Abonné

Fruits d’été : la faiblesse des cours inquiète les producteurs

- - 6 min

Pêches, abricots, cerises : la récolte des fruits d’été est en hausse cette année. Elle est également précoce, et de fait, concurrencée par la production des pays voisins. L’équation idéale pour tirer les cours vers le bas et cristalliser les inquiétudes des agriculteurs.

« Cette année, on récolte les fruits d’été sur 4 semaines environ, au lieu de 7 habituellement », affirme Luc Barbier, président de la Fédération nationale des producteurs de fruits. La période de cueillette est concentrée, les volumes sont conséquents et la précocité n’avait pas été anticipée. La situation est déjà compliquée en cerises, « catastrophique » en abricots et « plus que fragile » en pêches, selon la FNPF et la FNSEA. Car la production française n’est pas la seule à être en progression. Les autres états européens producteurs de fruits enregistrent également de belles récoltes, et concurrencent les producteurs français qui commencent à s’agacer. Le 11 juillet, une cinquantaine d’agriculteurs déversaient 2 tonnes de pêches devant le Consulat d’Espagne de Perpignan, à l’appel de la FNSEA, des JA et du Syndicat des vignerons des Pyrénées-Orientales. Cette « action symbolique » devait servir à dénoncer les producteurs espagnols qui « cassent le marché » du fait d’une distorsion de concurrence entre la France et l’Espagne, a expliqué Yves Aris, président de la FDSEA des Pyrénées-Orientales.

Pêches : grosse production espagnole

En pêche, la production française 2017 est estimée à 215 000 tonnes, en hausse de 4 % par rapport à 2016, indique une note de conjoncture Agreste du 10 juillet. La récolte européenne devrait quant à elle augmenter de 12 %. En Espagne, les volumes sont en hausse de 10 % sur un an, et même 26 % supérieurs à la moyenne quinquennale. La précocité des récoltes en France, induit un télescopage des productions françaises et espagnoles sur le marché français. Dans ces conditions, les cours sont déjà, en début de campagne, 10 % inférieurs à ceux de 2016.

Abricots : télescopage français et espagnol

En abricot, après une récolte 2016 déficitaire, les volumes attendus cette année sont estimés à 145 000 tonnes, soit 28 % supérieurs à ceux de l’année dernière. Au niveau européen la hausse des récoltes est estimée à 17 % sur un an. Le premier producteur européen, l’Italie, voit ses récoltes augmenter de 20 %.

Une cinquantaine d’agriculteurs ont déversé 2 tonnes de pêches devant le Consulat d’Espagne de Perpignan

En France, la campagne de commercialisation a débuté à la mi-mai, soit environ deux semaines en avance. Et même si la récolte espagnole est en recul sur un an (-17 %), la France pâtit des importations espagnoles qui se retrouvent sur les étals en même temps. Au mois de mai, les cours étaient inférieurs de 18 % à la moyenne quinquennale. En juin, ils étaient même 27 % inférieurs à la moyenne des cinq dernières années, indiquent les statisticiens du ministère de l’Agriculture.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Cerises : surplus de production à partir de fin mai

La récolte de cerises est quant à elle estimée à 36 200 tonnes, en hausse de 6 % par rapport à 2016. Une hausse qui intervient malgré les intempéries et les attaques de drosophiles. Le recul de la production en région PACA (-8 % sur un an) est largement compensé par l’augmentation des récoltes en Occitanie (+26 %) et en Auvergne-Rhône-Alpes (+21 %). En début de campagne (début mai), les cours se sont maintenus à un niveau supérieur à la moyenne quinquennale (+12 %). À la fin du mois de mai, les récoltes ont fortement augmenté. À tel point que « de nombreux producteurs ont suspendu la cueillette des variétés précoces en raison de la mévente » remarque Agreste. Ce surplus de volume a tiré les cours vers le bas, qui affichaient à la fin du mois de juin un niveau inférieur de 19 % à celui de 2016 (et 3 % inférieurs à la moyenne quinquennale).

« Agir vite »

Le 12 juillet, la FNSEA, les JA et la FNPF tiraient la sonnette d’alarme. « Pour sauver la saison, il faut agir vite », indiquaient les trois organisations dans un communiqué commun. Pour elles, il est urgent que « le gouvernement apporte un soutien immédiat à la production par une communication positive sur la consommation des fruits d’été » et que « les services de contrôle mettent tout en oeuvre pour sanctionner les pratiques déloyales, voire illégales des opérateurs ». Stéphane Travert devait recevoir Luc Barbier au ministère de l’Agriculture le 11 juillet au matin. Le 10 au soir, il annulait le rendez-vous. La FNPF demande qu’un nouveau rendez-vous soit organisé « dans les plus brefs délais » car « ce sont toujours les paysans qui trinquent », déplorent les syndicat.

« Opération abricots » de la Conf’ pour alerter sur la question du revenu des producteurs

Place de la République, à Paris, le 11 juillet, la Confédération paysanne a organisé une vente d’abricots auprès du grand public afin de l’alerter quant à la question du revenu des producteurs. « Le prix moyen de campagne payé au producteur est de 0,40 €kg à 0,50 €kg lorsque les abricots sont vendus en grande surface alors que le prix pourrait arriver à 1,20 €kg, voir 1,30 €, ce qui correspondrait à un Smic pour le producteur », soulignait André Bouchut, représentant du syndicat à Interfel. Sur la place, les abricots étaient vendus à 2,50 €kg, un prix voisin de celui affiché en grande surface. Le syndicat affichait les coûts de transport (0,20 €kg), les coûts de conditionnement (0,10 €kg) et le prix perçu par le producteur (2,20 €kg) dans le cadre de cette vente directe. André Bouchut revendiquait également la possibilité de faire de la publicité pour la production française, « ce que le droit européen ne permet pas aujourd’hui ». Il craint à l’avenir que « la France importe plus d’abricots qu’elle n’en produise alors qu’elle devrait exporter ».