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Congrès de la Coordination rurale François Lucas réélu président dénonce une Pac en « dépôt de bilan »

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Réélu président de la Coordination rurale pour un mandat de trois ans, François Lucas a taclé le bilan de santé de la Pac proposé par la « docteure » Fischer Boel en clôture du 14 congrès du syndicat qui s’est déroulé à Vittel (Vosges), le 4 décembre, sur le thème « Nourrir les hommes et développer le monde ». Le bilan de santé de la Pac constitue « une mise en bière de la Pac », a-t-il lancé. Par contre, il a épargné le ministre français de l’Agriculture suite à sa démarche des « assises de l’agriculture » dont le but est d’arrêter la position française sur la Pac de 2013. Quant à Nicolas Sarkozy, la CR est clairement en phase avec « le cadre de la Pac » qu’il a dressé à Rennes en septembre 2007.

François Lucas, leader incontesté de la Coordination rurale (CR) depuis 1999, réélu lors du 14e congrès du syndicat qui a eu lieu à Vittel le 4 décembre, n’a pas de mots assez durs pour exprimer son opposition à la Pac défendue et imaginée par Bruxelles. Alors que ce congrès qui a accueilli pas moins de 400 personnes posait la question de « nourrir les hommes et développer le monde », le président de la CR s’insurge que le « traitement proposé (par la commissaire européenne : ndlr) est de produire encore moins ! » dans le cadre du bilan de santé de la Pac. Il condamne aussi la préconisation de la commissaire, « la docteure Fischer Boel », comme il l’appelle, qui consiste à « abolir la gestion de l’offre qu’elle considère désormais inutile grâce à la quasi-généralisation des DPU ». Il condamne la « déstabilisation totale de l’agriculture (…) contaminée par le virus de l’ultralibéralisme aveugle et stupide ».

La Pac s’est « plantée »

En résumé, ce bilan de santé de la Pac « constitue à lui seul une mise en bière de la Pac ». « Il est vrai qu’un très mauvais docteur peut vite devenir un bon fossoyeur », lance-t-il. Pire, le bilan de santé « évident », c’est que la Pac s’est « plantée » à plusieurs niveaux. Déjà, par rapport à sa mission première, celle d’assurer l’autosuffisance alimentaire de l’UE. Sans oublier « la régulation économique des marchés, tout comme la préservation de l’environnement, la parité sociale des agriculteurs et l’occupation harmonieuse des territoires ». Face à cette Pac « moribonde », il faut « évidemment et tout de suite changer de docteur », préconise François Lucas.

Le leader de la CR se montre plus tendre envers le ministre de l’Agriculture français, Michel Barnier concernant notamment la mise en place des assises

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de l’agriculture dont l’objectif est d’arrêter la position sur la Pac de 2013. Sur la méthode, il y voit des « aspects plutôt positifs ». Il rappelle qu’en 2003, « on ne trouvait alors qu’un président de la République (Chirac : ndlr) et un ministre de l’Agriculture (Hervé Gaymard) nous rabâchant qu’on ne changerait rien à la Pac jusqu’en 2007 ». Avec le résultat qu’on connaît, la réforme de 2003. Un scénario « catastrophique » selon François Lucas.

En phase avec Nicolas Sarkozy

Mieux, « le document de cadrage des assises est directement issu de la feuille de route que Michel Barnier a reçu du président de la République », se satisfait le leader de la CR. D’autant que Nicolas Sarkozy a bonne presse auprès du syndicat. François Lucas n’hésite pas à dire que le discours de Rennes en septembre 2007 du président est « un discours que nous aurions pu nous-même prononcer à quelques nuances près ». En clair, « entre le bilan de santé et le cadre de la Pac tracé par Nicolas Sarkozy, il n’y a pas un abîme mais une galaxie », analyse François Lucas qui salue aussi la tournée européenne du ministre Michel Barnier qui souhaite « rassembler le plus grand nombre de pays autour de la France ». François Lucas plaide pour une Pac « raisonnable et durable comme une juste synthèse permettant de réconcilier l’agronomie, l’économie et le social et de remettre l’agriculteur au centre de la politique agricole ».

Certification HVE : un concept bidon

Reste une opposition farouche à la certification (HVE : haute valeur environnementale) qualifiée par François Lucas de « concept bidon jamais défini ». Il dénonce l’APCA qui a ressorti « l’agriculture raisonnée nouveau modèle ». « Les chambres d’agriculture ont vu là un gigantesque fromage pour redéployer leurs boutiques et régler leurs soucis financiers », avance le président de la CR. Volontaire, il exhorte ses troupes à « nous accrocher, battre le terrain et convaincre nos proches et moins proches de (…) se remuer pour faire pencher les décisions dans le bon sens ». Sans complexe, François Lucas souhaite l’émergence d’une « agriculture raisonnable » jugeant le « moment favorable ». « Tous ceux qui ont prêché la bonne parole ces dernières années n’ont plus aucune crédibilité, conclut-il. Leur modèle d’agriculture à vocation exportatrice puis à vocation pétrolifère a explosé en vol et ils n’ont plus rien que des projets d’usines-fantômes à éthanol ».