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Installation François Thabuis : « Nous voulons créer des synergies nouvelles »

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Alors que les Jeunes agriculteurs tiennent leur congrès annuel du 4 au 6 juin, à Metz, leur président, François Thabuis, rappelle leurs priorités : de la loi d’avenir à la Politique agricole commune, tous les cadres doivent concourir, selon lui, à favoriser l’installation. Parmi les moyens pour y parvenir : le renforcement de la coopération entre agriculteurs, mais aussi avec le monde extérieur.

A mi-parcours de votre mandat, quel bilan tirez-vous de votre première année passée à la présidence des Jeunes agriculteurs ?
François Thabuis : J’en tire un bilan positif. D’autant plus que nous avons eu, dès le départ, plusieurs gros challenges, que nous avons su remporter. Il a d’abord fallu créer une nouvelle relation de travail, avec une nouvelle équipe gouvernementale, notamment avec le ministère de l’Agriculture. Et je pense que nous avons réussi à lui montrer que nous étions les interlocuteurs privilégiés, en matière d’installation notamment. Autre challenge : les élections aux chambres d’agriculture qui ont, dès le début aussi, réclamé de mobiliser toutes les équipes, professionnelles et administratives. Ça nous a demandé beaucoup de travail. Ça nous a aussi permis de faire beaucoup de terrain et d’avoir l’opportunité, en peu de temps, de voir de nombreux personnes de notre réseau, de nombreux responsables. Au final, nous avons mené une bonne campagne de terrain et la confiance nous a été renouvelée. Le travail que l’on fait depuis des années sur l’enjeu du renouvellement des générations a payé. Mais désormais, il nous faut des actes. Nous avons rencontré à différentes reprises le président de la République, et des parlementaires. Il y a des signes positifs avec l’annonce, notamment, de la transposition du contrat de génération à un cédant/nouvel installé. Cependant, nous commençons à taper des pieds. Car, au-delà des annonces, il nous faut désormais des actes.

Votre priorité, c’est l’installation. Quelles sont les mesures phares que vous défendez lors des Assises de l’installation lancées en novembre 2012 ?
Nous défendons d’abord un cadre national fort. Il n’y a plus de raison pour qu’il y ait des politiques concurrentes entre régions : on ne veut pas de 22 politiques nationales d’installation. Nous avons débuté un dialogue avec l’Association des régions de France (ARF). Et je peux dire que nous sommes sur la bonne voie : lorsque l’on se met autour de la table, j’ai l’impression que, sur les fondamentaux destinés à constituer la politique nationale que les régions devront mettre en place, il n’y a pas d’opposition majeure. Par ailleurs, les Assises se déroulent bien pour le moment, il y a un bon climat ... qui permet d’arriver à des résultats intéressants. Concrètement, nous jugeons le critère de la demi-SMI (surface minimum d’installation) complètement obsolète. On ne doit pas considérer la surface, mais le projet économique du jeune qui s’installe. Une réponse plutôt positive se dessinerait dans la loi d’avenir. Reste encore des points de gouvernance à faire évoluer. Notamment sur les points info-installation. Notre volonté majeure est d’avoir un accompagnement pour tous, simplifié, avec un guichet d’accueil unique, en vue d’une solution sur-mesure. Ça semble être en bonne voie. Donc, on est plutôt confiant d’ici à début juillet, la fin des assises régionales et de la concertation nationale.

Pensez-vous que ces propositions sont réellement décisives pour attirer les jeunes dans le métier ?
Je pense qu’il y a beaucoup de jeunes qui ont envie de devenir agriculteur, il y a 170 000 jeunes dans les lycées agricoles. Il y a aussi, aujourd’hui, une montée en puissance de l’installation hors cadre. Au-delà de l’accompagnement, il faut que l’on continue – et c’est ce que l’on demande dans la loi d’avenir – à renforcer tous les leviers susceptibles de faciliter l’accès à la terre et l’accès au crédit. Nous faisons actuellement le tour des organismes financiers, car nous avons besoin de solutions de cautionnement. Il n’y a pas de raison que le financeur, pour une histoire de garantie, ne prête pas d’argent au jeune formé et qui a un projet viable. Il faut aussi que l’on soit plus ambitieux pour que, dans les schémas des structures notamment, on donne toujours la priorité à l’installation – et ça c’est également en bonne voie, j’ai eu récemment le ministère sur le sujet... La dernière loi d’orientation de l’agriculture 2006 avait assoupli ce schéma. Ce qui donnait lieu, notamment, au fait qu’on ne revenait pas sur les attributions de foncier, faites lors d’une installation précédente. Nous demandons un renforcement des structures. C’est un signal fort pour l’installation. Notamment pour l’installation hors cadre.

Vous citez à plusieurs reprises la loi d’avenir. Mais, au fond, qu’en attendez-vous ? De quoi avez-vous besoin ?
Il y a plusieurs volets. Il faut un accompagnement pour tous et mieux reconnaître les actifs, notamment dans le cadre des Gaec. Pour nous, la loi d’avenir devrait surtout être marquée par la suppression de la demi-SMI, c’est une demande qui date. C’est une grande attente. Il y a aussi une forte demande concernant le foncier. Mais je ne suis pas sûr que le gouvernement soit suffisamment ambitieux sur ce point. Il faut renforcer le rôle de la CDCEA, la Commission départementale de consommation des espaces agricoles, qui donne un avis sur les projets d’urbanisme. Nous voulons aussi que la taxe foncière sur le changement de destination soit réellement dissuasive, pour stopper l’hémorragie de terres agricoles. La France est quand même le pays européen qui en gaspille le plus. Je pense que seule la loi d’avenir répondra à cet enjeu. Il faut un vrai engagement du gouvernement sur ce dossier, qu’il soit plus ambitieux.

En termes d’ambition justement, on attend de jeunes de moins de 35 ans d’être des forces de proposition sur des projets innovants. Or, ce que l’on vous reproche aujourd’hui, c’est ce manque d’avant-gardisme. Qu’est-ce qu’il vous manque pour cela?
Je suis convaincu que c’est ce que nous faisons, que c’est la voie que nous avons prise. Vous ne vous en rendez pas compte : c’est une avancée de parvenir à faire en sorte que l’on ne se réfère plus à une surface. Ça a mis du temps à passer, ce le sera bientôt... Nous sommes aussi dans un monde plus complexe : nous sommes convaincus que le défi de notre génération, c’est de collectivement s’intéresser à la commercialisation, à la distribution, à la consommation. Et c’est aussi être « force de propositions » et « laboratoire d’idées » que de montrer les virages à amorcer pour que, demain, il y ait des installations et du revenu pour les paysans. C’est le thème de la table ronde du congrès : comment coopérer demain avec d’autres secteurs plutôt que de se tenir en conflit, avec par exemple les décideurs environnementaux, les territoires parfois, les consommateurs aussi. Ce que l’on souhaite, c’est développer les formes de coopération entre agriculteurs et avec d’autres secteurs de la société. Nous voulons trouver des synergies nouvelles plutôt que de nous tenir dans le conflit. Créer de nouveaux partenariats. Et pour nous, ça c’est un vrai projet d’avenir.

Quelles sont vos principales propositions pour rénover la coopération agricole ?
Au-delà de ces ponts extérieurs, nous souhaitons redynamiser les coopératives agricoles, avec notamment un reterritorialisation de leur gouvernance. L’objectif étant de créer des conseils territoriaux, au sein des coopératives, pour que l’ensemble des coopérateurs puissent s’impliquer, donner son point de vue, au sein du territoire. Pour une meilleure dynamique, nous voulons aussi que le nombre de mandats soit limité et poser également une limite d’âge.

La reforme de la Politique agricole commune, actuellement en discussion, sera décisive pour définir le cadre national. Or, si le commissaire européen à l’Agriculture, Dacian Ciolos se veut ferme, avec une politique commune à tous les Etats membres de l’UE, certains continuent à faire de la résistance sur la question d’une surdotation obligatoire de 25% des aides directes aux jeunes agriculteurs. Ils souhaitent avoir le droit d’utiliser plutôt des fonds du second pilier, pour ce soutien. Qu’en pensez-vous ?
Il est essentiel que le commissaire tienne bon là-dessus. Car le premier problème de l’agriculture européenne, c’est le renouvellement des générations. Et le commissaire a bien saisi cela. Deux tiers des agriculteurs européens ont plus de 55 ans. Seulement 6% ont moins de 35 ans. Donc, le dispositif de soutien aux jeunes agriculteurs ne doit pas être une option. Nous ne demandons pas la lune. Et c’est aussi une façon de donner du sens à ce premier pilier qui a de moins en moins de couplage. Nous souhaitons que ce soit une mesure obligatoire pour tous les Etats et qu’il n’y ait pas de discussion là dessus. J’espère que si, au pire, la mesure est rendue facultative, le ministre de l’Agriculture, en France, lui consacrera, comme il se doit, jusqu’à 2% du premier pilier, en vue d’une réelle majoration des aides aux jeunes agriculteurs.

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