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Protéines végétales France, Canada : Roquette met l’accent sur la protéine de pois

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Face à une demande mondiale très dynamique pour la protéine de pois jaune, Roquette annonce un investissement de 40 millions d’euros sur son site français de Vic-sur-Aisne (Aisne). En janvier, l’industriel nordiste avait lancé un projet de grande usine au Canada pour 300 millions d’euros. Objectif : une capacité de valorisation du pois de 250 000 tonnes par an.

Et de deux ! En quelques mois, Roquette (3,2 milliards de chiffre d’affaires en 2016) affirme résolument son ambition dans la protéine de pois jaune. Le 7 juin, il vient ainsi d’annoncer un nouvel investissement de 40 millions d’euros sur son site de transformation de Vic-sur-Aisne afin d’y accroître sa capacité de production. Ce site avait déjà reçu un investissement du même montant en 2015. Et en janvier, une annonce avait été faite dans le même domaine, mais dans des proportions très différentes. Roquette va en effet construire une grande usine au Manitoba, au Canada, pour y transformer le pois jaune en protéine pour un montant de 300 millions d’euros.

Ces deux sites vont permettre d’atteindre une capacité de valorisation du pois jaune de près de 250 000 tonnes par an à partir de 2020, explique l’entreprise. L’entrée en fonction du site canadien et des nouveaux équipements de Vic-sur-Aisne est prévue pour le fin 2019.

Dix ans d’expérience dans la transformation du pois

Loin d’être novice en matière de transformation du pois à Vic-sur-Aisne, « Roquette dispose de dix ans d’expérience dans la maîtrise du procédé et de la qualité de la protéine de pois », souligne Pascal Leroy, responsable de la Pea & New Proteins Business Line chez Roquette. Le pois est venu s’ajouter au blé, au maïs et à la pomme de terre parmi les matières premières transformées par l’entreprise. L’usine de Vic-sur-Aisne a été reconvertie de féculerie en amidonnerie de pois en 2007 et présentait, selon le rapport sur le développement durable 2015 de Roquette, une capacité de 80 000 tonnes de pois par an.

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Si Roquette investit massivement dans la protéine de pois, c’est que le marché a beaucoup changé ces dernières années. « La croissance prévue des ventes de protéine végétale devrait atteindre environ 15 % par an sur les 20 à 30 prochaines années », estime Pascal Leroy. Les consommateurs européens et nord-américains manifestent un appétit pour ces alternatives à la viande. Pour mémoire, sur un marché de niche qu’est le traiteur végétal en France, le cabinet Xerfi estime que les ventes en GMS vont progresser de 25 % par an d’ici 2020, après une progression de 30 % en 2016.

Une protéine complémentaire du soja et du blé

Aux côtés des protéines de soja et de blé déjà connues des consommateurs et des industriels, Roquette pense que la protéine de pois est promise à un bel avenir. Elle permet de répondre à des besoins spécifiques auxquels d’autres protéines végétales ne peuvent pas répondre. « Les protéines de pois trouvent de nombreuses applications dans l’alimentation sans gluten, la nourriture végétarienne, l’alimentation diététique ou pour les sportifs, la nutrition clinique et l’alimentation traditionnelle », souligne l’entreprise. Roquette collabore ainsi avec des chefs pour trouver des applications gastronomiques et améliorer ses produits. En 2015, elle a mené un projet de « snacking durable » avec le chef étoilé Marc Meunin qui a travaillé à partir de la protéine texturée issue du pois, commercialisée sous le nom de Nutralys T70S. En termes de production, le pois ne demande pas d’engrais azotés et peu d’irrigation comparé à d’autres cultures irriguées. Et il peut être stocké pendant de longues périodes. Sa valeur énergétique est proche de celle d’une céréale avec 40 à 50 % d’amidon, et il contient en moyenne plus de 20 % de protéines brutes.

Les investissements au Canada et en France s’expliquent en raison de la proximité des marchés pour l’approvisionnement et les débouchés. Le Canada est le leader mondial de la production de pois avec une part de 30 %. « On essaie de privilégier l’approvisionnement local en matières premières », explique Pascal Leroy, même si Roquette se fournit aussi sur les marchés internationaux. À l’échelle du groupe, 90 % des approvisionnements se font dans un rayon très court autour des usines, expliquait Roquette dans son rapport 2015 sur le développement durable. Toutefois, Roquette ne compte pas investir directement dans l’amont. Après les projets industriels annoncés cette année dans la production de protéine de pois, Roquette ne prévoit pas de nouveaux investissements dans ce domaine avant 2018.