasses et est très bien équilibré. C’est un produit très pratique, qui dispose de nombreux atouts.


Nutrixo est d’ailleurs très présent à l’export…
En effet, l’export et ce qui est fabriqué hors de France représentent plus du tiers de notre chiffre d’affaires. Les principaux pays dans lesquels nous sommes présents sont l’Angleterre, la Belgique, l’Allemagne, les pays nordiques, la Roumanie, le Japon, la Corée, le Liban…

Poursuite des restructurations

Le secteur de la meunerie va-t-il continuer à se restructurer ?
Sur deux ans, nous avons fermé quatre moulins et en avons racheté six autres. Historiquement, la meunerie est importante en France, ce secteur mettra donc du temps à se restructurer. Mais les crises ont accéléré les restructurations. Je pense qu’il y aura une poursuite de cette restructuration. Les petits moulins qui fabriquent 250 tonnes de farine par an resteront très locaux ou se réuniront.

Quel est l’impact de la crise sur Nutrixo ?
La rentabilité s’est effritée en meunerie et en boulangerie. Nous ne sommes pas les seuls dans ce cas-là. Nous sommes très dépendants du marché, mais notre rentabilité est tout de même restée positive tout au long de la crise.

Les points de vente Délifrance vous assurent quoi qu’il arrive de solides débouchés…
En effet, nous détenons environ 500 boutiques Délifrance à l’international. Et 40 boutiques supplémentaires devraient ouvrir dans les prochains mois. Nos franchises Délifrance subissent plus ou moins la crise, selon leurs emplacements. Dans les grands centres commerciaux, la situation est en général plus délicate que dans les petites villes. Globalement, notre nombre de boutiques reste stable. Nous percevons les royalties, développons le marketing, les produits… Toutefois, cela ne représente pas une part très importante de notre chiffre d’affaires, car nous n’y comptons que les royalties. Délifrance est effectivement un débouché important assuré à nos produits, mais ça n’est pas le principal débouché.

La GMS représente une part importante de votre activité ?
Nous ne sommes pas très impliqués en GMS. Ce circuit de distribution représente une faible part de notre chiffre d’affaires. Notre marque de farine en sachet Francine est notre principale source de succès en GMS. Elle est présente dans toute la France. C’est important, car le marché du sachet se situe entre 200 et 400 millions d’euros, sur lequel nous pesons environ 20 %. Outre Francine, nous sommes présents en GMS par les farines que nous leur vendons pour fabriquer leur pain. Sur ce sujet, je tiens par ailleurs à souligner que la loi LME a eu un impact important et est bien tombé pour les fournisseurs, car elle a raccourci les délais de paiements entre les entreprises. Dans une période de crise, c’est important.

Vos marques sont par contre bien présentes dans l’artisanat boulanger…
Oui, dans la boulangerie artisanale nous avons des marques que nous mettons en avant. C’est un travail historique réalisé par les meuniers. Nous détenons notamment les marques Campaillette, Ronde des pains et Copaline, dont la farine vient en totalité de Nutrixo. Nous avons entre 15 et 18 % de parts de marché dans l’artisanat boulanger.

Avez-vous des investissements de prévu dans vos outils industriels ?
Nous réalisons des investissements en permanence. Nous rénovons chaque année nos usines, pour qu’elles soient plus productives et plus compétitives. Depuis un an et demi, il s’agit surtout d’investissements de productivité, car nous n’avons pas besoin d’augmenter notre production. Nous investissons entre 30 et 50 millions d’euros par an dans nos outils industriels. Cette année, ce sera plutôt 30 que 50.

A la pointe de la nutrition

Plus globalement, quels sont vos projets pour 2010 ?

Il faut attendre d’être certain qu’il va y avoir une reprise avant d’établir notre stratégie. Il faut faire preuve de modestie et de prudence. Compte tenu de tous les mouvements sur nos marchés, les restructurations vont continuer et nous y serons attentifs. Nous serons prudents dans notre gestion, pour ne pas nous lancer dans des projets trop risqués. Nous serons très actifs dans l’innovation, notamment dans le domaine de la nutrition. L’empreinte carbone va également être un sujet important, avec une exigence d’information du consommateur sur le sujet. Je suis assez favorable à la taxe carbone. Le domaine agricole est naturellement producteur de CO2 mais a un fort potentiel de réduction. Beaucoup de choses sont en cours, il va y avoir une véritable révolution dans le monde agricole dans les cinq prochaines années sur le sujet de l’empreinte carbone. C’est un critère qui va devenir de plus en plus lisible et compréhensible par les agriculteurs, contrairement à la nutrition qui est poly dimensionnelle, et donc difficile à gérer. Nous allons mettre les moyens nécessaires, travailler sur des contrats spécifiques avec les agriculteurs, mettre en place des champs d’essai et des panels nutritionnels. Nous serons à la pointe dans ce domaine.