Abonné

Francis Amand : « Il faut des marges pour financer la création de valeur »

- - 5 min

Lors du « petit-déjeuner d’Agra Presse » qui a eu lieu le 17 octobre, Francis Amand, médiateur des relations commerciales agricoles, explique ce que l’Élysée attend d’une réforme des relations entre fournisseurs et distributeurs. Il s’agit de dégager plus de marges pour financer les stratégies innovantes des filières et leur adaptation aux évolutions des marchés.

« Les stratégies innovantes, comme celle organisant la transition vers les œufs de poules sans cages, ne peuvent être mises en place si les marges en amont de la filière sont trop étriquées », a expliqué Francis Amand, médiateur des relations commerciales agricoles, qui a fait une analyse du discours du président de la République prononcé le 11 octobre à Rungis. Or, il faut en effet investir pour répondre aux nouveaux marchés alimentaires qui émergent, tels les segments du bio, du bien-être animal, de l’approvisionnement local. Ce debrief du premier chantier des États généraux de l’alimentation, le 17 octobre dans les locaux d’Agra, avait pour thème « la répartition de la valeur, quels sont les leviers pour des relations gagnant-gagnant ? ».

Investir dans les nouveaux marchés plutôt que faire la guerre des prix

Dans l’esprit du président de la République, il faut passer de la guerre des prix à une dynamique collective d’investissement dans les nouvelles tendances de consommation comme le bien-être animal, l’emploi local, le bio, explique-t-il. L’exemple de la filière œuf est significatif. Une partie significative des consommateurs demande des œufs de poules élevées en libre-parcours. « Cela signifie 50 % de coûts en plus. Comment financer ce surcoût ? Si on ne le fait pas, on condamne le producteur et on déçoit le consommateur », a indiqué Francis Amand, soulignant que les filières doivent s’adapter à la demande.

Pour cela, les contrats d’achat conclus à chaque stade de la filière « doivent tenir compte des coûts de production » du produit agricole transformé dans les produits alimentaires. La volonté présidentielle est d’inscrire la notion de coûts de production dans la future loi. C’est du reste possible puisque le groupe Danone a déjà mis en place un système original de paiement du lait tenant compte des coûts de production de ses éleveurs. Francis Amand a évoqué d’autres initiatives du même type mises en place par des industriels.

Pour le médiateur des relations commerciales agricoles, dont le rôle va être renforcé selon les dires d’Emmanuel Macron, des gisements de valeur existent auprès des consommateurs français, que les industriels doivent satisfaire en même temps qu’ils se développent sur les marchés étrangers avec des produits spécifiques. Les coûts « sont parfois trop élevés par rapport aux prix que les Français sont disposés à payer pour des produits basiques alors que des produits plus élaborés seraient bien mieux rémunérés ». Il faut « exploiter cette valeur qui réside dans le marché national. Ce marché intérieur, il faut le reconquérir ».

Des millions de consommateurs prêts à payer un peu plus pour plus de proximité

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

bien-être animal
Suivi
Suivre
adaptation
Suivi
Suivre

Nicolas Chabanne, fondateur de la marque de consommateurs « C qui le patron ? », a témoigné de la possibilité de s’adresser à une cible de millions de consommateurs qui sont prêts à payer un peu plus pour plus de proximité avec le producteur de lait en l’occurrence, à travers la brique de lait. La transparence, l’accès direct du consommateur au producteur, la rémunération suffisante du producteur, « tous ces arguments qui étaient jusque-là des arguments de décor et des externalités, sont devenus des arguments de vente ! ».

Le consommateur « gagne sa vie difficilement » mais il préfère faire en sorte que le producteur vive correctement. Il est « prêt à payer 2,50 € par an en plus » pour du lait de producteur qui alimente ses vaches avec du fourrage local. Même raisonnement pour les œufs de poules élevées en plein air.

Intégrer les externalités dans le prix de vente est souvent critiqué parce que ce type de prix s’adresserait à une cible de population aisée. « On nous oppose souvent cet argument, a réagi Nicolas Chabanne. Le marché du bio augmente de façon continue. Et ce ne sont pas que les bobos qui achètent les produits bio ».

« C qui le patron ? » a un taux de recrutement (capacité d’une marque ou d’un produit à faire déplacer un consommateur d’une enseigne vers une autre) exceptionnel : 45 %. Or quand 5 % de consommateurs font un détour dans un magasin pour acheter un produit, « c’est déjà bien ! », a conclu Nicolas Chabanne.

Des coûts parfois trop élevés pour des produits basiques, alors que des produits plus élaborés seraient bien mieux rémunérés