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Maïs doux/restructuration Front uni entre Bonduelle et les coopératives

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La filière française de maïs doux entre en résistance. Et se concentre, industriellement du moins. Car après une période de croissance durant plus de 25 ans, les producteurs subissent aujourd’hui de plein fouet la concurrence de nouveaux entrants qui « font mal ». Pour préserver leur compétitivité à l’international, trois coopératives du Sud-Ouest – Euralis, Maïsadour et Vivadour – se fédèrent autour du groupe Bonduelle.

L’arrivée de la Hongrie dans l’Union européenne, avec ses surfaces de maïs doux supérieures à celle de la France, et surtout l’émergence fulgurante de la Thaïlande depuis quelques années ont contraint ces quatre principaux acteurs du marché à se regrouper pour rester compétitifs. Quand le premier écoule ses excédents principalement en surgelé, le deuxième inonde le marché avec des produits appertisés. Et c’est principalement sur la conserve que le problème se pose. «  La Thaïlande nous surprend. Il y a à peine 2 ou 3 ans nous ne l’avions pas encore identifiée», explique ainsi Jean Menvielle, directeur des productions contractuelles du groupe Euralis. Face à la Thaïlande, avec ses coûts de main d’œuvre dérisoires en comparaison avec l’hexagone et jusqu’à trois campagnes de production par an, les producteurs français ne font pas le poids. «  Les tarifs de vente des produits thaïlandais sur nos marchés représentent en moyenne 85 % de nos prix de revient industriel, sans compter les coûts logistiques et commerciaux ! », fait ainsi remarquer Jean Menvielle. En 2003, les produits d’importation de maïs doux en conserve en provenance de la Thaïlande auraient ainsi pesé quelque 70 000 tonnes 1/2 brut sur le marché européen, dont 1/3 commercialisées en Grande-Bretagne, écoulées en grande distribution et dans les circuits hard-discount, sous MDD ou premiers prix.

Diminution des surfaces du Sud-Ouest

A la menace de ces nouveaux entrants s’ajoutent la faiblesse du dollar, rendant d’autant moins compétitifs les produits français, et le développement du hard-discount et des premiers prix, offrant toujours plus de débouchés pour les produits d’importation. Résultat, les surfaces de maïs doux se réduisent. Chez Euralis, en 2004, elles ont ainsi diminué de 10 % tandis que les tonnages de Maïsadour ont accusé une baisse de 18 %. «  La réduction des surfaces devrait se situer autour de - 15 % », prédit Jean Menvielle. En proie à cette conjoncture, les groupes coopératifs Euralis, Maïsadour et Vivadour, qui avaient chacun développé des partenariats industriels avec Bonduelle, ont décidé aujourd’hui d’unir leurs forces et de mettre en commun leur outil industriel, sous la houlette du groupe nordiste. «  Ne pouvant pas toucher aux prix de revient de notre matière première, au risque de ne pouvoir maintenir l’attractivité de la production pour les agriculteurs, notre seule possibilité est de jouer sur les charges de structures pour être davantage compétitifs, explique ainsi André Lahitte, patron de Maïsadour. Un des moyens d’y arriver est de concentrer nos outils de production. »

Fermeture du site du Haut-Mauco

Le groupe Euralis, outre un partenariat avec Géant vert (General Mills) par le biais de la société Seretram, s’était déjà associé dès 1990, à 50 /50, avec Bonduelle au sein de la société Sud-Ouest légumes (SOL), comprenant 2 sites de production dans les Landes, à Labenne et Bordères. De la même manière, la société Bonmaïs liait à égalité, sur le site landais du Haut-Mauco, le groupe Bonduelle à la coopérative Maïsadour. Cette dernière avait également créé avec Vivadour la société Le Valdour (40 % pour Maïsadour, 60 % pour Vivadour) dont la production de l’usine de Saint-Sever était commercialisée par Bonduelle. Ce dernier et ses partenaires coopératifs ont ainsi renforcé leur alliance en créant une nouvelle société – baptisée Unisol – issue de la fusion des 3 filiales actuelles de production de maïs doux. «  L’idée est de regrouper le potentiel industriel de ces quatre usines afin de rationaliser nos frais de structure » explique Jean Menvielle. Le site du Haut-Mauco, offrant le moins de perspective de développement de par son enclavement, sera ainsi sacrifié au nom de la compétitivité. Les outils de production sont destinés à être répartis sur les trois usines du nouvel ensemble tandis que les 21 salariés seront réaffectés au sein du groupe Maïsadour ou du nouvel ensemble.

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180 000 tonnes de légumes transformés, 100 millions d’euros de CA

«  Ce qui devait être fait a été fait, explique Pierre Deloffre, directeur général de Bonduelle. Nous sommes aujourd’hui mieux armés pour affronter la concurrence internationale ». Ce nouveau pôle agro-industriel représente entre 45 et 50 % des volumes de maïs doux (appertisés et surgelés) en France, soit environ 60 % de la production de conserves (282 435 tonnes 1/2 brut en 2004). D’ores et déjà, le nouvel ensemble Unisol prévoit de réduire de 10 % ses tonnages de maïs doux appertisé. Il associe 700 producteurs, 205 salariés permanents, 750 saisonniers et traite 13 000 ha de maïs doux, haricots, petits pois et brocolis. Majoritairement destinée à l’export (70 % des volumes vers l’Allemagne, le Benelux, l’Italie et l’Espagne), sa production annuelle s’élève à 140 000 tonnes 1/2 brut de conserves de légumes, dont 120 000 tonnes de maïs doux, et 40 000 tonnes de légumes surgelé, dont 15 000 tonnes de maïs doux, pour un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros environ. Le capital de ce nouvel ensemble sera réparti en fonction des participations de chaque partenaire dans les filiales de production aujourd’hui fédérées. Il devrait générer une économie de 2 millions d’euros dès 2006, selon le dirigeant.

Si la conjoncture est difficile et la pression concurrentielle toujours plus forte, des perspectives nouvelles pourraient venir jouer en faveur de Bonduelle et de ses partenaires. Une vague de sécheresse en Thaïlande et le coût du ticket d’entrée dans l’U.E. payé par la Hongrie - déjà pénalisé par le cours élevé du forint face au dollar - ont toutes les chances de limiter les approvisionnements et de donner lieu à une remontée du niveau de prix des MDD et des premiers prix. Au moment de la création d’Unisol, cette nouvelle donne offre une réelle opportunité aux acteurs concernés pour reprendre la main, d’autant que le marché continue de progresser en volume.

«  Grâce à ce partenariat, nous repartons avec une visibilité d’une dizaine d’années et des perspectives positives pour la profession », estime, confiant, André Lahitte. «  Nous voyons l’avenir avec plus de confiance », tempère Pierre Deloffre, plus prudent concernant l’évolution du marché mondial. Car la menace pèse quant à l’arrivée de nouveaux pays producteurs…