La tension monte entre la France, qui préside l’UE depuis le 1 juillet, et Peter Mandelson, avant la réunion ministérielle convoquée à partir du 21 juillet à Genève pour tenter de dégager un compromis sur les volets agricole et industriel du cycle de Doha, ainsi que sur le secteur des services. De nouveau critiqué par Nicolas Sarkozy, le commissaire européen au commerce accuse le chef de l’Etat français de « saper » la position de l’Union dans ces pourparlers multilatéraux. Pour tenter de limiter la marge de manœuvre du principal négociateur européen, la présidence française organisera le 18 juillet à Bruxelles une rencontre spéciale du Conseil des Vingt-sept. Avant cela, le dossier de l’OMC devrait, logiquement, être abordé au sommet du G-8 qui se déroulera du 7 au 9 juillet sur l'île japonaise d’Hokkaido.
Les 152 membres de l’OMC ont appuyé le 27 juin l’initiative du directeur général de l’organisation, Pascal Lamy, visant à convoquer à partir du 21 juillet à Genève une trentaine de ministres des principales puissances commerciales pour tenter de trouver un compromis sur l’agriculture et sur les produits industriels.
Le même jour, Crawford Falconer, modérateur des pourparlers agricoles du cycle de Doha, a déclaré qu’il s’efforcerait de présenter un projet de compromis révisé dans la semaine du 7 juillet. Son homologue chargé du volet non agricole (NAMA), Don Stephenson, a estimé quant à lui qu’il avait besoin de nouvelles offres avant de pouvoir soumettre un texte révisé.
« Une grande cause de trouble » pour l’agriculture
En marge de la négociation qui débutera le 21 juillet, « les ministres du commerce extérieur de l’UE seront réunis en session plénière permanente à Genève », a annoncé le 30 juin la présidence française de l’Union. Auparavant, celle-ci organisera le 18 juillet à Bruxelles une réunion des ministres du Commerce des Vingt-sept pour définir la position de l'Union. La secrétaire d’Etat française au commerce extérieur, Anne-Marie Idrac, qui en assurera la présidence, a expliqué le 2 juillet que l’objectif était « qu’on soit au clair sur le fait qu'on ne veut plus faire de concessions supplémentaires sur l'agriculture et qu’on demande des concessions sur les sujets industriels ou de services ». Annonçant dès le 27 juin la convocation d’une telle réunion, le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, avait souligné que « l’Europe ne pourra pas rester sans rien faire à l’OMC, qui a été une grande cause de trouble en Irlande (où le Traité de Lisbonne a été rejeté par référendum), avec l’agriculture, comme elle l’est en France ».
La position de l’UE « affaiblie », selon Peter Mandelson
« Oui, j’ai été contré et la position de l’Europe dans les négociations commerciales mondiales a été affaiblie », a déploré le 1 er juillet Peter Mandelson, le commissaire européen au commerce, après que, la veille, Nicolas Sarkozy ait affirmé qu’il ne « laisserait pas faire » un accord à l’OMC qui sacrifierait la production agricole « sur l’autel du libéralisme mondial » et entraînerait, selon lui, la suppression de 100 000 emplois. « MM. Lamy et Mandelson voudraient nous faire accepter un accord au terme duquel l'Europe s'engagerait à diminuer de 20 % sa production agricole, à diminuer de 10 % ses exportations agricoles », avait aussi affirmé le président français, qui, lors du sommet européen des 19 et 20 juin à Bruxelles, avait déjà accusé le principal négociateur de l’UE d’avoir joué un rôle dans le rejet du traité de Lisbonne en Irlande.
« Je suis déçu par ce que le président Sarkozy a dit. A un moment comme celui-ci, où l'UE entre dans une difficile négociation, nous avons besoin d'unité, pas de division. Les faits qu’il a décrits ne sont pas exacts et les critiques qu’il a faites ne sont pas justifiées », a également regretté M. Mandelson, qui n’a pas participé au dîner organisé à l’Elysée à l’issue d’une rencontre entre la Commission européenne et le gouvernement français, le 1 er juillet à Paris.
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Le chef de l’Etat « a indiqué très clairement que la présidence française travaille main dans la main avec la Commission européenne », a néanmoins assuré Mme Idrac le 2 juillet. « Il n’y a rien de personnel à l'égard de Peter Mandelson, mais on ne peut plus continuer en pilotage automatique, il faut un pilotage politique », a ajouté la secrétaire d’Etat française.
« Un scénario erroné »
La Commission a apporté son soutien à M. Mandelson le 2 juillet, rappelant que, « comme il l'a dit au dernier sommet » européen des 19 et 20 juin, son président, José Manuel Barroso, « a une pleine confiance dans le travail du commissaire au commerce ». Le porte-parole de M. Mandelson en a profité pour rectifier les chiffres avancés par M. Sarkozy, relevant que ce dernier se base « sur un scénario erroné », à savoir les demandes des pays émergents du G-20, que Bruxelles « n’accepte pas et n’acceptera jamais ». Selon le porte-parole, les concessions réelles induiraient plutôt une baisse de 1,1 % de la production et une réduction de 2,5 % de l'emploi.
« On peut bien encore attendre », estime Paris
En marge du séminaire de travail réunissant le gouvernement français et la Commission le 1 er juillet à Paris, le Premier ministre français, François Fillon, a indiqué à des journalistes que la France n’attendait pas grand-chose de la prochaine réunion ministérielle de l'OMC. « Nous ne pensons pas qu’un accord puisse être trouvé en juillet », a-t-il assuré, avant de poursuivre: « Si un accord est mauvais, que l'on préside ou non l'UE, ça ne changera pas notre position ».
« L'Europe a accepté beaucoup sur le plan agricole mais n'a rien obtenu pour le moment sur le plan industriel ni des services. La négociation n'est pas équilibrée (…) On attend cet accord depuis 7 ans, on peut bien encore attendre quelques mois », a ajouté M. Fillon.
« Il y a énormément de risques à précipiter les choses (...) Ce sont des questions sur lesquelles il faut bien pondérer les choses », avait, de la même manière, commenté le 27 juin Mme Idrac, après l’annonce de la réunion ministérielle du 21 juillet à Genève. « Je ne suis pas sûre qu’on défende bien les intérêts des Européens en ayant un calendrier qui nous serait imposé de l’extérieur », avait dit la secrétaire d’Etat française au commerce extérieur, se posant « de très sérieuses questions de méthode ». « C’est vrai que, depuis le début, j'ai du mal à comprendre pourquoi, compte tenu du calendrier américain et des incertitudes qu'il a produites, il faudrait absolument se fixer cette échéance de la fin du mois de juillet 2008 pour des négociations qui durent depuis des années », avait souligné Mme Idrac.