France Autruches et ses dix salariés se sont installés à la mi-octobre à Carentoir dans le Morbihan, dans un site de 3 000 mètres carrés inoccupé. La société a consacré quelque 350 000 euros au réaménagement de l’atelier. Elle compte à terme traiter 600 tonnes de viande d’autruche.
En quittant Châteaubriant en Loire-Atlantique (1) en raison d’un litige persistant avec le propriétaire du bâtiment industriel qu’elle y occupait, France Autruches a tiré un trait sur une histoire d’une quinzaine d’années qui avait fait d’elle une des toutes premières sociétés à faire de l’autruche en France. Elevage, abattage, découpe, mais aussi commercialisation du cuir d’autruche transformé en une luxueuse maroquinerie… la société ne s’était privée de rien. Pas même d’une notoriété internationale. Des déserts d’Arabie Saoudite, des investisseurs étaient venus dans les Pays de la Loire acheter des reproducteurs, afin de créer des élevages près des oasis. Il va sans dire que ce transfert de technologie fut extrêmement médiatisé. Les investisseurs prirent même une participation majoritaire dans la société. Las ! leur retrait soudain du capital mit France Autruches en cessation de paiement. Après le dépôt de bilan en 1999, la liquidation judiciaire fut prononcée dans la foulée.
Yves Loric, l’actuel gérant, a repris le fonds de commerce en 2000 avec l’activité d’abattag – vite abandonnée pour des problèmes de mise aux normes – et la découpe. Il s’approvisionne auprès d’une multitude de producteurs en France qui livrent « un abatteur de Vendée, Ouest Autruche, qui travaille en grande partie pour nous », explique le dirigeant. France Autruches achète également des carcasses en Espagne et en Italie. Toute la viande est garantie « sans OGM, ni hormones de croissance, ni farines animales», souligne Yves Loric.
De la viande d’autruche au prix du filet de bœuf
En 2003, France Autruches a commercialisé 300 tonnes de rôtis, pavés, steaks, jambons à griller, jambons fumés et médaillons d’autruche pour un chiffre d’affaires de 3,5 à 3,8 millions d’euros, réalisé à 55 % dans la grande distribution, uniquement en frais, et le reste auprès de grossistes, parfois en surgelé. Les volumes commercialisés progressent régulièrement, plus vite que le chiffre d’affaires. Une bonne chose, selon le dirigeant, pour qui les prix élevés constituent un frein au développement de la consommation. « Aujourd’hui on peut manger de la viande d’autruche au prix du filet de bœuf », assure-t-il.
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Les freins au développement de la production se situent dans le manque chronique de production. « Réglementairement, l’autruche reste un gibier, les contraintes sont autrement plus importantes que si c’était une volaille ». Sur le marché français, opèrent, outre France Autruche, LDC et quelques opérateurs régionaux. En Bretagne, Yves Loric espère convaincre les chambres d’agriculture, les départements et la région Bretagne d’inciter des producteurs à se lancer dans cette production. « Mais il est vrai qu’ils ont sans doute été échaudés par les échecs passés », analyse le dirigeant, notamment celui de la première société France Autruches. En attendant,il continue de prospecter en aval pour se créer de nouveaux marchés.
Dans son nouvel outil, il a l’intention de traiter à façon des volumes de piéçage de viandes de boucherie (bœuf et veau), de l’ordre de 300 tonnes, pour écraser autant que possible les charges fixes. Et il compte bien développer sa gamme de produits découpés d’autruches. Il propose déjà des dés d’autruche aux industriels du plat cuisiné. A moyen terme, France Autruches vise les 600 tonnes de viande d’autruches – soit le double de son activité actuelle – et 2 % au moins de résultat net par an.