Jacques Chirac avait diagnostiqué en son temps la fracture sociale. Celle-ci n’a fait que s’aggraver et le vote du premier tour de la présidentielle 2017 en est un révélateur.

La fracture est d’abord géographique, entre les régions de l’Ouest et du Sud-Ouest qui votent majoritairement Emmanuel Macron, et celles du Nord, de l’Est et du Sud-Est qui se rangent plutôt derrière Marine Le Pen.

Le clivage est surtout très net entre une France rurale, qui va mal, et une France urbaine, moins touchée par la crise. Le constat est troublant : la carte des zones ayant les plus forts taux de chômage, de pauvreté et de jeunes sans diplôme est exactement corrélée à celle du vote pour Marine Le Pen. S’y ajoute sans doute le sentiment d’abandon. C’est ce que ressentent bon nombre de ruraux quand ils vont acheter leur pain au distributeur sur la place du village, parce que même le boulanger a fini par baisser le rideau, après le départ de tous les services publics.

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La fracture est aussi sociologique. Emmanuel Macron a été choisi notamment par les cadres et les professions intermédiaires. À l’inverse, Marine Le Pen a réalisé ses meilleurs scores parmi les catégories populaires, notamment les ouvriers.
Quant aux agriculteurs, qui voient leur revenu reculer inexorablement et qui se retrouvent eux aussi isolés, ils n’échappent pas à la règle et se tournent de plus en plus vers Marine Le Pen qui est la seule à s’être emparée de cette thématique de la ruralité. Le vote frontiste des agriculteurs se veut davantage un vote de colère, voire de désespoir lié à leur situation sur le territoire, qu’un vote corporatiste. Car, vu son programme, bon nombre d’agriculteurs courraient un gros risque économique en l’élisant.

Nicole Ouvrard

Rédactrice en chef