Le médiateur des relations commerciales Francis Amand a la lourde tâche de rapprocher les intérêts souvent divergents entre fournisseurs industriels et agricoles d'une part et distributeurs d'autre part. Il a été ces dernières semaines particulièrement actif sur la filière laitière.
Les négociations commerciales annuelles sont terminées depuis le 28 février, quel a été votre rôle, vous, le Médiateur ?
La récente loi Le Foll a étendu ma compétence à tout litige entre producteurs, transformateurs et/ou distributeurs portant sur la vente de produits alimentaires. Je n'ai pas vocation à intervenir dans les négociations annuelles sinon pour faire, aux parties en présence, des recommandations économiques de portée générale dans l'intérêt de l'ensemble de la filière concernée. Pour 2015, j'ai ainsi recommandé aux distributeurs de modérer leurs demandes tarifaires relatives aux produits laitiers, afin d'anticiper le relèvement probable des prix payés aux producteurs en lien avec l'évolution des cours internationaux. C'est dans cet esprit que j'étais déjà intervenu en 2013 afin que la hausse rapide du prix du lait soit prise en compte par les distributeurs et répercutée aux producteurs par les transformateurs. Par ailleurs, une fois les négociations achevées, mon rôle n'est pas fini ! Il est aussi d'être disponible pour aider les parties le souhaitant à trouver une réponse amiable à un litige contractuel survenant à tout moment de leur relation. Rétablir le dialogue et discuter librement d'une solution amiable est toujours préférable au fait de saisir un juge et surtout plus rapide.
Quel regard portez-vous sur la clause de renégociation du prix de vente des produits alimentaires, rendu obligatoire en cas de fluctuation du prix des matières premières agricoles ?
Mon intervention au profit de la filière lait en 2013 m'a convaincu de la nécessité qu'une telle clause figure dans les contrats. Elle permet de prendre en compte les hausses ou les baisses des cours des matières premières agricoles entrant dans l'élaboration de certains produits alimentaires comme pour la viande, les œufs ou les pâtes. La loi apporte aux parties un cadre pour négocier la prise en compte de ces fluctuations des matières premières. Elle privilégie le recours à la médiation en cas d'échec. Je me félicite de ce double choix du législateur, ainsi que de l'extension de la clause de renégociation aux produits de marque de distributeurs (MDD), décidée dans la loi Macron. Cela dit, la pratique concrète de la renégociation apparaît toutefois complexe. Ma mission sera, là aussi, d'aider les producteurs, les transformateurs comme les distributeurs, dans la mise en œuvre de ce nouveau dispositif. Concilier la réalité économique de la fluctuation des cours des matières premières avec une relative stabilité des contrats sera assurément difficile. Mais l'enjeu est en accord avec les principes de pragmatisme et de solution sur-mesure qui sont à la base de mon rôle de médiateur.
Vous avez annoncé au Salon de l'agriculture la mise en place d'un médiateur interne par plusieurs distributeurs, de quoi s'agit il ?
Il m'est apparu utile de créer des relais au sein des distributeurs pour inciter au recours à la médiation, développer la connaissance du Médiateur des relations commerciales et son rôle. A ce jour, Système U, Auchan et Carrefour ont choisi de m'accompagner dans cette démarche et j'espère que d'autres enseignes suivront. La création d'un médiateur interne pour un distributeur répond à trois critères : proximité, transparence et complémentarité. Dans ce sens, il est souhaitable que la médiation s'engage au plus près du litige : le fournisseur et le distributeur acceptent de discuter devant le médiateur interne de l'enseigne. La transparence réside dans la possibilité pour le fournisseur d'informer parallèlement le médiateur des relations commerciales du litige ouvert devant le médiateur interne. La complémentarité tient, enfin, au droit pour le fournisseur de saisir le médiateur des relations commerciales si la réponse donnée au litige par le médiateur interne ne le satisfait pas.
Citations de Rachel Blumel, directrice du département chaîne alimentaire durable de Coop de France :
« La clause de renégociation, imposée par la loi Hamon, soulève plusieurs problèmes d'interprétation, tant au regard de son périmètre que des indices de déclenchement »
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« Cette clause n'est pas adaptée à toutes les filières, notamment celles qui ont des prix qui évoluent chaque semaine ou chaque mois comme pour les viandes de boucherie. L'amendement porté par Annick Le Loch dans le cadre du projet de loi Macron répond à cette problématique »
« Avec la guerre des prix et les nombreuses actions de promotion, le consommateur ne connaît plus la valeur des produits. Il n'a plus de référence prix. Nous devons retrouver avec la distribution, les modalités d'une segmentation de l'offre alimentaire permettant de recréer de la valeur et de permettre aux consommateurs de comprendre le juste prix d'un produit ».
Citations de Frédérique Lehoux, responsable juridique en charge des relations commerciales à l'Association nationale des industries alimentaires (Ania) :
« Les distributeurs se sont enfermés dans cette guerre des prix, pourtant destructrice de valeurs pour l'ensemble de la filière. Même s'ils savent qu'ils arrivent en limite d'exercice, aucun ne semble capable de prendre le risque de sortir de ce système vicieux. Reste donc à trouver le bon levier pour ramener de la valeur à partager par l'ensemble des acteurs de la filière. »
Citations de Francis Amand, médiateur des relations commerciales agricoles, pour qui l'interprétation de ses propos ne reflète pas sa position sur la loi Macron : « Dès que le prix est indexé sur une cotation fixée sur marché public, comme pour la viande, cette clause est remplie de fait par la seule référence à cette cotation »
« Il faut surtout exploiter au mieux les dispositions existantes quitte à en sanctionner plus fortement les manquements, ce que le projet de loi Macron privilégie »
« La meilleure solution, c'est de mettre de l'intelligence dans les relations, de donner de la réassurance. Il faut partager par la médiation et pas seulement imposer par la loi, forcément générale, raisonner filière par filière, avoir une approche minutieuse et pointilliste des situations »