Face à une concurrence accrue sur le marché international, le blé français doit progresser en qualité, a souligné France Export Céréales le 11 mars à Paris lors d'un colloque consacré au « regard de nos clients ». Au-delà du problème connu de la protéine, d'une difficulté conjoncturelle sur le Hagberg, l'attention porte aussi sur l'humidité.
« La qualité du tas français est systématiquement dans la limite basse des cahiers des charges à l'international, a indiqué Yann Lebeau, du bureau de Casablanca. Il faut l'améliorer : la demande s'oriente de plus en plus vers du blé de qualité. » Son collègue Roland Guiragossian, du bureau du Caire, a, lui, pointé un marché davantage concurrentiel. Les acheteurs ont le choix, face à une multitude d'origines. « En plus de l'émergence du bassin de la mer Noire ces dernières années, de nouveaux concurrents arrivent » comme la Roumanie et d'autres pays d'Europe de l'Est, a-t-il noté.
Au-delà d'une faiblesse reconnue du blé français en taux de protéines, d'une difficulté conjoncturelle sur le Hagberg, l'attention porte aussi sur l'humidité. « Les meuniers égyptiens ont comme principal reproche à l'égard du blé français son fort taux d'humidité, a souligné Roland Guiragossian. Notre filière doit commencer à réfléchir au séchage dans certains ports. »
Rapport qualité/prix
Le prix de l'origine France constitue souvent un autre handicap, en particulier face à celle de la mer Noire. A niveau quasi équivalent, les blé russes ou ukrainiens présentent en effet un meilleur taux de protéines, supérieur d'environ un point. « Le client marocain choisit l'origine mer Noire même quand le blé français est 5 dollars la tonne moins cher, a relevé Yann Lebeau. Car en achetant à 12,5 % de protéines, il peut recevoir une marchandise à 13 ou 13,5 % : la Russie fait mal le tri. Avec la France, 11,5 % sur le contrat, c'est 11,5 % livré. »
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Concernant l'Egypte, le rapport qualité/prix est identifié comme une des priorités des acheteurs privés. Ces derniers, qui écartent régulièrement l'origine française, influent sur les spécifications du Gasc, l'office public. « Les choix des importateurs égyptiens se répercutent sur ceux du Gasc, par une hausse du taux de protéines minimum dans le cahier des charges », a indiqué Roland Guiragossian. Un important débouché est donc menacé : 1,9 Mt de blé français a été acheté par l'office depuis le début de la campagne.
« Notre production se doit d'évoluer qualitativement », a insisté Jean-Pierre Langlois-Berthelot, président de France Export Céréales. Reste la « difficulté » à mobiliser les producteurs, selon l'intervention en salle d'Yvette Thomas, vice-présidente de la coopérative Charentes-Alliance. « Il est primordial d'inverser la tendance selon laquelle des agriculteurs pourraient être réticents à suivre », lui a répondu Rémi Haquin, président du conseil spécialisé céréales de FranceAgriMer, admettant « une espèce de ras-le-bol » par rapport à la réforme de la Pac, à de « nouvelles réglementations tous les jours ».
L'évolution quantitative pose aussi une question : « À-t-on le droit de ne pas utiliser notre potentiel de production au nom d'un égoïsme mesquin ? », s'est interrogé Jean-Pierre Langlois-Berthelot, en évoquant « des contraintes très fortes venant des pouvoirs publics ».